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  • Manif à Genève contre le racisme, où va-t-on ?

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    Mardi 9 juin 2020, entre 10'000 et 12’000 personnes ont manifesté à Genève contre le racisme et les violences policières. Sur les banderoles, des slogans en anglais : « colour is not a crime », « no justice, no peace », « Black Lives Matter », « I can’t breath ». Mais, sur une photo, je repère une pancarte en français (enfin, apparemment…), qui vaut son pesant d’or : « la vie des noir.e.x.s compte » !

    Que le meurtre de Georges Floyd ait ému le monde, c’est une saine réaction. En revanche, établir un parallélisme entre les Etats-Unis et la Suisse est grave. Aux USA, le racisme envers les noirs fait partie de l’ADN de ce pays. La guerre civile (1861-65) entre les états sécessionnistes esclavagistes et ceux de l’Union, fut déclenchée sur des différends politiques et sur la question de l’esclavage. Un siècle après l’abolition de l’esclavage, des états imposent encore des lois de ségrégation raciale entre blancs et noirs. A Montgomery (Alabama), Rosa Parks, qui refusa de céder sa place assise à un blanc dans un bus, fut incarcérée le 1er décembre 1955.

    D’après un rapport de 2017 de la Ligue anti diffamation (ADL), le Ku klux Klan, organisation suprématiste blanche criminelle (née en 1865), reste implanté aux USA et serait actif dans 33 états. Le contexte des Etats-Unis diffère donc de celui de la Suisse.

    Aux Etats-Unis, imprégnés d’une culture à la Rambo, les policiers ont un fort sentiment d’impunité. Les sheriffs d’ailleurs peuvent engager leurs adjoints sans que ces derniers aient à suivre une réelle formation.

    Au contraire, en Suisse, pour entrer dans la police, le candidat doit avoir des prérequis, un certain profil psychologique et suivre une formation exigeante de deux ans. Si, dans notre pays, il y a des bavures policières et des flics qui dysfonctionnent, aux USA, c’est le système policier qui dysfonctionne d’autant plus aisément que le système pénitentiaire américain est souvent privé. Or, les entreprises qui gèrent ces prisons misent sur la rentabilité. Qui possède les actions de ces sociétés pénitentiaires ? En tout cas, une prison privée pour mineurs de Pennsylvanie a été reconnue coupable d’avoir versé, durant dix ans, des pots-de-vin de 2,8 millions de dollars à deux juges pour qu’ils condamnent 2000 enfants à des peines de prison pour des infractions insignifiantes voire inexistantes (in, Business & Human Rights). Rappelons aussi que l’Amérique a un des taux d’incarcération parmi les plus élevés du monde (700/100'000 habitants, en Suisse, 80/100'000), et que d’après des données du World Prison Brief, le nombre de détenus s’élevait, en 2016, à 2'145'100.

    En Suisse, certes, il y a des racistes, mais pas de « racisme systémique ». Les préjugés circulent évidemment dans notre population (Cf. « Les malheurs d’Oprah Winfrey »). Toutefois, notre Constitution garantit l’égalité entre tous les citoyens. Jeter donc l’opprobre sur toute la police est inacceptable. Cela revient à se faire complice d’extrémistes qui veulent “casser du flic”, cliver la société pour faire naître de la haine et du racisme au sein de la population.

    D’ailleurs militer contre le racisme ne prémunit pas contre le racisme ! A cet égard, la motion (M-1446) qui demandait plus de prévention « contre le racisme anti-Noir.e.s en Ville de Genève » a donné lieu à un débat piquant. Plaidant pour la création d’une association « spécialisée dans le racisme anti-Noir.e.s », la gauche voulait séparer les noirs, ne pas les mélanger aux autres, car d’après elle, la LICRA (qui s’occupe pourtant de toutes les formes de discrimination et de racisme) n’était pas compétente pour prendre en charge ce racisme anti-Noirs ! Durant ce débat, une conseillère municipale d’Ensemble à gauche affirma qu’à Genève « les Noirs sont stigmatisés surtout par la police » ! Comme je m’indignais de ces accusations envers la police, mon propos fut taxé de « bien-pensance blanche » !

    Il n’est certes pas facile d’agir contre le racisme. Mais, ce n’est certainement pas en défilant dans les rues, en moralisant la société qu’on le diminuera. La littérature pourrait être un recours plus précieux ! A cet égard, le roman de Philipp Roth, « La tache », est vivifiant. Il débute sur un incident banal avec un doyen d’une université américaine, accusé d’avoir tenu un propos qui, dans la bouche d’un noir serait anodin, mais venant d’un blanc est raciste. Or, ce dernier préfèrera démissionner plutôt que de livrer son secret…

    Enfin, pour revenir à la manifestation à la Place Neuve de mardi passé, ne risque-t-elle pas de produire des effets délétères (et peut-être des effets sanitaires catastrophiques) ? Tout d’abord, les organisateurs, débordés, n’ont pas réussi à faire respecter les règles sanitaires (pas de rassemblement de plus de 300 personnes !). Ensuite, le Conseil d’Etat, qui a autorisé cette manifestation, a donc enfreint l’ordonnance fédérale. Pire, le Président du gouvernement genevois a minimisé ce non respect de la loi, alors même que le texte fédéral prévoit, pour quiconque qui contreviendrait à ces interdictions, une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison !

    Il est fort à parier que les restaurateurs, qui se soumettent à des règles sanitaires très contraignantes, qui impactent leur chiffre d’affaire déjà mis à mal par le COVID, apprécieront !

    Enfin, comment accueillir cette moralisation de notre société, importée des USA, où des militants, qui hurlent contre la mondialisation et le coca-cola, n’hésitent pas à singer l’Amérique ? L’avenir nous dira si ces foules déchaînées (ouf ! la manifestation à Genève n’a pas dégénéré et le Grand Théâtre fut épargné !), qui déboulonnent des statues, arrachent les plaques des rues, nous préparent un monde plus juste. Mais, prétendre lutter contre le racisme et défiler avec des pancartes où est écrit  « ACAB » (acronyme anglais pour « all cops are bastards » qui signifie : tous les flics sont des bâtards !) me laisse perplexe ! Pourquoi tolérer ces insultes ? Le Ministère public ne devrait-il pas enquêter sur ces manifestants qui incitent à la haine ?

    Nos policiers, qui exercent une profession dangereuse, ont droit, comme tout citoyen, au respect. En revanche, représentants de l’Etat, les policiers qui commettent des abus de pouvoir et des délits doivent être sévèrement condamnés. Or, des dérapages existent dans notre République. On se souvient de l’arrestation digne d’une mauvaise série noire américaine, dirigée par le procureur général Bertossa envers l’ex directeur de la Banque cantonale genevoise et d’un promoteur genevois (Cf. ici). Plus récemment, on a appris que Simon Brandt, qui n’est pas un criminel dangereux, fut arrêté par un escadron de policiers qui ont fait subir un traitement humiliant et inhumain à ce député, conseiller municipal et candidat au conseil administratif. Enfin, l’arrestation vers 17 heures, le 1er mai, du propriétaire du Soleil Rouge, fameuse vinothèque du boulevard Helvétique, interroge. Accusé de n’avoir pas respecté les règles sanitaires (fermeture des restaurants et pas plus de 5 personnes réunies), ce patron a tenté d’expliquer aux policiers que c’était une fête d’anniversaire privée qui ne réunissait pas plus de 5 personnes. Incompréhension, quiproquos, énervement ? Toujours est-il que les deux policiers municipaux ont appelé du renfort. Il y aurait eu 7 voitures de police et 20 policiers pour emmener ce commerçant, menotté, au poste. Malmené, il se serait évanoui et réveillé dans une cellule, en slip, pour n’être libéré que vers 2h du matin. Encore sous le choc de son arrestation, ce patron vient de recevoir une amende de presque 18'000.- francs qu’il est sommé de payer dans les 30 jours !

    Il est certain que lorsque les genevois réalisent qu’il y a, dans notre République, de telles inégalités de traitement envers la population, qu’on peut se montrer tatillon envers un commerçant (qui aurait oublié de mettre sur sa porte l’écriteau « fête privée »), et que, de l’autre côté, des manifestants peuvent violer impunément les règles fédérales avec l’absolution même de nos autorités, ces mêmes genevois doivent avoir la rage au ventre. Cette dérive de notre société, qui admet deux poids, deux mesures, est inquiétante, car elle génère de la violence, du racisme et de la colère. 

     

     

  • Des autoroutes à vélos

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    Ayant omis de mettre en ligne dans mon blog ce billet publié dans le « Courrier des lecteurs » de la TdG du 18 mai, je le fais maintenant. Au vu des rebondissements induits par ces autoroutes à vélos, je compléterai mon propos.

     

    « Même pour une phase test de 60 jours, il est inadmissible que la Ville crée des « autoroutes à vélos » à la hussarde (en une nuit !). Que M. Pagani entame un dernier tour de piste en faisant un pied de nez, cela sied au personnage ! Mais, que M. Dal Busco se soit laissé entraîner dans cette pantalonnade, c’est curieux ! Si l’intention était d’inciter la population à sortir du confinement en se déplaçant en vélo plutôt qu’en TPG ou en voiture, c’est un échec.

    Ces aménagements n’ont fait qu’aggraver les embouteillages au Quai Wilson, Quai du Mont-Blanc, Bd Georges-Favon... Ces bouchons pénalisent surtout les entreprises qui ont déjà payé un lourd tribut au COVID-19 et ruinent les efforts menés jusque-là pour les aider.

    Ils aggravent aussi la pollution à Genève. Ce chaos de la circulation routière augmente non seulement les émissions de gaz nocifs et de microparticules (et contribuent au réchauffement climatique !), mais accroît aussi le stress, affectant la santé de la population.

    Merci à nos autorités de rétablir immédiatement les voies de circulation automobile, les places de stationnement et d’entamer une réflexion en concertation avec les formations politiques, les associations actives dans la mobilité et les milieux professionnels concernés ! »

     

    En sus de ce billet, j’ajouterai que le parti libéral radical (PLR) n’est nullement opposé à l’aménagement de pistes cyclables à Genève. La preuve, il a voté - à l’unanimité - lors de la séance plénière extraordinaire du Municipal (du 20.05.20) en faveur de la proposition du conseil administratif (PR-1325), qui concerne le « U Cyclable ». Ce projet est d’autant plus cohérent qu’il offre un itinéraire cyclable sur tout le pourtour de la rade, et qu’il poursuit la piste du Quai Ador, déjà réalisée. Plus encore, cette proposition a fait l’objet d’une étude sérieuse au sein de la commission des travaux et des constructions (CTC) du municipal, qui a auditionné les milieux professionnels concernés, les associations actives dans la mobilité dite “douce” et le pouvoir politique, à savoir : Genève Tourisme & Congrès, Pro Vélo, Mobilité piétonne, l’Association transport et environnement (ATE), le Touring Club Suisse (TCS), le conseiller administratif Rémy Pagani, accompagné de la direction du Service de l’aménagement, du génie civil et de la mobilité (AGCM), ainsi que le conseiller d’Etat, Serge Dal Busco, en charge de Département des infrastructures avec son directeur de l’Office cantonal des transports (OCT) et le chef du projet. Contrairement donc aux aménagements sauvages, créés en catimini pendant la nuit du 10 mai, le « U Cyclable », qui a suivi les règles de notre démocratie, répond à la « Loi pour une mobilité cohérente et équilibrée » (LMCE), adoptée par 67,8% du peuple lors de la votation du 5 juin 2016.

    En revanche, les agissements et déclarations de deux conseillers d’Etat sont gravissimes et ont, malheureusement, ravivé la guerre des transports à Genève. Des pétitions circulent maintenant dans notre canton pour augmenter davantage les pistes cyclables ou au contraire rouvrir à la circulation automobile les voies préexistantes d’avant le déconfinement. Sur les réseaux sociaux, les injures, indignations et grossièretés débordent. Quant aux irréductibles militants de la petite reine, ils se sont réunis sur la Plaine de Plainpalais (lundi 18 mai dès 18h) pour manifester leur soutien envers ces nouvelles pistes et en demander encore davantage… Cette manifestation non autorisée, qui aurait réuni plus de 2000 participants, et qui viole la loi (ordonnance Covid-19) est d’autant plus scandaleuse que la population genevoise ne peut sortir du confinement qu’en appliquant des règles sanitaires très strictes. Les restaurateurs, par exemple, doivent espacer les tables (à 4 couverts maximum !) d’au moins 2 mètres et les rassemblement de plus de cinq personnes sont toujours interdits.

    Genève s’embrase à nouveau sur la mobilité et une guerre intestine au sein du Conseil d’Etat semble même avoir éclaté. Le président du Conseil d’Etat - qui devrait incarner les lois de notre République et l’ordre public - Antonio Hodgers, minimise la gravité de ce rassemblement cycliste, dont il doute qu’il puisse propager le virus (in RTS, Forum du 22.05.20). Il acquiesce donc, indirectement, à la désobéissance civile ! Mauro Poggia, lui, en charge de la police et de la santé, promet des sanctions ! Quant à Serge Dal Busco, à l’origine de cette crise, il ne sait pas encore quelle attitude adopter envers ces manifestants !

    Si on ne veut pas que de graves conflits dégénèrent en combats de rues, l’attitude irrespectueuse et immature d’Antonio Hodgers doit être sanctionnée par les députés qui devraient demander un changement immédiat de présidence au sein du Conseil d’Etat.

