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Pauvre France… (05/05/2017)

Vu (pas vraiment entendu !) de Suisse, le débat entre les deux candidats pour la présidence française laisse sans voix !

Au lendemain de ce pitoyable spectacle, les sondages désignent (bien que l’on fasse dire ce que l’on veut aux sondages !) Macron comme vainqueur de ce “débat”.

Si ce n’est dans la séquence économique où Emmanuel Macron a eu de meilleures réparties, Marine Le Pen s’embourbant dans des explications fumeuses où les entreprises continueraient à payer leurs factures avec une monnaie européenne sous forme d’écus, alors que le simple péquin, lui, paierait sa baguette de pain et ses biens de consommation en monnaie nationale (à moins que je n’aie rien compris…), je trouve que les deux candidats ont été mauvais et indignes de ce que l’on peut attendre d’un futur(e) président(e) de la République française.

A coup d’invectives et d’accusations, les deux s’égosillaient, parlaient sans s’écouter, sans laisser même le moindre interstice aux journalistes perplexes de la tournure que prenait ce face-à-face qui s’apparentait à une dispute de bistrot d’une animosité sans pareille.

Enfermés dans des insultes, qui a été d’emblée le registre imposé par Marine Le Pen, les deux candidats s’ébrouaient, s’invectivaient dans une cacophonie insupportable. Cet affrontement n’a pas été un combat avec des règles (comme un combat de boxe) ni même un débat, car le verbe y été singulièrement absent.

On a juste assisté à un duel cafouilleux d’où sortaient des propos inaudibles. Même les émissions de téléréalité sont rarement aussi affligeantes ! Les deux candidats, secoués de crises infantiles, ont simplement renoncé à parler pour se faire entendre. Ils préféraient s’époumoner pour occuper le terrain et couvrir la voix de l’autre.

Les journalistes, dépassés par la situation, ne parvenaient pas à interrompre ces diarrhées verbales et à jouer tant soit peu leur rôle de meneurs.

Quant aux millions de téléspectateurs, qu’ont-ils appris hier soir sur le programme politique des deux candidats ? Dans ce brouhaha bruyant, rien ! On assistait juste à un curieux sentiment d’absence, où la parole bannie évacuait l’esprit, la jubilation, en un mot : l’intelligence…

Toutefois, cet échec est éloquent. Il nous rappelle que pour qu’un échange (politique ou autre) puisse exister, il faut un minimum d’accord entre les locuteurs ou, tout au moins, un lieu “commun” où ils peuvent se retrouver (si ce n’est sur le fond, au moins sur la forme avec des règles de courtoisie ou politesse à respecter). Or, lorsqu’on vomit son adversaire, ne faudrait-il pas mieux éviter tout face-à-face sous peine de tomber dans la vulgarité qui ne fait jamais rêver ni ne parvient à convaincre…

Ne serait-il pas urgent, lorsqu’on voit un tel spectacle (qui, au-delà des deux protagonistes, en dit peut-être long sur notre époque) de réintroduire dans les écoles des cours de rhétorique, supprimés des programmes scolaires à la fin du XIXe siècle ?

Les belles répliques referaient peut-être la Une des journaux et animeraient les conversations des citoyens.

Rappelons-nous, le magnifique échange entre Mitterrand et Chirac où ce dernier subtilement rappelle que dans ce débat, il n’y plus de président, mais deux candidats à la présidence, et que Mitterrand lui répond du tac au tac avec brio : « Vous avez tout à fait raison, Monsieur le premier Ministre » !

Ou encore Churchill, attaqué au Parlement par une opposante du Labour Party qui lui aurait lancé : « If I were your wife, I’d put poison in your tea! », et qui répond : « If I were your husband I’d drink it with pleasure ! ».

Pauvre France, Molière reviens vite... 

 

 

 

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