    Ces agissements de la part d’une gauche, qui se croit habilitée pour le “bien de la collectivité” ( !) d’imposer son point de vue, sont insupportables et malheureusement de plus en plus fréquents dans notre République. Récemment, les Genevois ont dû subir les panneaux “genrés” de Sandrine Salerno ! Quant à la menace de changements de noms de rue, elle est toujours pendante !

    Notre démocratie est fragile et repose sur le respect des lois qui garantissent une équité de traitement entre les citoyens et nous préservent du communautarisme avec ses dérives violentes.

    Ne l’oublions pas !

     

     

  • Lisa Mazzone, la “courageuse” !

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    Cet éloge à notre conseillère aux Etats vient de la récipiendaire elle-même ! En effet, dans Le Courrier (du 11.05.20), Lisa Mazzone, qui accorde un entretien à Christiane Pasteur, dit qu’elle espère que cette crise du COVID débouchera sur un changement de société. Mais, ajoute-t-elle, pour « ceux qui sont prêts à essayer autre chose, cela demande du courage ». On retrouve, là, la rhétorique habituelle de la gauche sous une forme positive, car la forme négative, à laquelle on est habitués évoque la peur. Pour Mme Salerno, par exemple, ceux qui dénoncent ses panneaux genrés ont peur du changement ! Cette rhétorique d’intimidation est un procédé qui permet d’évacuer tout débat d’idées pour glisser vers du sentimentalisme.

    Les prises de position de Lisa Mazzone dans cet entretien sont effarantes. Déplorant que le patronat vaudois planifie un retour progressif à la normale, elle déclare que cette crise devrait amener un changement de société. La « qualité de vie » durant cette crise a permis de : « passer du temps en famille, respirer de l’air moins pollué, ne pas être réveillé par le bruit des avions… ».

    Ces propos montrent que notre conseillère aux Etats n’a pas d’inscription dans la vie économique de notre pays, et qu’elle croit que le monde fonctionne par lui-même ! Ils font aussi supposer que cette jeune élue a une famille heureuse, pas entassée dans un appartement exigu ! S’il est bon de n’être pas réveillé par le bruit des avions, il faut se rappeler que certains ne parviennent plus à s’endormir, rongés d’inquiétude par l’éventuelle faillite de leur commerce, entreprise (parfois l’œuvre d’une vie !).

    Par ailleurs, comment Lisa Mazzone peut-elle plaider de : « ne laisser personne tomber dans la précarité » et refuser (lors du vote des Chambres) de signer l’aide (un prêt de la Confédération) de 2 milliards pour le secteur aéroportuaire ? Conseillère aux Etats, elle doit pourtant savoir que plus de 200'000 emplois (directs) - sans compter les centaines de milliers d’emplois indirects - sont liés à ce secteur stratégique de notre économie. Rappelons que plus du tiers de nos exportations et 1/6 de nos importations se font par transport aérien. Refuser une aide financière à ce secteur dénote une désinvolture inquiétante à l’égard de Genève ! Car, comme le rappelait Bertrand Reich, président du PLR Genève (le 29.04.20 à Genève à Chaud) : « Il n’y a pas de Genève internationale sans aviation et il n’y a pas de Droit de l’homme si on ne peut pas se déplacer ».

    L’aviation est donc indispensable pour notre économie, mais aussi pour la défense des droits de l’homme, les dialogues entre les nations et l’humanitaire. A cet égard, il faut réaliser que l’arrêt des transports aériens a privé le continent africain d’arrivée d’argent. Les travailleurs migrants africains, qui avaient l’habitude d’envoyer une partie de leur revenu à leur famille, n’ont plus été en mesure de le faire. Certains, il est vrai, n’avaient plus de revenu durant cette crise, mais, plus encore, parce que les transferts de fonds (officiels et non déclarés !) ont été stoppés. L’envoi d’argent de l’Angleterre aux pays de l’Afrique de l’Est a, par exemple, chuté de 80%, celui de l’Italie vers l’Afrique de 90%, plongeant des millions de familles dans une pandémie de faim (in, The Economiste, 18.04.2020).

    Pour quitter ses rêveries déconnectées des réalités économiques, notre conseillère aux Etats devrait voyager pour mieux connaître le monde et prendre conscience que nous vivons dans un monde interdépendant. Comment « garantir à toutes et à tous un revenu » en voulant, comme le propose Mme Mazzone dans cet entretien :

    - « chercher l’argent où il est » en augmentant les impôts des grosses fortunes ! Les terres, les fermes, les entreprises, les outils de travail constituent des fortunes ! En étant encore davantage ponctionnés par l’Etat, les entreprises, les commerces… qui n’ont pas les reins assez solides pour sortir de cette crise, seront rachetés, à bas prix, par les poids lourds de l’économie mondiale, qui deviendront encore plus gros, augmentant ainsi la main mise des très grosses sociétés sur l’économie mondiale et faisant exploser les inégalités sociales !

    - octroyer « un revenu de transition écologique et sociale permettant de donner une valeur au bénévolat… ». Bref, à suive Mme Mazzone, il faudrait tuer le bénévolat en rémunérant les bénévoles ! Pourtant, cette forme d’entraide, fondée précisément sur la gratuité, est une forme admirable de solidarité. Elle est aussi très pratiquée dans notre pays dont la devise : « Un pour tous, tous pour un », met en valeur la solidarité que les écologistes, et plus encore Lisa Mazzone, devraient se réapproprier.

     

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  • Le COVID-19 a chauffé les esprits

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    Le semi-confinement provoque des délires ! Les revendications pullulent, comme si le COVID-19 avait ouvert les vannes de la déraison. Parmi les idées les plus ubuesques, celles des antispécistes et des Verts genevois :

    1. Les antispécistes demandent à la Confédération de remettre en question la consommation de viande, voire de renoncer progressivement à la pratique d’élevage pour « amorcer un virage dans la bonne direction ! » (« Elevage », Le Temps, 24.04.20). Cette “bonne direction” tuera notre paysannerie (déjà précarisée !) et nous privera de viande, sauf à l’importer du Brésil - 1er exportateur mondial de viande - où l’élevage intensif (cause première de la déforestation de l’Amazonie) domine la région à la réglementation sanitaire toute relative. Au contraire, en terme sanitaire, en Suisse, le bétail est bien traité. Des ordonnances strictes de la confédération y veillent. Nos éleveurs aiment leurs troupeaux et en sont fiers (les cas de maltraitance animale sont dénoncés !). L’élevage traditionnel suisse n’a rien à voir avec l’élevage intensif si décrié (à juste titre !). Par ailleurs, le bétail en Suisse, qui broute souvent dans les pâturages, entretient nos sols et produit un effet positif en terme d’émission de gaz à effet de serre ! Sans bétail, nos paysans disparaîtront et, avec eux, les savoirs ancestraux dont ils sont dépositaires. Les incohérences des antispécistes révèlent combien ils sont des naïfs utiles, complices des géants de l’industrie agroalimentaire, qui veulent contrôler l’alimentation de la planète, en approvisionnant les supermarchés de faux steaks à base de soja (culture également responsable des déforestations intensives en Amazonie et d’une pollution massive des sols), de levure génétiquement modifiée, de cellules prélevées sur un animal et mises en culture et autres ingrédients chimiques, qui nous mettent l’eau à la bouche !

    2. « Les plans de mesures des Vert.e.s pour sortir de la crise du COVID-19 » sont un inventaire à la Prévert ! Il faut lire leur Communiquée de presse du 30 avril ! On y découvre « un plan qui prévoit trois thématiques fortes : résilience, urgence climatique et urgence sociale ». Au final, ce plan devrait amener la souveraineté alimentaire, des aides économiques accordées aux entreprises (pour celles qui s’engagent pour le climat !) et la mise en œuvre du revenu de base inconditionnel (RBI). Un beau programme, rempli de belles promesses ! Mais, comment Genève assurera-t-elle sa souveraineté alimentaire ? Avec un nouveau plan Wahlen ? En exigeant que les viticulteurs genevois arrachent leurs ceps de vigne pour planter des patates, et que le Service du SEVE plante, lui, des patates, du chou et du maïs dans les parcs genevois ? Comment aussi assurer le financement des subsides et aides que les Verts voudraient largement distribuer ? Et bien la solution du parti écolo, c’est d’introduire un Revenu de base inconditionnel (RBI). Pourtant, cette idée a été refusée par le peuple suisse à 76,9% lors de la votation populaire du 5 juin 2016 et par 65,3% des électeurs genevois ! Revenir avec ce RBI (dont on ne sait toujours pas comment le financer !), c’est faire fi de la volonté populaire ! Cela révèle beaucoup de l’esprit des Verts qui, pour sauver la planète, rêvent d’un Etat tout puissant, qui imposerait des règles en violant allégrement nos droits démocratiques ! Mais, avec ces plans de mesures, le miroir aux alouettes, tendu par les Verts, et qui a séduit une part importante de l’électorat, risque bien de se briser rapidement !

    3. Quant à la gauche, ses demandes ne pas ubuesques, mais convenues ! Elles se résument à : plus d’impôts, plus de taxes, plus de subventions, des hausses salariales pour les bas revenus et la suppression des loyers (pendant quelques mois). Non seulement cette dernière demande viole le droit de la propriété privée, garanti par la Constitution, mais plus encore, elle appauvrirait l’Etat et ses caisses de prévoyances ! 

    4. Enfin, les milieux de la droite ne sont pas en reste. Pour éponger la crise sanitaire, certains demandent une diminution des traitements des fonctionnaires. D’autres une réduction des rentes des retraités.

    Bref, les esprits sont chauffés à bloc ! Ne faudrait-il pas retrouver un peu de bon sens et se rappeler que la crise actuelle n’est pas liée à une crise économique structurelle, mais sanitaire. Au sortir de cette crise, on peut certes réviser certaines de nos pratiques. La Suisse devra questionner sa forte dépendance vis-à-vis de l’Asie en matière de produits industriels, sanitaires, pharmaceutiques et son manque de personnel soignant, indigène. Freiner cette fuite vers plus de consommation, ce “shopping” compulsif, favorisé par un ultralibéralisme, sera un défi à relever.

    Néanmoins, la première et indispensable démarche à faire, avant de lancer des réformes hasardeuses et des projets utopiques, est de sauver notre économie. Pour cela, notre système économique libéral, qui permet à la Suisse de figurer parmi les pays les plus prospères, est un succès. Quant au frein à l’endettement, adopté dès 2003 en Suisse, il aurait créé, fin 2019, 32 milliards qui représentent « le cumul des excédents théoriquement disponible de la Confédération » (« Les finances publiques retiennent leur souffle », Le Temps, 04.04.20). Ces excédents permettront à la Suisse de sortir de cette crise avec moins de dégâts que d’autres pays. Ce système économique, qui a fait ses preuves, doit être poursuivi ! Croire en tout cas qu’en produisant local, en consommant local, on obtiendra une souveraineté alimentaire est d’une naïveté confondante. La Suisse a une économie ouverte ; ce sont ses exportations qui l’enrichissent. Que cela n’empêche toutefois pas les consommateurs de soutenir la production locale avec ses produits d’une grande qualité ! Mais, qu’on le veuille ou non, nous sommes dans un monde globalisé, qui nous oblige à mener une réflexion globale !

     

     

     
     
     
     

  • Que les collégiens revoient leur copie !

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    Des collégiens de 4ème année ont envoyé une demande au DIP pour l’annulation des examens de maturité (Cf. « Des collégiens de 4ème sont inquiets », in TdG, le 28.04.20). Anne Emery-Torracinta, en charge du DIP, leur avait répondu que la décision revenait au Conseil fédéral. Or, depuis sa séance du 29 avril, ce dernier a annoncé qu’il laissait aux cantons la compétence de maintenir ou non ces examens. Anne Emery-Torracinta a aussitôt fait savoir que les examens finaux écrits seraient supprimés pour la maturité et les diplômes de l’Ecole de culture générale (ECG).

    A cet égard, je soutiens tout à fait la demande des collégiens ainsi que la décision prise par Mme Emery-Torracinta. Il faut savoir raison garder ! Annuler les examens finaux n’est pas une tragédie et ne prétéritera pas les collégiens. Leur titre leur sera délivré sur la base des résultats obtenus durant le premier semestre avec une session de rattrapage - absolument indispensable - pour les élèves en échec. Un certificat de fin d’études, n’évalue-t-il pas les acquisitions obtenues tout le long d’un cursus ?

    Ce n’est pas la première fois, dans l’histoire, que des élèves sont privés d’école ! Après le débarquement, les bombardements sur les villes françaises et belges ont fermé les écoles pour une durée de plus de six mois, sans que le système scolaire ne s’écroule ou que les jeunes aient à souffrir de lacunes académiques.

    Non seulement, il serait difficile d’organiser ces examens en respectant les mesures sanitaires, mais plus encore, ce semi-confinement a créé de telles inégalités qu’il serait injuste de maintenir ces examens sans pouvoir accorder une égalité de traitement entre élèves.

    Or, pour certains, si le confinement aura été une parenthèse bénéfique pour leurs apprentissages (soutien des parents, contextes privilégiés : villas avec jardins ou grands appartements avec des espaces pour lire, étudier, s’isoler), pour d’autres, cette crise sanitaire aura engendré ou exacerbé des situations difficiles, précaires, conflictuelles voire mortifères. Submergés d’angoisses et n’ayant plus l’école comme soupape d’équilibre, certains jeunes n’ont guère pu étudier. Les élèves n’étaient ainsi pas tous logés à la même enseigne ! Quant à l’enseignement en ligne, certaines écoles privées le pratiquaient déjà, alors qu’il n’était pas toujours au point à l’école publique !

    Nul doute donc que l’école à distance accentue les inégalités, et que Mme Emery-Torracinta a pris une bonne décision en supprimant ces examens. En revanche, elle a eu tort d’accepter la missive signée par une quinzaine de collégiens sans exiger qu’ils revoient leur copie ! N’est-il, en effet, pas inconcevable que des collégiens osent écrire à la présidente du département de l’instruction publique, pour lui adresser une demande, en libellant leur prose ainsi :

    « Nous nous trouvons dans un état d’incertitude totale […] Des milliers de messages fusent sur les différents réseaux, envoyés par des étudiant.e.x.s inquiet.e.x.s de leur sort » (ibid.)

    Comment ces collégiens ont-ils l’outrecuidance de s’adresser à la tête du DIP en violant les règles de la langue française ? S’interroger sur le récepteur (à qui est destiné cette lettre ?) est pourtant une règle rhétorique élémentaire. Ces jeunes, croient-ils écrire un tract pour le mouvement LGBTQI ? En 2010, je m’indignais déjà que le DIP, pour user d’un langage épicène, écrive des circulaires rédigées ainsi :

    « Si un-e-des enseignant-e-s expérimenté-e-s et un-e-des chargé-e-s d'enseignement ou un-e-des suppléant-e-s désirent former un-e équipe, il-elle-s doit-vent informer un-une-des directeur-s-trice-s auquel-à-laquelle-auxquel-les-s il-elle- est-sont rattaché-e-s. Toutefois, seul-e-s le-la-les enseignant-e-s concerné-e-s et qui en fera-ont la demande auprès de son-sa-leur directeur-trice-s attitré-e-s pourra-ront bénéficier de cette disposition. Le-la-les enseignant-e-s qui utilise-ent ce mode de fonctionnement est-sont tenu-e-s d'en informer le-la-les responsable-s légal-e-aux de ses-leurs élèves et d'aviser son-sa remplaçant-e » (Cf. suite du billet)

    Depuis lors, le DIP s’était rendu compte de l’absurdité et du ridicule de cette démarche et était revenu à une écriture plus respectueuse de notre langue française. Pourquoi donc Anne Emery-Torracinta, n’a-t-elle pas rappelé à ces collégiens qu’ils n’ont pas à prendre le langage en otage, d’autant plus lorsqu’ils s’adressent à une conseillère d’Etat ?

    Pour ceux qui ne saisiraient pas mon indignation, je rappelle que la gauche (oui, c’est une spécificité socialiste !) après avoir trituré les mots pour imposer un langage épicène (en Ville de Genève, les fonctionnaires reçoivent même des cours de formation pour l’appliquer scrupuleusement !) se fait dépasser par des groupuscules, encore plus radicaux (issus des mouvements LGBTQI) qui partent en croisade anti-genre. Pour ces guerriers, marquer le féminin et le masculin reste de la ségrégation. Contestant le système binaire de notre société dans lequel ils se sentent discriminés, ces militants ne veulent être ni homme ni femme et se revendiquent d’un genre neutre, qu’ils veulent marquer, dans l’écrit, en ajoutant un « X » comme l’appliquent ces « étudiant.e.x.s inquiet.e.x.s de leur sort » !

    Parce que déconstruire le féminin et le masculin servirait la démocratie (en détruisant les normes !) dans laquelle les identités multiples (homosexuels-elles, lesbiennes, féministes, bisexuels-elles, trangenres, intersexes et autres minorités sexuelles : autosexuel-elle-s, asexuel-elle-s…) doivent pouvoir faire valoir leur droit à leur reconnaissance, ces activistes torturent le langage (pour leur bien !).

    Et, tant pis si les tyrannies commencent toujours par le redressement du langage, et qu’à force de le mutiler, on finira tous par se la fermer !

     

     

  • Qui veut modifier les plaques de rue à Genève ? On veut des noms !

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    La perspective d’une sortie de la crise sanitaire annonce aussi une reprise de la vie politique avec ses inévitables affrontements idéologiques. On peut ainsi s’attendre, même si Mme Salerno quitte la scène politique en Ville de Genève, que le combat pour féminiser l’espace public - avec la nouvelle majorité de gauche - reprenne de plus belle. J’ai exprimé dans « Féminiser les noms des rues à Genève ou les dernières frasques de Salerno » et dans « Batailles des rues : la résistance s’organise », ma désapprobation face à cette politique violente, qui occulte l’histoire (la brade même !), et qui veut faire choir de leur piédestal des hommes “illustres“ pour les remplacer par des femmes, certaines inconnues même d’experts en histoire de Genève.

    Dans « Les rues se féminisent » (Face-à-face du 25 mars, in TdG), les historiennes de l’Escouade (association fondée en 2017, à l’origine du projet 100Elles, qui a apposé des plaques violettes, honorant des figures féminines, sous les plaques officielles bleues) expriment leur soutien à la modification des seize noms de rues à Genève. Le contraire eut été étonnant, vu que les personnes qui veulent concrétiser ce projet sont celles qui l’ont conçu et réalisé !

    Une fois encore, je tiens à dire qu’il est juste de donner une visibilité aux figures féminines qui ont marqué l’histoire de Genève, et qui ont été injustement enfouies dans les limbes d’une histoire défaillante et patriarcale. Pour augmenter les noms des rues se référant à une femme, mon billet du 28 février 2020 offre quelques pistes…

    Cependant, il est inconcevable qu’un groupe, qui se proclame « Historiennes de 100Elles », puisse publier dans la Tribune de Genève sans signer leur billet. Défendre la visibilité de femmes rendues invisibles et se permettre l’anonymat, un comble ! Même sur Internet, on ne trouve aucun nom des membres de cette association qui use d’un nous de majesté fort peu démocratique ! On apprend seulement que quatre étudiantes - Nesrine, Myriam, Loriane et Tania – auraient eu l’idée, un 25 novembre, journée de lutte internationale contre les violences faites aux femmes, de former le collectif féministe l’Escouade, qui se veut anticapitaliste, antisexiste, écosocialiste et antiraciste. Le programme de ce groupe d'extrême gauche s’énonce clairement : « Lutter pour l’égalité doit se faire en pensant à des alternatives au système capitaliste, patriarcal et raciste dans lequel nous vivons. Pour ce faire […] Nous nous organisons afin de créer un espace bienveillant dans lequel nous pouvons partager et nous entraider. L’Escouade fonctionne de manière horizontale et consensuelle ». On saisit mieux pourquoi l’Escouade, qui affectionne « le fonctionnement horizontal », a retenu l’horizontale la plus fameuse de Genève parmi ses figures féminines remarquables !

    Faut-il ajouter que cette association, subventionnée par la Ville de Genève, n’accepte que des femmes, car : « Nous envisageons la non-mixité comme un outil de lutte […même si] nous aspirons à ce que les hommes cis-genres soient nos alliés » ?

    Combien d’adhérentes à l’Escouade ? Aucun indice ! Comment cette association a-t-elle opéré le choix des femmes qui auraient joué un rôle pour Genève ? Mystère ! L’Escouade précise seulement que le choix s’est fait dans une « logique intersectionnelle » ! Ses propositions disparates donnent néanmoins à penser que le choix des femmes s’est opéré par inclination personnelle et sans méthode ! Comment en effet imaginer que l’Escouade n’ait même pas jugé nécessaire de consulter, pour établir sa liste des 100Elles, l’Association pour l’étude de l’histoire régionale (AEHR), la plus à même de la guider dans la mémoire de Genève et de mettre sa sélection à l’épreuve d’une méthodologie historique rigoureuse. Une telle négligence laisse supposer que ces ”historiennes” sont des amatrices qui s’approprient le beau nom d’historien, sans en assumer les charges !

    On comprend dès lors pourquoi le choix des femmes retenues par ce groupuscule de gauche ait scandalisé la population genevoise au point de soulever de nombreuses oppositions, pétitions et des menaces d’attaquer le futur arrêté du Conseil d’Etat si ce dernier venait à avaliser ce projet ! Lire à cet égard, les articles de Laurent Grabet « Ils refusent que la Ville rebaptise leur rue » (GHI du 5 mars), « La féminisation des rues s’invite dans les municipales » (GHI du 12 et 13 mars) ou encore « Changer de nom de rue ? Pour ces habitants, c’est non ! » (Echo Magazine, n° 14 du 2 avril 2020).

    N’est-il en effet pas inimaginable qu’un Frank Martin, compositeur mondialement célèbre, puisse passer dans la trappe pour être remplacé par une violoniste d’une très brève carrière ou que des noms de rue du XVIe siècle puissent être abandonnés, mettant en péril les recherches historiographiques futures et privant les genevois de repères géographiques ?

    Enfin, il s’avère que plusieurs femmes, choisies par l’Escouade, ont eu un lien si ténu avec Genève, qu’elles n’ont guère marqué l’histoire de notre Cité. Pourtant ce dernier élément est écrit noir sur blanc dans la motion « Pour une reconnaissance dans l’espace public du rôle joué par les femmes dans l’histoire genevoise » (M-2536) que l’Escouade ne respecte pas. Son auteur, Mme Haller, n’a-t-elle pas déclaré, lors de son audition à la commission des affaires communales, régionales et internationales « qu’il ne s’agit pas spécifiquement de débaptiser des rues portant des noms d’hommes, mais plutôt de choisir des rues dont le remplacement du nom ne vexerait personne » (Rapport M-2536, p. 3) ? L’exercice mené par l’Escouade est donc raté !

    La commission cantonale de nomenclature devra se réunir pour donner son préavis sur les seize propositions de changement de noms de rue. Suite à son préavis, il appartiendra au Conseil d’Etat de se déterminer. Espérons que les membres de cette commission consultative (5 hommes et 1 femme !) sauront garder un jugement indépendant après les déclarations du Président du Conseil d’Etat, M. Hodgers (qui aime se définir comme un homme féministe!), et qui a déjà fait savoir, médiatiquement, qu’il était en faveur de ce projet controversé !

     

     

  • COVID-19 et mesures de l’Etat

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    La pandémie est un fléau si grave et si global qu’il est difficile de se prononcer sur le bien-fondé des mesures prises par notre gouvernement. La santé des Suisses est, et doit rester, la préoccupation première de nos conseillers fédéraux, d’autant plus qu’une population décimée ruinerait notre économie pour une durée indéterminée et peut-être même sans qu’elle puisse jamais se relever. Toute paupérisation, il faut le rappeler, entraîne son lot de tragédies humaines indescriptibles (inflation, augmentation du chômage, faillites, suicides, hausse des maladies, violence, insécurité, crimes…).

    Néanmoins, on peut tout de même s’inquiéter de l’arrêt de pans entiers économiques, décrété d’une manière qui paraît un peu arbitraire.

    Il est aussi paradoxal de voir comment, dans le monde, chaque gouvernement gère différemment cette crise. Dans certains pays, le port du masque est obligatoire dans l’espace public. Dans d’autres, la répression s’exerce sans relâche. En Inde, par exemple, (ce n’est pas le seul pays !), la police s’autorise à frapper les personnes se trouvant sur la voie publique. En Hongrie, le premier ministre s’est arrogé un pouvoir absolu, pour un temps indéterminé… En France, où le gouvernement raffole des démarches administratives et des contrôles, tout habitant doit remplir un formulaire pour sortir de chez lui. Ce dernier n’est d’ailleurs autorisé à quitter son domicile que sous conditions strictes et pour l’achat de produits de première nécessité. Cette notion de « première nécessité » laisse cependant place à des interprétations floues ! Des témoignages rapportent que des femmes ont été verbalisées pour être sorties s’acheter des protections hygiéniques, nullement considérées par les membres des forces de l’ordre comme des « produits de première nécessité ! »

    Heureusement, en Suisse, notre gouvernement n’a pas édicté de telles mesures répressives, même si certaines décisions (les mesures de distance physique et pas plus de 5 personnes ensemble) s’appliquent à toute la nation. Il a fait appel au civisme, à la responsabilité individuelle et au patriotisme des citoyens. A cet égard, on peut être fier d’appartenir à cette vieille démocratie, où les citoyens sont prêts à faire des consensus pour favoriser l’économie nationale et la cohésion sociale. Dans quel autre pays, la population voterait-elle en refusant, par 67% des voix, deux semaines de vacances supplémentaires pour tous les salariés (initiative populaire votée en mars 2012) ?

    Globalement, il semble donc que notre gouvernement a pris des décisions mesurées et judicieuses en misant davantage sur l’adhésion de la population plutôt qu’en usant d’un mode opératoire coercitif. Pourtant, on peut s’étonner qu’en Suisse (fédéralisme oblige !), il y ait tant de disparités d’ordonnances prises au sein des cantons.

    A Genève, par exemple, tous les chantiers ont été fermés. Cette directive ne s’applique pas dans les autres cantons. En Valais, par exemple (également, dans le canton de Vaud et les cantons alémaniques), les petits chantiers et plus particulièrement les travaux de génie civil n’ont pas cessé. Les travaux d’assainissement des eaux, la réfection des chaussées n’auraient-ils pas pu continuer à Genève ? Avec des rues presque désertes, où le revêtement des chaussées n’aurait pas entrainé les bouchons habituels, ces travaux, qui nécessitent peu d’ouvriers (l’un sur la bétonnière, l’autre sur la chaussée) auraient pu être menés tout en respectant la distance sanitaire, imposée par nos autorités ?

    S’il est toujours difficile de faire la part des choses dans une situation si complexe, ce confinement qui dure est tout de même inquiétant. Il pourrait mettre à terre tant d’indépendants et enrayer notre unité nationale. Certes, des solutions pour aider les PME sont effectives (à Genève, on peut particulièrement féliciter le conseiller d’Etat, Pierre Maudet, d’avoir proposer un accord entre les milieux immobiliers et l’Asloca pour exonérer les petites entreprises du paiement de le pt urs loyers pour avril).

    Mais, de nombreux indépendants ne pourront revendiquer aucune aide, puisqu’aucune interdiction de poursuivre leur activité ne leur a été imposée. Les hôtels, par exemple, n’ont pas l’obligation de fermer. Néanmoins, les personnes ont massivement annulé leurs réservations, laissant ces hôteliers sans clientèle. Idem pour les chauffeurs de taxi, autorisés à continuer leur activité, mais qui voient une chute de leur chiffre d’affaire de plus de 80% ! Bref, tous nos artisans, indépendants (dentistes, physiothérapeutes, restaurateurs…), artistes (et ceux qui gravitent dans les milieux du spectacle : éclairagistes, costumières, producteurs…), les paysans et agriculteurs, les aides à domicile (la liste n’est pas exhaustive…) seront ceux qui paieront le plus lourd tribut à ce confinement.

    Si durant cette crise, il faut rester solidaires et respecter les consignes sanitaires, je m’inquiète déjà, avec les messages reçus sur les réseaux sociaux, de certaines récupérations politiques. N’a-t-on pas récemment lu que le virus COVID-19 était lié au capitalisme (pourtant, la peste qui a ravagé au M-A près de la moitié de la population européenne ne connaissait pas le capitalisme !) ? Un chanteur slam sur YouTube dénonce les coupables de cette pandémie. Voici quelques-unes de ses paroles inquiétantes où il explique que, avec cette épidémie, c’est : « la nature qui fait sa loi en reprenant ses droits, se vengeant de notre arrogance et de notre mépris […] Et, est-ce un hasard si ce virus immonde n’attaque pas les plus jeunes, n’atteint pas les enfants ? Il s’en prend aux adultes responsables de ce monde. Il condamne nos dérives et épargne les innocents ».

    Bref, à le suivre, les malades sont des coupables !

    Au sortir de cette crise, outre la très grave crise économique que nous aurons à affronter, il faudra faire face à une nuée de petits moralisateurs (souvent des bobos peu touchés par ce confinement généralisé) qui seront un autre danger pour notre démocratie. Qu’on se le rappelle !

     

     

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  • Se mobiliser pour le deuxième tour des élections municipales

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    La politique, comme tout le reste, est touchée par le coronavirus. Les sessions parlementaires sont suspendues. Néanmoins, ce Covid-19 n’attaque pas tous les pans de nos existences ! De belles solidarités se créent. Des artistes offrent leurs créations sur des scènes virtuelles. Quant aux journalistes, ils débordent d’imagination pour continuer à présenter leurs émissions. Merci donc à toutes ces bonnes volontés dans les domaines de la santé, de l’approvisionnement en nourriture, du nettoyage, de la culture…

    La vie politique, elle, poursuit ses débats sur des plateformes en ligne et ses annonces avec des tous ménages. A cet égard, le conseil fédéral a pris la sage décision de différer la votation populaire du 17 mai 2020, qui comportait trois objets majeurs (initiative populaire sur l’immigration, projets de lois sur la chasse et sur l’impôt) et pour lesquels aucun parti n’avait démarré sa campagne. En revanche, et fort heureusement, le Conseil d’Etat genevois a maintenu le deuxième tour des élections communales genevoises. Remettre ce deuxième tour en automne aurait mis les communes dans des problèmes indescriptibles. Enfin, le premier tour s’étant déroulé normalement, la population genevoise connaît non seulement les programmes des partis, mais également les candidats, puisqu’on retrouve les mêmes qu’au premier tour (avec quelques rares retraits !). Il est par conséquent facile pour la population de se forger son opinion pour voter en toute lucidité (pour autant que ce soit toujours la lucidité qui participe aux choix des électeurs…).

    La prochaine législature s’annonce difficile. Avec l’alliance du PS et des Verts, la gauche en Ville de Genève est devenue majoritaire au niveau du délibératif et le sera certainement, le 5 avril, aussi au niveau de l’exécutif. A cet égard, on peut même craindre en Ville de Genève un gouvernement monocolore ! Pourtant, cette législature offrait une chance unique, avec quatre magistrats sortant, de reconquérir plusieurs sièges pour la droite. Seulement, pour cela, la droite devait nécessairement, et mathématiquement, faire une alliance élargie entre tous les partis de droite : les Verts libéraux (VL), le parti démocrate chrétien (PDC), le parti libéral radical (PLR), l’Union démocratique du centre (UDC) et le mouvement citoyen genevois (MCG).

    Mais, une fois de plus, le PDC se désolidarise et fait bande à part, pensant, par de petits calculs électoralistes, mieux tirer son épingle du jeu. Toutefois, le jeu est risqué ! On se souvient que, pour les élections au Conseil des Etats, le PDC avait déjà piétiné l’alliance de l’Entente, et que sa présidence (désapprouvée par l’assemblée générale) avait même suggéré de partir sans le PLR. Cette envie du PDC de jouer solo avait évidemment nui aux deux candidats de l’Entente et ouvert une voie royale à la gauche…

    On semble se diriger à nouveau dans le même scénario pour la Ville de Genève. Refuser de la part du PDC une alliance élargie, sous prétexte qu’il n’a pas de socle commun au niveau des valeurs avec l’UDC, ne tient pas la route dans les politiques communales. En effet, les décisions dans les communes sont moins affaire d’idéologie que de gestion concrète au niveau des finances et des projets à mener. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle une large alliance, en 2015, réunissant tous les partis de droite (PDC, PLR, UDC, MCG) avait pu être conclue au Municipal de Genève, avec grand succès.

    Ne serait-il pas indécent que le plus grand parti de droite, le PLR, ne soit pas représenté au conseil administratif ? C’est pourquoi, il est absolument nécessaire que les Genevois se mobilisent au 2ème tour et je vous invite à voter Simon Brandt, qui sera un très bon conseiller administratif, très dévoué pour Genève.

    Soyez très prudents avec la pandémie sans oublier toutefois votre devoir de citoyen !

     

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  • Honte au Service des contraventions !

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    Les injonctions de la Confédération sont claires. La population doit rester chez elle, tout particulièrement les personnes les plus fragiles. Beaucoup d’entreprises ont dû arrêter leurs activités, réorganiser les postes de travail ou mettre en place le télétravail.

    Nos autorités sont fermes et ne cessent de rappeler que seules les urgences et les activités de premières nécessités (soins et alimentation) peuvent continuer. Aujourd’hui se pose même la question de fermer les chantiers. La population, dans sa grande majorité, comprend que, face au coronavirus, il faut adopter des mesures drastiques pour enrayer la propagation de cette épidémie.

    Face lumineuse de citoyens

    Dans des immeubles, des habitants mettent des annonces pour leurs voisins ou leur téléphonent pour proposer leurs services. Des réseaux sociaux ont fleuri sur Internet pour créer des liens et des actions de solidarités. Des musiciens offrent des concerts depuis leurs balcons ou dans les cours d’immeubles. Dans plusieurs villes, la population manifeste bruyamment à une heure précise avec des applaudissements, des cloches, des bruits de casseroles, des chants pour exprimer sa reconnaissance envers le personnel soignant des hôpitaux ou des soins à domicile.

    Face sombre de l’humain

    Dans toute situation de crise, il y a malheureusement aussi toujours quelques personnes qui veulent profiter. Parmi ces profiteurs, citons la Fondation des Parking à Genève (une fondation de droit public, créée par l’Etat de Genève !). N’ai-je pas vu hier (mardi 17 mars) à Carouge, deux agents de cette Fondation (déambulant côte à côte) en train de contrôler les véhicules garés devant un immeuble sur une zone bleue. La scène m’a tellement choquée que je n’ai pu m’empêcher de dire à ces agents : « mais, vous mettez des amendes, pourtant, nous sommes comme un dimanche, tout est fermé ! » Ces derniers m’ont alors répondu sur un ton goguenard : « mais non, c’est mardi ! »

    Bref, chercher à faire des affaires dans un tel contexte de crise sanitaire est honteux.

    Comment est-il possible que la Fondation des Parkings ne respecte pas les injonctions fédérales, qui demandent aux Suisses de rester cloîtrés chez eux ? Pourquoi cette société ne libère-t-elle pas ses employés ? Les Suisses ne sont-ils pas censés rester chez eux ? Doivent-ils contrevenir aux ordres de leurs autorités pour déplacer leurs véhicules toutes les heures ?

    Bref, je suggère à tous ceux qui auraient reçu une amende depuis mardi de refuser de la payer et de la renvoyer à la Fondation des parking ou mieux encore au Conseiller d’Etat M. Poggia, afin qu’il intervienne, tant la situation est indécente !

     

     

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  • Bataille des rues : la résistance s’organise

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    Avec des autorités genevoises qui semblent toujours déterminées à effacer les noms de nos rues et à brader notre patrimoine, la résistance s’organise.

    NE NOUS LAISSONS PAS FAIRE ! Partagez largement cette « Lettre ouverte » destinée au Conseil d’Etat de la République et Canton de Genève et récoltez le plus de signatures possible.

    Frank Martin.pdf

     

    Post-scriptum

    Si dérisoires que puissent paraître les élections municipales du 15 mars 2020 face au combat que le monde entier mène contre le coronavirus, ne sous-estimez pas l’importance de ces élections pour nos communes qui renouvellent leurs parlements pour une durée de cinq ans. Si les compétences des conseils municipaux sont réduites, les décisions votées au sein de ces plénums ont des répercussions fort concrètes sur la vie de ceux qui habitent la commune ou y travaillent, tant au niveau de l’aménagement (construction de logements, d'infrastructures sportives, de pistes cyclables, d'écoles, de l'aménagement des places et de parcs...) qu’au niveau des prestations sociales et culturelles offertes à la population.

    Le taux de participation aux élections municipales est actuellement très bas (moins de 30 %). S’il est trop tard pour voter par correspondance et si vous n’avez pas encore voté, il vous reste deux possibilités :

    - apporter demain (samedi) avant 12h. votre enveloppe au Service des votations, 25 route des Acacias ;

    - aller dans votre local de vote dimanche de 10 h. à midi.

    Jugez de la manière dont les magistrats de gauche (quatre sur cinq !), en Ville de Genève, mènent une politique en se souciant moins du bien commun des habitants que de suivre leurs idéologies qui  les amènent à nous imposer des réformes stupides qui créent des fractures au sein de notre société et favorisent la violence. Ces élus de gauche justifient évidemment leurs actions au nom du « vivre ensemble » ! Voyez les derniers caprices de Mme Salerno, maire de Genève, qui remplace 250 panneaux de passages piétons avec des pictogrammes “genrés” (pour donner plus de visibilité aux femmes dans l’espace public !), et qui veut maintenant changer les noms des rues à Genève. Ces actions dévoilent bien l’insoutenable légèreté d’une gauche déconnectée des citoyens, et qui a renoncé depuis longtemps, enfermée qu’elle est dans ses schémas réducteurs, à défendre la classe moyenne. 

    N’oubliez pas, si vous ne l'avez pas fait, d’aller encore voter ! Pour ma part, je ne peux que vous suggérer la liste PLR (n° 2) ! Mais, il est vrai, je suis partie prenante !!!

     

     

  • Féminiser les noms des rues à Genève ou les dernières frasques de Salerno…

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    Après les panneaux “genrés” des passages pour piétons, Mme Salerno veut modifier seize noms de rues à Genève pour féminiser l’espace public. Donner une visibilité aux figures féminines, qui ont marqué leur temps, est, certes, une manière de rendre justice à ces héroïnes enfouies dans les limbes d’une mémoire défaillante d’une histoire faite trop souvent par des hommes et pour des hommes.

    Augmenter le nombre de rues accordées à des femmes mérite d’être défendu pour favoriser l’égalité entre hommes et femmes. Néanmoins, cette opération est périlleuse. Mal menée, elle peut avoir des effets contre-productifs. Le pire des scénarios (malheureusement choisi par la Ville de Genève !) est d’occulter l’histoire ou d’imaginer qu’en faisant choir de leur piédestal des hommes, on améliorera le statut des femmes.

    Par ailleurs, le choix (éminemment idéologique et politique !) des femmes retenues par les autorités genevoises pour rebaptiser ces rues, laisse songeur. Y a-t-il si peu de femmes d’exception à Genève, pour que la Ville soit dans la nécessité de retenir des figures collectives comme :

    - les blanchisseuses mortes accidentellement, et qui donneraient la « Rue des Trois-Blanchisseuses », laissant croire qu’une mort accidentelle fait de ces femmes des figures d’identification ;

    - les femmes copistes, qui ont travaillé pour de Candolle, et qu’on sublime avec une rhétorique de marketing, en les nommant : «  la Flore-des-Dames ».

    Enfin, honorer davantage Grisélidis-Réal, prostituée genevoise, dont la dépouille a été transférée, en 2009, au cimetière des Rois, en grande pompe avec des bus affrétés pour l’événement, est-ce un choix judicieux, alors que ce transfert avait soulevé tant d’indignations ? Ses écrits ont-ils plus de renommée littéraire que ceux de Jean Violette, écrivain, qu’on veut chasser de sa rue pour la donner à Grisélidis-Réal ?

    Pourquoi aussi ôter la rue à Frank Martin, compositeur suisse d’une renommé mondiale pour le remplacer par Maggy-Breittmayer, violoniste soliste d’une carrière internationale, mais arrêtée à 26 ans, alors qu’elle a vécu 73 ans ?

    Enfin, supprimer le prénom de William Favre, pour le remplacer par celui de sa sœur Alice, n’est-ce pas un manque de reconnaissance envers le donateur du Parc de la Grange ? Pourquoi ne pas simplement ajouter le prénom de sa sœur et nommer cette artère : « l’avenue William-et-Alice-Favre » ?

    En revanche, j’applaudis à la proposition de donner le nom d’une rue à Lise Girardin, première femme maire de Genève. Enfin, ne pourrait-on pas honorer des femmes aux parcours plus remarquables, plutôt que de privilégier des blanchisseuses, une vendeuse, une anarchiste, une prostituée… Sans être historienne, je suggère quelques noms : Jeanne Hersch, brillante philosophe enterrée, en 2000, au cimetière des Rois (mais là, sans faste et sans présence d’un représentant du canton ou de la Ville) ; Aimée Rapin, peintre sans bras, si célèbre portraitiste que l’Europe entière accourait dans son atelier du Quai Ador (admirez un autoportrait) Autoportrait.jpeg; Lina Stern, première femme à recevoir le titre de Professeur ordinaire à l’Université de Genève, en 1918 ; Nelly Schreiber-Favre, première avocate à Genève, assermentée en 1906 (huit ans avant ma grand-mère, Alice Roullet-Piccard, qui n’aura donc jamais sa rue à Genève !) ; Noëlle Roger, romancière et journaliste, née en 1874 ; Simone Rapin (nièce d’Aimée Rapin) comédienne et illustre poétesse ; Monique Bauer-Lagier, politicienne féministe…

     

    Brouiller les repères du passé, un acte citoyen ?

    Quoi qu’il en soit, on ne brouille pas impunément les repères d’une population ! Débaptiser des noms de rues est délicat. Une telle opération devrait être rarissime, car modifier une nomenclature urbaine peut provoquer des effets catastrophiques comme :

    - produire des pertes de repères, surtout pour les personnes âgées qui seront déstabilisées par ces changements ;

    - engendrer des frais pour les entreprises qui devront changer leurs statuts ;

    - provoquer des conflits et des protestations, particulièrement de descendants d’hommes illustres, qui n’accepteront pas qu’on détrône de l’espace public leurs aïeux ;

    - instaurer au sein de la population des marqueurs invisibles, mais puissants. Voyons la modification absurde (et historiquement contestable) de la « Place Neuve » en la « Place de Neuve ». Celle-ci ne prend pas ! Les Genevois font de la résistance et continuent d’appeler cette place « La Place Neuve ». Et, celui qui dit « La Place Deneuve » passe même pour un plouc ou pour quelqu’un qui n’est pas de Genève ou mal assimilé.

    Débaptiser une rue est aussi un rejet du passé. A cet égard, rappelons qu’à Neuchâtel, les autorités ont rebaptisé « l’Espace Louis-Agassiz », au prétexte que M. Agassiz, éminent glaciologue du XIXe siècle, a émis des thèses racistes, pour renommer le lieu  « L’Espace Tilo Frey », du nom de la première femme de couleur au Conseil national de la Ville de Neuchâtel. Ecarter un homme pour ses thèses racistes, en usant du critère de race pour honorer une femme, un comble ! Tout le XIXe siècle, épris de phrénologie, a été raciste, selon nos critères actuels. Quant aux siècles précédents, les plus humanistes des philosophes, les plus fervents défenseurs de la démocratie et des libertés ont émis des propos sur les races, les femmes, les domestiques, les colonisés… qui nous paraissent aujourd’hui ahurissants. Faudra-t-il donc balayer nos références historiques, brûler les livres de penseurs qui ont eu le tort d’appartenir à leur époque ? Cette propension à effacer l’histoire ou à juger le passé à l’aune de nos critères contemporains est inquiétante. Rappelons que l’histoire est faite pour nous surprendre, pour introduire de l’étrange, pas pour fortifier nos adhérences et nos moralisations contemporaines.

     

    Donner plus de noms de rues à des femmes, oui mais…

    Rien ne sert de vouloir imposer une nouvelle nomenclature si celle-ci ne crée pas d’adhésion populaire. Tout comme la langue que Mme Salerno veut plier pour l’instrumentaliser, mais qui résiste, les noms de rues ne changent pas par décret ! Remplacer « la Place du Cirque » par « la Place Marcelle-de-Kenzac » sera une illusion. La population continuera de l’appeler « la Place du Cirque ». Et, on assistera, comme pour le langage épicène que certains veulent imposer, à une fracture de la société, où chacun utilisera ses mots et ses noms de rues !

    Le seul moyen d’augmenter les noms de rues accordées à des figures féminines est de le faire sans heurter la population. Pour cela, il faut favoriser les noms de femmes lorsqu’on crée de nouveaux quartiers ou de nouvelles rues. Or, avec le PAV, il y aura bien de nouvelles rues ! La solution de couper certaines longues artères (comme la rue de Lyon, la route de Meyrin…) pour baptiser un tronçon par un nom féminin pourrait aussi être étudiée.

    Fort heureusement, la décision de baptiser des noms de rues à Genève n’est pas de la compétence de Mme Salerno ! La Ville ne peut que proposer des changements à la commission de nomenclature, qui les étudie. Enfin, si cette commission accepte des modifications, ces dernières doivent encore être approuvées par le Conseil d'Etat. Espérons donc qu’il y a dans la commission de nomenclature des historiens qui ne braderont pas notre patrimoine et n’accepteront pas d’effacer les traces de notre passé, même pour la noble cause des femmes…

     

    Enfin, si vous voulez favoriser une femme actuelle et vivante, allez voter et soutenez ma candidature aux élections municipales en Ville de Genève!

    PHOTO-roullet - copie 2.jpg

     

     

     

  • Extinction Rébellion ou le Nouvel Ordre moral

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    Samedi passé, des militants d’Extinction Rébellion ont bloqué l’accès au parking de Rive en s’enchaînant devant l’entrée. Né en Angleterre en 2018, Extinction Rébellion revendique la désobéissance civile pour sauver l’humanité de l’extinction. Ce mouvement, devenu international, se définit comme social et écologiste. Il planifie des actions, soi-disant non violentes, pour faire agir les gouvernements sur l’urgence climatique.

    En Suisse, il a organisé plusieurs opérations : rues, entrées et locaux de banques envahis à Lausanne, Bâle et Zürich…ainsi que l’action samedi, à Genève. Les déclarations des activistes sont imparablement les mêmes. Ils affirment agir non par plaisir, mais par nécessité, arguant que le problème climatique, qui provoquera l’effondrement de notre civilisation, est urgent et concerne tout le monde, d’où leur droit d’occuper l’espace public pour perturber le plus possible la vie des gens, afin de les forcer à discuter avec eux. Ces activistes sont conscients qu’ils agissent en dehors du cadre légal. Mais, ils considèrent que si l’Etat est dans la loi, ce dernier est néanmoins illégitime, car il ne protège pas la nature, et que leur cause morale se situe au-dessus des lois.

    En déplaçant un délit pénal du terrain légal sur celui de la morale, ces activistes, n’ouvrent-t-ils pas grand les portes à une violence sans retenue ? Chacun pourrait s’autoriser à commettre des délits (et pourquoi pas des meurtres et des massacres) pour une “noble” et “juste” cause morale, voire religieuse ! Les militants antispécistes, par exemple, commettent des actions violentes pour défendre la cause animale. Les plus fanatiques ont même agressé des aveugles, leur reprochant d’exploiter leurs chiens ! Quant aux chiens renifleurs de la police, ils sont aussi dans la ligne de mire de ces commandos qui veulent les libérer.

    Mais, alors que les antispécistes revendiquent leurs actions violentes, Extinction Rébellion prétend être dans la non violence. Pourtant, bloquer des usagers de l’espace public, n’est-ce pas une action violente ? Comment les marchands de légumes, les boulangers, les fleuristes… du Marché de Rive, qui produisent pour la plupart des produits bio du terroir genevois, et qui ont vu leur chiffre d’affaire plongé samedi passé, faute de clients qui n’avaient pas accès au marché, ont-ils vécu l’action des militants d’Extinction Rébellion ? Pourquoi, d’ailleurs, s’en prennent-ils aux producteurs locaux ? Ces derniers, n’ont-ils pas déjà des situations difficiles face à la concurrence des supermarchés ? Ne sont-ils pas aussi les meilleurs acteurs pour diminuer les gaz à effet de serre, puisque produire et consommer local seraient sains pour l’environnement ?

    L’action de samedi révèle combien ces activistes sont immatures et tellement enfermés dans des schémas dogmatiques, qu’ils sont incapables de questionner l’efficacité de leurs stratégies. Créer des bouchons dans les centres ville, diminue-t-il le CO2 ? D’ailleurs, ces actions débiles risquent fort d’entraîner un jour une tragédie. Un otage, bloqué et stressé dans son véhicule, qui pète les plombs, car il doit prendre un avion pour aller voir un parent mourant, emmener quelqu’un aux urgences, aller à un entretien d’embauche ou chercher un enfant, etc., pourrait foncer avec son véhicule sur ces activistes et les blesser grièvement. A cet égard, on peut espérer que le juge se montrera aussi complaisant que le juge qui a innocenté les militants du climat qui avaient envahi une banque à Lausanne, en estimant que leur action de désobéissance civile se justifiait au vu de l’urgence climatique. Certes, ces jeunes, qui jouaient du tennis dans le hall d’une banque, ne méritaient pas une lourde peine, car leur action à l’allure d’une farce de collégiens était tellement bon enfant que la peine pouvait n’être que symbolique. En revanche, les avoir disculpés fut un déni de notre Etat de droit ! Ce jugement sert d’ailleurs d’alibi pour les membres et sympathisants d’Extinction Rébellion, qui s’en réfèrent pour justifier leurs actions (Cf. ce qu’écrit Sylvain Thévoz, grand Ayatollah socialiste, sur FB au sujet de l’action au Marché de Rive).

    Maintenant, ces mouvements questionnent tout de même le concept de désobéissance civile. La désobéissance civile, est-elle parfois autorisée ? Certainement ! Mais, il est inapproprié de comparer (comme le font ces activistes) leurs désobéissances civiles aux refus de se plier à des lois iniques de régimes totalitaires. Ceux qui ont obéi aux lois nazies, qui planifiaient des crimes contre l’humanité, ont été condamnés à Nuremberg ! Désobéir aux lois d’un Etat autocratique est donc bien un devoir éthique ou moral. A cet égard, rappelons que ceux qui offraient l’hospitalité aux juifs, menacés de déportations et de mort, étaient exécutés avec leur famille s’ils étaient pris. Il faut donc savoir raison garder et ne pas s’autoriser des comparaisons hors contexte, qui sont même des insultes pour ces Justes qui ont commis des actes d’une humanité et d’un courage exceptionnels, qui n’ont pas à être comparés aux agissements d’Extinction Rébellion.

    Les activistes d’Extinction Rébellion sont plutôt les « enfants roi » de soixante-huitards qui les ont immergés dans le principe de plaisir, oubliant que celui qui n’a pas été confronté au principe de réalité devient capricieux, omnipotent et sans confiance. En effet, ce qui frappe dans les discours de ces jeunes activistes du climat, c’est leur vision apocalyptique (même si cette dernière s’appuie sur des données scientifiques). Cette philosophie de la catastrophe ne sera d’aucun secours. Elle est même contre-productive, puisque, lorsqu’on est paralysé par la peur, toujours mauvaise conseillère, on n’a plus la moindre imagination. D’ailleurs, si l’effondrement de notre planète est une fatalité, pourquoi se priver de plaisirs jouissifs et pourquoi ne pas consommer encore davantage pour trouver du réconfort ? On sait assez que l’addiction à la surconsommation est liée à l’angoisse.

    En revanche, cette crise de confiance chez les jeunes doit nous remettre en question. N’est-elle pas de notre responsabilité ? Certains parents, traitant leurs enfants comme leurs copains sans leur imposer de limite, n’ont pas permis à ces jeunes de se construire, d’accepter des règles, des limites et de développer une confiance en eux et en l’avenir.

    Donner une meilleure image de notre démocratie, rappeler aux futures générations que, en Suisse, un seul citoyen peut lancer un référendum, est une priorité. Enfin, pour lutter contre le réchauffement climatique, il faut que ce climat de haine, de rancœur, ces replis communautaristes, ces manifestations ineptes, ces accusations stériles cessent. Trouver ensemble de nouvelles manières de vivre, de consommer en misant sur nos imaginations, sur des solidarités et sur des innovations technologiques réduira plus sûrement nos émissions de gaz à effet de serre que des prises d’otage de la population !

    Reste que les urgences autour du climat sont des défis énormes qui ne pourront être relevés sans une confiance en l’avenir… (Affaire à suivre !)

     

  • “La mairesse” de Genève agit au gré de ses caprices

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    Avant de quitter la scène politique, notre “mairesse” veut occuper la scène médiatique. Et, là, avec ses nouveaux panneaux de signalisation aux pictogrammes féminisés, introduits en Ville de Genève pour annoncer les passages piétons, Sandrine Salerno a réussi son coup ! Tout sourire, sous les feux de la rampe (voir le TJ de 12h45 ou de 19h30 de la RTS du 16 janvier 2020), elle explique combien ces panneaux, qui offrent une déclinaison de 6 types de femmes différentes (une femme enceinte, une âgée et un couple de femmes…), sont utiles.                                  

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    D’après la magistrate, ces panneaux poursuivent un travail sur la parité hommes et femmes et permettent de lutter contre les stéréotypes, d’égayer nos rues et de questionner la place des femmes dans l’espace public. Le militantisme de notre magistrate manque, une fois de plus, sa cible, car ces nouveaux panneaux (à 56'000 francs !) ne déconstruiront aucun stéréotype. En revanche, ils ouvriront une boîte de Pandore. Avec ces panneaux “genrés”, la Ville introduit de l’exclusion. En effet, vouloir représenter la diversité de la population (gens en surpoids ; personnes en situation de handicap : unijambistes, sur chaise roulante, sans bras ; femmes en nikab…) est impossible. Mais, Mme Salerno a précisé que ces panneaux sont appelés à évoluer, et que les personnes qui se sentent oubliées pourront venir le dire « pour qu’on commence à discuter ».

    Or, la valeur d’un panneau signalétique réside dans son aspect neutre et standard. Si le bonhomme traditionnel du passage piéton a une forme trop masculine, les autorités pourraient songer à le remplacer par un pictogramme plus stylisé.

    Prendre au contraire l’option de féminiser le pictogramme peut aussi altérer la compréhension des panneaux. C’est pourquoi, les panneaux de signalisation sont soumis à une législation très stricte de la Confédération et ne peuvent être modifiés. Toutefois, il semble que les panneaux des passages pour piétons, au caractère informatif, échappent à cette jurisprudence. Il serait néanmoins intéressant qu’un juriste se penche sur la légalité de l’action de Mme Salerno qui transgresse parfois allégrement notre constitution. On se souvient de son attitude sexiste envers les employés de la Ville lorsqu’elle avait donné congé exclusivement aux femmes et aux transgenres - mais pas aux hommes - pour participer à la grève du 14 juin 2019 (Cf. ancien billet).                

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    Comme je l’ai écrit ci-dessus, en féminisant ces panneaux, il y a un risque de perte de lisibilité. A cet égard, j’aimerais faire un témoignage sur une situation vécue, il y a deux ans. J’étais à l’angle de la rue de la Fontaine et de la rue du Vieux-Collège, où se trouvait (et se trouve toujours) un panneau (déjà !) féminisé, censé indiquer la fin d’une zone piétonne (Cf. la photo). J’ai été alors abordée par un touriste indien, qui visitait Genève avec sa femme et son petit garçon. Perplexe et arrêté net devant ce panneau, cet Indien me demanda :

    « Excuse me lady, is it not allowed for my wife and my son to go further on ? »

    Non, ce n’est pas un sketch, même si l’anglais au fort accent indien a rendu la scène, pour moi, plutôt comique. En revanche, la réaction de ce touriste indien était fort pertinente. Introduisant une femme (en robe, alors que tant de femmes sont aujourd’hui en pantalon !) qui tient un enfant par la main (bonjour le stéréotype, dès qu’il y a un enfant, on met une maman), ce panneau donne à penser que les femmes et les enfants ne sont pas autorisés à aller plus loin, à franchir cette zone. Lecture logique, puisque le féminin est exclusif alors que le masculin est inclusif !

    Ne pourrait-on pas attendre de la part de « la mairesse » de Genève qu’elle agisse avec un peu plus de sérieux, et qu’elle prenne ses décisions en consultant le parlement de sa commune ? Pour précision, avec Mme Salerno, je féminise l’article et le mot et je dis « la mairesse ». En effet, pourquoi n’appliquer, envers elle, l’exigence du féminin qu’à l’article, alors qu’elle impose, dans l’administration, une féminisation absolue du langage ? Or, les mots se féminisent ! On dit bien un maître – une maîtresse ; un âne – une ânesse » (Cf. ici).

    Enfin, la priorité d’un maire ne devrait-elle pas être d’instaurer des mesures, voire des réformes, qui rassemblent les habitants de sa commune ? Or, les décisions de Mme Salerno, reconnaissons-le, divisent, séparent la population et favorisent le communautarisme. Elles sont aussi, comme l’écrit Julie (in, TdG du week-end) s’exprimant sur « ce changement de sexe opéré sur les 250 panneaux bleus des passages pour piétons […] des préoccupations d’enfant gâté […] déplacées ».

    En outre, ne devrait-on pas s’inquiéter de l’obstination de Mme Salerno à détruire le socle commun de notre société ?

     

     

  • L’onde de choc du livre de Vanessa Springora

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    Depuis le tsunami déclenché par le livre « Le Consentement » de Vanessa Springora (que je n’ai pas encore pu me procurer), les médias et réseaux sociaux ne parlent que du scandale Matzneff. C’est tout un monde ou plutôt l’idéologie d’une liberté sexuelle totale, prônée dans les années 70-90 comme tremplin d’un progrès sociétal, censé apporter le bien-être à tous, qui est aujourd’hui questionné. Et, c’est tant mieux !  Car, tout aveuglement ou excès déverse son lot de victimes et ses tragédies. Or, Vanessa Springora est bien une victime de cette époque complaisante, qui, au nom d’une libération sexuelle, s’est fait dévorer, à 14 ans, par un ogre de 50 ans, qui s’est emparé de son innocence, en l’assaisonnant à son goût de pédophile. Assurément, ce docteur es amours libertaires, dont l’aura d’écrivain célèbre ajoutait du prestige, et qui s’autoproclamait être en avance sur son époque engluée dans une morale petite bourgeoise, savait que la meilleure manière de capter sa proie, c’était de faire croire à sa victime qu’elle était libre, et qu’elle entrait dans une relation amoureuse, hors norme et d’autant plus sublime, qu’elle y entrait de son plein gré !

    La parole de Springora est une catharsis. Après tant d’années de souffrance où son statut de victime était dénié (y compris par elle-même, puisque Matzneff, en manipulateur, savait culpabiliser ses victimes), Vanessa Springora publie son livre qu’elle qualifie, pour elle, de « réparation symbolique », et qui permettra aussi de décortiquer les mécanismes d’abus de pouvoir, utilisés par les pédophiles et tyrans.

    Mais, pour saisir les excès de la révolution sexuelle des années 70-90, qui ont conduit à des viols d’enfants (dans des sectes, entre autres), il faut d’abord la resituer dans le contexte de l’époque. Il faut se rappeler les discours qui enrobaient cette révolution sexuelle : discours sur la lutte contre les préjugés et les normes “bourgeoises” ainsi que sur la place de l’enfant et de l’adolescent. Faire sauter les carcans d’une société patriarcale, figée, sans égalité entre hommes et femmes, était le fondement de cette idéologie libertaire, qui promettait un avenir ouvert sur un monde plus juste, plus égalitaire, avenir labellisé sous les slogans « Peace and love » et « Il est interdit d’interdire ». L’interdit, connoté alors négativement, était perçu comme la marque d’un esprit borné, machiste, qui voulait confisquer le pouvoir. Rappelons qu’à cette époque, les femmes en avaient peu ! Le droit de vote, en Suisse, pour les femmes, date de 1971 (en France, de 1944). Dépendantes économiquement du mari, les femmes, pour postuler pour un travail, devaient obtenir l’accord du mari et étaient souvent réduites à n’être que « des potiches ou des bonniches » (je paraphrase le titre de l’ouvrage de Claude Alzon, « La femme potiche & la femme bonniche. Pouvoir bourgeois et pouvoir mâle », publié en 1977). Le mouvement de libération des femmes (MLF, né vers 68), avait le vent en poupe et disposait d’une édition prolixe de livres dans lesquels était défendue la revendication des femmes de disposer de leur corps (droit à l’avortement, à la contraception).

    Dans le sillage de cette révolution sexuelle, s’est développé tout un discours sur l’enfant, l’adolescent dont la liberté et la libido devaient également être respectées. Un Daniel Cohn-Bendit, avec ses doctrines qui nous paraissent aujourd’hui hallucinantes, publiait en 1975, un livre sur la sexualité des enfants de 1 à 6 enfants (dans les crèches), dans lequel il banalisait les caresses à connotation sexuelle entre enfants et éducateurs (sa première activité professionnelle). En 1982, à Apostrophes, il reparle de ces jeux érotiques avec de jeunes enfants, “jeux” qu’il qualifie de « fantastiques ». Ces propos délirants n’ont alors déclenché aucune foudre médiatique. Ce n’est qu’en 2001 que les propos de Daniel Cohn-Bendit, repris en Allemagne, en France et au Royaume-Uni (alors qu’il est député européen depuis 1994, réélu en 1999) susciteront un émoi. Ces attaques pourtant n’ébranleront guère Dany le Rouge qui expliquera qu’il n’y avait jamais eu de caresses entre des enfants et lui-même, et qu’il n’avait tenu ces propos que par pure provocation ! Les accusations de pédophilie à son encontre ne déboucheront sur aucune enquête ou poursuite et n’auront aucune incidence sur sa carrière politique. Il sera réélu brillamment aux élections européennes de 2009 et coprésidera le groupe des Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen de 2002 à 2014. Cet exemple montre combien la liberté (dans les années 70-90) était l’étendard brandi sans aucune limite, si ce n’est la liberté de l’autre !

    La grande question de l’époque (nourrie par Michel Foucault) sur la nature de la répression et le fondement des interdits se focalisait alors sur les normes (sexualité, mariage, amour, prison, institution...).

    Avec le rejet de tous les tabous, l’enfance devient aussi le lieu de questionnement. Quelle éducation ? Ne faut-il pas libérer l’enfant du pouvoir oppressif des adultes (parents, enseignants, prêtres, pasteurs, éducateurs) ? Rousseau et Piaget sont alors souvent conviés (en déformant leurs théories) pour dénoncer l’acte éducatif aliénant et inopérant, puisque l’enfant doit apprendre, par lui-même, en faisant ses propres expériences.

    Les travaux de Dolto, qui ont révélé l’importance d’écouter les enfants et de leur parler, sont aussi instrumentalisés pour plaider des rapports égalitaires ou de réciprocité entre enfants et adultes. Beaucoup trouvent alors juste que l’adulte dise toute la vérité à l’enfant, oubliant que l’enfant est un être fragile, en formation, et qui doit être protégé par l’adulte.

    Evidemment, ce discours de libération et de transgression a été une aubaine pour des pervers qui vont en profiter, pour assouvir leur besoin de domination et de violences sexuelles sur des enfants. Matzneff dont on réalise aujourd’hui, avec stupeur, que ce prédateur sexuel a pu se livrer à ses déviances, en toute impunité, sans jamais être poursuivi par la justice, alors même que ses pratiques sexuelles (racontées en détail dans ses écrits - publiés dans la plus grande Maison d’édition, Gallimard - ou sur les plateaux de télévision) constituent des délits qui tombent sous le coup du Code pénal.

    Je me souviens avoir entendu Matzneff à Apostrophes, émission phare de ma jeunesse, où entre amis, nous poursuivions longuement et avec fébrilité, une fois l’écran éteint, nos discussions. Je ne sais plus si j’ai été choquée par Matzneff. Mais je me souviens que je lui trouvais un air de dandy déplaisant.

    J’ai tout de même un de ses livres dans ma bibliothèque que je suis allé rechercher. Première surprise, je n’ai pas lu ce livre (ni date ni annotation dans le livre !). M’est-il tombé des mains, aussitôt saisi ? J’ai ouvert, hier, au hasard ce livre. Voici le passage sur lequel je suis tombée :

    « Nuit du dimanche 24 au lundi 25. Marie-Laurence n’est pas faite pour le bonheur, elle fourre du drame partout, est incapable de s’abandonner à ce qu’il y a d’heureux dans ce que nous vivons, Marie-Elisabeth, elle et moi. Mercredi, après le simulacre de procès, puis samedi, j’ai eu droit à de pénibles scènes “d’explications” entre mes deux amantes. Cela se passait chez moi, j’étais présent, mais j’avais le sentiment très vif d’être exclu de la dispute, de n’être qu’une potiche » (« Mes amours décomposés. Journal 1983-1984 », Paris, Gallimard, 1990, p. 81).

    Ces quelques phrases révèlent l’égocentrisme de ce manipulateur terrifiant, insensible à la souffrance qu’il peut générer. Lui, il est fait pour le bonheur ! Mais, ces “amantes”, qui se plaignent, ne font que « fourrer du drame partout ». Elles sont incapables, elles, d’accéder au bonheur et pire avec leurs « pénibles scènes », elles le réifient, le transforment en « potiche » ! Bref, un parfait tyran qui parvient à enfermer ses proies en les culpabilisant et en retournant la situation à son avantage. Ce n’est pas lui qui fait de ces jeunes filles ses objets, mais c’est lui qui est réifié, et qui se lamente d’être leur victime ! On comprend combien il a dû être difficile pour Vanessa Springora de sortir des griffes de ce prédateur.

    Il est bien sûr déroutant de prendre conscience qu’on a pu manquer de lucidité au point de fermer les yeux sur de tels agissements délictueux. Mais, cela montre aussi que chacun vit dans son époque et fait corps, plus ou moins (les lucides et courageux plutôt moins) aux idées de son temps.

    Faire un procès à toute une génération est un oreiller de paresse. A cet égard, je m’indigne des attaques et insultes lâches (car anonymes) lancées contre Bernard Pivot. Son émission « Apostrophes », exceptionnelle, était suivie par des millions de téléspectateurs, tant ce journaliste avait du brio pour diriger les débats. Or, les indignations, qui s’érigent aujourd’hui contre Matzneff, étaient à cette époque muettes ! On peut certes louer Denise Bombardier qui a eu le courage et la lucidité d’être une voix discordante de son époque. S’indigner aujourd’hui n’est pas un acte de courage, car il est facile, pour la nouvelle génération, de suivre l’air du temps et de jouer les donneurs de leçons en affirmant que « le choc des époques n’existe pas », que ce n’est que du bluff pour trouver des excuses et ne pas voir l’insoutenable afin de maintenir la culture du viol. C’est l’opinion d’Eglantine Jamet, dans « Le grand bluff du choc des époques » (in, Le Temps du 07.01.2020), qui conclut son billet par une morale gentille, mais un peu courte: « Il serait temps de regarder la réalité en face, d’assumer ses responsabilités et, surtout, surtout, d’éduquer autrement. »

    Ce ton moralisateur peut aussi être ravageur et générer du fanatisme avec son lot de victimes. Tant l’attentat contre Charlie Hebdo que la suppression de dessin dans le New York Times ont été décidés au nom d’une morale (pas la mienne !).

    La liberté sexuelle n’était pas une idéologie claquemurée dans le milieu intellectuel.

    Il est également faux, à mon avis, d’écrire : « Oui, il a existé un petit milieu artistico-littéraire qui a soutenu ce genre d’idées, mais il n’était pas du tout représentatif » (Ibid.).

    Ces revendications de libération sexuelle se sont manifestées partout en Europe occidentale et aux Etats-Unis. Elles étaient, me semble-t-il (mais cela mériterait une recherche historique), portées plutôt par un anti-intellectualisme qui allait de pair avec le grand retour à la Nature ! La thérapie primale, développée en 1967, où l’on pratiquait le cri primal, pour surmonter ses névroses et vivre sa renaissance, était en vogue. La vie en communauté aussi où l’on remettait en question les valeurs “bourgeoises” et le modèle de vie familiale en rêvant de vivre à l’ancienne dans la nature avec chèvres et potagers. Dans certaines communautés, on prônait l’amour libre ou le libre cours à ses pulsions…

    Les utopies ne sont pas négatives. Elles peuvent permettre à une société de se réinventer pour répondre aux besoins de son époque. Aujourd’hui, on rêve à des modèles participatifs où les employés deviennent des collaborateurs. On veut créer des solidarités nouvelles, posséder moins tout en disposant de biens par un système de partage. Ces pistes sont évidemment intéressantes, mais elles peuvent également créer de nouvelles formes d’abus et d’exploitation.

    Toute utopie ou idéologie et « Le consentement » de Vanessa Springora nous le rappellera, peut basculer dans l’horreur s’il y a emprise, aveuglement, fanatisme et excès. Enfin, n’oublions pas que les violences et les dominations s’exercent d’autant mieux lorsqu’elles se font au nom d’une libération, d’une saine morale, d’une juste cause ou d’une foi éclairée…

     

     

  • Se promener nu dans l’espace public 

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    Nous vivons dans un monde moderne, où chacun revendique le droit de suivre ses croyances, sa religion, sa philosophie, sans entrave ni limite. Mais, où mènera cette demande illimitée de libertés individuelles ?

    - Pour certains, cette exigence de liberté se loge dans le droit, pour les femmes, de porter la burqa ou le niqab dans l’espace public. L’émission « Infra Rouge » (RTS, le 18.12.2019) a permis d’entendre des plaidoiries décoiffantes sur la liberté qui permettrait de choisir l’enfermement, l’exclusion ou le repli sur soi. La liberté reviendrait alors à suivre l’exhortation paradoxale du « obéis, sois autonome » ! Difficile de démêler les fils de cet écheveau dialectique !

    Mais, les religions suivent des voies obscures,
    Epineuses, et qui ne sont pas des sinécures !

    - Pour d’autres, tels les membres de « l’Eveil des énergies naturelles » (EDEN), la liberté consiste à défendre le droit de déambuler nus dans les rues, les théâtres et plus encore sur les lieux de travail. En effet, parmi les dogmes de cette religion, qui s’enracine dans des croyances ancestrales de Sao Rico, la transcendance de l’âme ne peut s’exprimer que dans le renoncement, la simplicité et le dénuement (au sens littéral) de ses membres (bras, jambes, tête et corps tout entier). C’est pourquoi durant leurs célébrations, les fidèles chantent :

    « Qu’il est barbare de porter vêtement afin de cacher
    nos attributs divins que la chair doit honorer et dévoiler ! »

    Pour cette communauté, les habits ne sont que des artifices qui génèrent des inégalités, entravent les relations et obstruent l’esprit. L’EDEN autorise toutefois les femmes enceintes, les personnes âgées et ses membres, lors de temps froid et pluvieux, ainsi que pendant les jours de fêtes, de se vêtir.

    Cette “nouvelle” religion rencontre beaucoup de succès auprès des naturistes qui se convertissent en nombre impressionnant. Il est vrai que beaucoup de nudistes ne supportent plus d’être parqués dans des camps. Une plainte a d’ailleurs été déposée, au Tribunal de Karlsbourg, pour violation des Droits de l’Homme par des naturistes du camp d’Afghar, qui plaident le droit de se promener nus, partout, sans que cet acte naturel constitue le moindre délit.

    Alexis Favre organisera-t-il, dans un prochain « Infra Rouge », un débat sur cette revendication en vogue dans notre société ? On ne sait pas encore. En revanche, personne n’ignore que les “édenistes” éveillent des passions virulentes au sein de la population. Les forces de l’ordre craignent même des confrontations violentes et incontrôlables entre ceux qui considèrent que « la femme est comme une perle dans un coquillage qu’il ne faut pas montrer, car elle crée des jalousies » (dixit un certain prédicateur cliquez, Cf. 1 et 2) et ceux qui estiment que le corps, tant celui de l’homme que de la femme est un pur saphir à exhiber sans retenue, car la nudité calme les colères et éveille des relations sociales apaisées.

    Faudra-t-il des heurts qui mettent en péril nos démocraties pour qu’enfin on réalise, en Europe, qu’un individualisme exacerbé n’est pas supportable ? Si la liberté est un droit fondamental, elle n’est nullement le droit de faire tout et n’importe quoi. Adopter des pratiques aliénantes en se soumettant à un pouvoir religieux, patriarcal ou autre peut être un acte de foi, un asservissement volontaire, mais en aucun cas un acte de liberté ! Revendiquer une liberté, dans ces cas-là, est une aporie qui travestit la langue. Or, la langue est le fondement de la culture. Les mots ne peuvent pas dire tout et son contraire, sauf à vouloir manipuler les esprits, empêcher tout dialogue en stérilisant la “pensée”, faire imploser nos sociétés ou encore, au nom d’un multiculturalisme fourre-tout, saper ce qui cimente une population : son histoire, sa culture et sa civilisation avec ses fondements, ses codes, ses valeurs et ses contraintes…

  • Le PISA Nouveau est arrivé !

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    Début décembre est arrivé le PISA Nouveau ! Assurément, la cuvée 2019 ne réjouit guère les Suisses, puisque les résultats de l’enquête donne un cru plutôt mauvais.

    Si les jeunes Suisses continuent à obtenir de bons résultats en mathématiques et dans le domaine des sciences, en revanche le niveau de la lecture (déjà peu satisfaisant en 2015) a encore baissé. Au point que la Suisse, avec cette dernière récolte, obtient un score au-dessous de la moyenne de l’OCDE (de 3 points) ! Comment interpréter ces résultats ?

    Laissons aux chercheurs en éducation, qui disposeront de données détaillées avec les scores cantonaux, tirer quelques réflexions !

    Cela étant, il est important d’adopter un regard nuancé sur ces résultats. Sans nier leur importance, puisque ces données comparatives entre pays peuvent nous permettre de questionner nos politiques scolaires, on peut tout de même s’interroger sur la pertinence du test PISA.

    En effet, ne doit-on pas toujours garder à l’esprit que les compétences humaines ne peuvent être évaluées de manière objective ou purement scientifiquement ? Assurément, il faut admettre que derrière toute observation (fût-elle menée dans des laboratoires de psychologie expérimentale ou avec des outils informatiques les plus performants), il existe toujours une relation entre le chercheur et l’observé, qui passe nécessairement par le langage et donc par des représentations mentales.

    Les philosophes au XIXème siècle, influencés par le scientisme ambiant, et qui rêvaient d’étudier scientifiquement l’enfant, avaient bien cerné cette difficulté. Les médecins et psychologues au  XXème siècle, occultant que toute mesure d'un phénomène dépend toujours de la définition donnée, préalablement, audit phénomène, prétendront - grâce à des procédés de mesure, des méthodes de tests, des expérimentations, des enquêtes, des calculs de coefficients, de corrélations, de probabilités, de statistiques, de données quantitatives, etc. - pouvoir étudier l'humain scientifiquement. Ces derniers renieront les philosophes, les traitant de littérateurs « coupables d’être des bavards » qui n'auraient produit aucune connaissance ni sur le développement de l'enfant ni sur les méthodes didactiques. Et avec assurance, ils se proclameront les créateurs d’une nouvelle science : la psychologie “labellisée” infaillible. Mais, trop de certitude tue la science.

    C’est pourquoi, les tests et évaluations sont actuellement reçus avec plus de prudence. Personne aujourd’hui ne conteste, par exemple, que le test d’intelligence (QI), qui date d’un siècle, apporte des données intéressantes certes, mais lacunaires (les aptitudes émotionnelles, créatives… sont occultées), car ce test est trop focalisé sur des facultés intellectuelles nécessaires à la scolarité et en lien avec le langage (compréhension des mots et des consignes).

    Les mêmes réserves peuvent être émises avec l’évaluation PISA qui use d’une méthodologie qui soulève bien des questions, notamment sur la manière d’interroger les jeunes (questions à choix multiples), qui privilégie une approche anglo-saxonne.

    Enfin, pour tester les performances en lecture, ne faut-il pas interroger la qualité du texte ? Le récit titille-t-il la curiosité des jeunes ? Les questions posées sont-elles pertinentes ? Ont-elles un sens pour ces jeunes lecteurs ?

    Une fois ces réserves soulevées, on peut néanmoins s’inquiéter de la baisse du niveau de lecture.

    Cette baisse de lecture est-elle l’indice d’une évolution de notre société envahie par l’informatique ?

    Les jeunes, scotchés sur leurs écrans, ont-ils perdu l’expérience de la lecture profonde ?

    Alors que je tentais de dire mon plaisir de lire à une jeune fille de 15 ans, qui déteste lire (lorsqu’elle doit lire un livre pour l’école, elle surfe sur internet pour trouver les courts résumés), cette jeune fille me répondit : « la lecture, c’est nulle, c’est pour les vieux ! » Cette répugnance envers la lecture, révèle-t-elle un nouveau rapport au monde, où le livre (qui nous plonge dans un temps “hors du temps”, un temps long de concentration) ne nous enchante plus ?

    Le rejet de la lecture touche-t-il toutes les couches de notre société ? On se souvient du mépris pour le livre du président Sarkozy qui ne comprenait pas qu’on puisse encore lire aujourd’hui « la Princesse de Clèves » !

    Cette baisse du niveau de lecture a-t-elle particulièrement affecté Genève ? Si oui, ne faudrait-il pas questionner (enfin !) les dernières réformes scolaires (introduction de directeurs et directrices d’établissement scolaire et de l’école le mercredi matin) qui ont gravement péjoré l’école genevoise (et amené une augmentation exponentielle de fonctionnaires au DIP, qui au lieu de soulager les enseignants, a transformé le DIP en usine à gaz). Quant aux élèves primaires genevois, rappelons qu'avec l'introduction du mercredi matin scolaire, ils ont un horaire plus chargé que celui des collégiens, et qu’ils sont peut-être saturés d’école. A cet égard, les analyses menées par le test PISA ne montrent aucune corrélation entre le nombre d’heures passées à l’école et les résultats au test. PISA témoignerait plutôt que les dotations horaires les plus chargées, donneraient de moins bons résultats.

    Pour conclure, les résultats des tests PISA soulèvent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Néanmoins, ils donnent des pistes de réflexion à poursuivre…

     

  • 11 novembre « fête de la consommation » !

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    En entendant, aujourd’hui, sur la radio RTS, évoquer la date du 11 novembre comme étant une date particulière, je m’attendais que le propos nous conduise vers l’armistice de la Première Guerre mondiale. C’est en effet le 11 novembre 1918, dans un wagon-restaurant provenant du train d’état-major du maréchal Foch, stationné dans une clairière de la forêt de Compiègne, que fut signé l’armistice qui mit fin aux combats de cette terrible guerre qui a fait près de 20 millions de morts, d’invalides ou de mutilés.

    A cet égard, je ne peux m’empêcher d’aller lire les noms sur les monuments aux morts en France, jusque dans les plus petits villages. Les longues listes de disparus, avec parfois un nom de famille, cité avec une occurrence qui défie toute imagination, nous permettent de prendre la mesure de ce que fut cette guerre, qualifiée de « guerre totale » !

    Ces listes de morts, gravées dans le marbre de ces monuments au cœur des villes et villages de France me mettent toujours dans un état de sidération. Que de souffrances et de deuils ! Que de familles meurtries ! Que d’orphelins et de veuves sur tous les continents !

    Dans toutes les capitales européennes (et villes et villages), la population, en apprenant qu’un armistice était signé entre les alliés et les Allemands, exprime son soulagement. A Paris, plus d’un million de personnes descendent dans la rue pour célébrer cet armistice. Même en Allemagne, pourtant vaincue, et qui va signer une abdication aux conditions humiliantes pour elle, la population berlinoise manifeste sa joie dans les rues pour cet armistice qui signifie la fin des souffrances. Dans la Presse du monde entier, l’événement occupe la « Une » des journaux comme dans le New-York Times du 11 novembre 1918.

    Cette Grande Guerre a ravagé la population mondiale (population qui verra encore sa mortalité drastiquement augmenter au sortir de ce conflit, puisque les assauts de la grippe espagnole, répandue en pandémie dès 1918, feront presque autant de victimes que la Première guerre !). Rappelons que la Première Guerre est un tsunami géopolitique mondial où vont se mettre en place de nouveaux états et centres d’influences politiques. En effet, c’est bien la Première Guerre mondiale qui va entrainer la chute des empires allemand, russe, austro-hongrois et ottoman, un remaniement de frontières, de souverainetés et la formation de nouveaux états en Europe et au Moyen Orient. Et, sans le savoir encore, des conditions de paix (fixées définitivement dans le traité de Versailles du 28 juin 1919) qui mettent en germe des insatisfactions et ressentiments qui, d’après de nombreux historiens, joueront un rôle non négligeable dans l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale !

    Ce succinct récit nous rappelle que le 11 novembre est une date capitale dans l’histoire mondiale. En France, les commémorations ont lieu à Paris où Macron inaugure un monument dédié aux soldats morts hors de France.

    Mais, en Suisse, pas un mot sur cette date historique sur les ondes radiophoniques ! Les seules informations que j’ai entendues sont que le 11 novembre est la « fête des célibataires », qui est célébrée en faisant de cette journée, la « journée internationale de la consommation ». Cette fête prendrait son origine en Chine, car (si j’ai bien compris) le 11.11 (11ème jour du 11ème mois), les 1 symboliseraient l’individu seul, pas encore marié ! En tout cas, du point de vue markéting, ça marche !

    Cette fête de la consommation voit une ruée des ventes en ligne. Le 11 novembre, sur le site Alibaba (la plus grande plateforme de commerce en ligne du monde), plus de 300'000 commandes sont enregistrées à la seconde !

    Se retrancher dans son “cocooning”, bouffer des chips (ou se faire livrer avec « Uber Eats » ses plats préférés) tout en commandant en ligne le plus de produits possible, est une passion contemporaine. Cette activité nous permet de rester au chaud et d’oublier toutes les tragédies humaines dont celle des tranchées où tant de poilus vivaient l’horreur dans l’attente de la mort.

    Décidément, nous vivons une période formidable, dans un monde merveilleux ! Consommons, consommons, consommons…

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  • Ouverture à l’Autre et reniement de soi !!!

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    Les membres du Conseil municipal en Ville de Genève ont reçu une invitation au cimetière des Rois pour participer, aujourd’hui (ce samedi 2 novembre), à « la présentation de la tradition de la "Fiesta de Dia de Muertos" » ainsi qu’à la réception qui suivra.

    Cet événement suscite de nombreuses réactions dont l’excellente Lettre du jour du Courrier des lecteurs (in TdG du 28 octobre 2019) « Fête mexicaine conviée aux Rois », rédigée par Isabelle Brunier. Cette historienne dénonce l’effet pervers de ces fêtes imposées par les autorités de la Ville de Genève qui est « d’implanter dans des lieux généralement dédiés au silence, à la contemplation, au recueillement et d’en faire des lieux de fiestas obligatoires ».

    Madame Brunier a raison ! Comment nos autorités ont-elles pu prendre une décision aussi ahurissante d’organiser cette fête à l’issue de laquelle un buffet de petits canapés, biscuits et boisson sera offert aux participants ?

    Rappelons, en effet, que le 2 novembre, pour l’Eglise catholique, est la date de la commémoration des fidèles défunts. Ce jour est traditionnellement consacré à une visite familiale au cimetière, à l’entretien et au fleurissement des tombes où les chrétiens viennent pour prier et, dans nos contrées, se recueillir. Or, le cimetière des Rois a beau être implanté dans la Mecque du Protestantisme (où se trouve d’ailleurs la tombe de Calvin), de nombreux défunts enterrés dans ce cimetière sont des catholiques dont les familles viendront peut-être se recueillir durant la fête des morts.

    Que cette commémoration, ce jour de prière et d’espérance puissent prendre des formes différentes suivant les pays, cela est admirable et montre combien l’Eglise catholique a su s’adapter au milieu culturel où elle a prospéré. En effet, les origines de la fête des Morts au Mexique ("Fiesta de Dia de Muertos") où les familles viennent danser, manger, festoyer sur les tombes des défunts, pour réunir morts et vivants, remontent à la civilisation des Aztèques. Nul doute que cette fête, classée par l’UNESCO dans la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, peut avoir le pouvoir de questionner le rapport que nous entretenons, nous-mêmes, avec la mort, et qu’un dialogue entre cultures est un enrichissement précieux. Que nos autorités veuillent sensibiliser la population genevoise au rite des Mexicains pour célébrer leurs morts est une idée noble. L’ouverture à l’Autre, n’est-elle pas assurément un ferment pour la paix sociale ?

    En revanche, implanter cette fête dans un cimetière genevois, et le cimetière le plus emblématique de Genève, le cimetière des Rois, est un manque de discernement affligeant, un manque de respect pour la population genevoise et une faute inexcusable.

    La présentation de cette tradition mexicaine aurait pu être faite dans un autre lieu “laïc”, dans la salle communale de Plainpalais ou en plein air dans un de nos nombreux parcs en Ville de Genève.

    A cet égard, ce n’est pas la première fois que nos autorités, au nom du multiculturalisme, du “vivre ensemble” font ce genre de bévue ! Rappelons-nous, par exemple, que la viande de porc avait été supprimée dans certains restaurants scolaires en Ville de Genève, au nom du respect des élèves musulmans ! Cette interdiction, suite à l’intervention et à l’indignation de conseillers municipaux a été levée, il est vrai, par la conseillère administrative en charge du parascolaire.

    Genève a une longue tradition d’accueil d’étrangers et de cultures qui parviennent à vivre en harmonie. Si nous voulons que notre Ville puisse poursuivre sa mission, évitons de renier nos traditions et nos racines culturelles. Ce n’est pas en se reniant que l’on accepte l’Autre. Le commandement dans l’Evangile : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » reste d’une actualité indépassable et universelle.

    Que nos autorités s’en souviennent !

     

    Nota bene : puis-je suggérer à ceux qui, ce soir, éprouveront une envie irrépressible de danser sur une tombe, de choisir la tombe de Calvin, manière de faire un petit pied de nez à celui qui, dans ses Ordonnances, avait interdit la danse à Genève ?

    Enfin, pour ceux qui voudront rendre un bel hommage à deux belles figures de Genève, je leur suggère d’aller fleurir la tombe de notre poétesse Simone Rapin et celle de notre philosophe Jeanne Hersch. Deux femmes admirables qui ont su honorer Genève !

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  • Parité au sein des parlements, à quel prix !

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    Le projet de loi d’un député socialiste neuchâtelois pour imposer une parité parfaite entre hommes et femmes au sein du Grand Conseil a été balayé (en mai 2019) par le parlement neuchâtelois.

    Cette tentative avortée n’a cependant pas découragé des élus genevois d’Ensemble à Gauche (EàG), qui ont déposé, le 27 septembre 2019, devant le Grand Conseil genevois, le même projet de loi (Cf. l’article d’Eric Budry « Tentons la parité durant quinze ans au parlement », in, TdG du 01.10.19).

    Pour obtenir une parité absolue, chaque parti inscrirait ses candidats sur deux listes électorales distinctes, en séparant les hommes des femmes. Deux scrutins séparés seraient ensuite organisés, en même temps, obligeant les électeurs à choisir leurs candidats sur deux listes, pour avoir ainsi 50 hommes et 50 femmes au parlement.

     

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  • « Genève, zéro pub », encore une initiative toxique de la gauche !

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    Censurer la publicité commerciale dans les rues, la nouvelle velléité de la gauche genevoise ! Et, pour parvenir à ses fins, celle-ci a déposé l’initiative « Genève zéro pub » ! La population devra se prononcer sur cette initiative, puisque l’invalidation partielle de cette dernière par le Conseil d’Etat a été annulée par la justice genevoise.

    Au sujet de cette initiative, il faut savoir que, outre son caractère soviétique, la suppression de la publicité en Ville de Genève aurait des répercussions gravissimes non seulement d’un point de vue économique, mais également d’un point de vue humain et social.

    En effet, rien que pour la commune de Genève, les pertes financières directes seraient de l’ordre de 4,5 millions par an ! Cette évaluation est chiffrée par le conseil administratif de la Ville de Genève (qui s’oppose à cette initiative) à l’aide de divers paramètres : la redevance annuelle versée par l’entreprise qui possède la concession d’affichage (3,4 millions) ; le crédit d’affichage octroyé à la Ville (400'000.-) ; les prestations réalisées gratuitement pour les affiches culturelles, associatives et politiques ainsi que l’entretien des supports d’affichage, assuré par la société publicitaire (environ 700'000.-).

    A noter que - pour le conseiller municipal socialiste, Emmanuel Deonna - 4,5 millions pour Genève, « ce n’est rien » (in Le Courrier du 19.06.2019) si on met en balance « les dégâts sociaux, environnementaux, financiers, sur le paysage » de la pub ! On reste abasourdi par de tels propos même si les socialistes nous ont depuis longtemps habitués à leur vision ubuesque, hors de toute préoccupation économique factuelle ! A dire vrai, la vision de Monsieur Deonna est un peu courte ! Car, à ces 4,5 millions, il faut ajouter les dégâts collatéraux qui auraient, à leur tour, de graves incidences sur l’économie genevoise. Selon une étude du Prof. Giuseppe Pini (Laboratoire de l’Economie Appliquée de l’Université de Genève), l’activité publicitaire génère un chiffre d’affaire direct et indirect de 155 millions pour le seul secteur d’affichage aux collectivités romandes. 

    Par ailleurs, il faut savoir qu’être privé de l’affichage publicitaire, c’est - pour les commerçants, les artisans et les PME - perdre la possibilité de promouvoir leur activité et de cibler une clientèle de proximité ! Ceux qui veulent purifier l’espace public pourront toujours leur suggérer de se rabattre sur d’autres supports publicitaires (les GAFAM[i], les journaux…). Seulement voilà, ces supports sont plus onéreux (frais supplémentaires qui pourraient être reportés sur les consommateurs !) et leurs revenus ne profitent pas à l’économie locale ! Les GAFAM sont créateurs d’emplois et de recettes… en Californie !

    Mais, pourquoi se préoccuper de l’économie genevoise lorsqu’on a, comme la gauche, de si “nobles” ambitions, et qu’on veut, en interdisant la publicité dans l’espace public «privilégier la qualité du paysage urbain ; libérer l’espace public ; supprimer une pollution visuelle et mettre à disposition des habitant-e-s des panneaux vierges destinés à l’expression libre, citoyenne et artistique » (alinéa 4 de l’initiative « Genève, zéro pub ») !

    Pourquoi s’inquiéter des faillites d’entreprises genevoises y compris de sociétés d’affichage (si cette initiative devait passer), qui entraîneront des pertes d’emplois, des diminutions de rentrées fiscales, des délocalisations d’entreprises et, au final, une fragilisation de l’économie genevoise ?

    Enfin, avec l’interdiction de la publicité sur l’espace public, les milieux culturels et sportifs pourraient trembler, car ils subiraient une diminution drastique de subventions privées ! En effet, comme les acteurs commerciaux, qui soutiennent financièrement les milieux artistiques et sportifs, ne seraient plus autorisés à apparaître sur l’affichage de ces événements, l’initiative « Genève Zéro pub » mettrait en péril la pérennité du sponsoring, source vitale pourtant pour la culture et le sport !

    Ironiquement ou paradoxalement, ceux-là mêmes qui conspuent la consommation, dont la publicité serait l’ignoble agent qui stimule nos désirs de (sur)consommation, défendent les mêmes valeurs d’immédiateté et de liberté sur lesquelles “surfe” la publicité qui sait que la meilleure manière de rendre captif un consommateur, c’est de lui faire croire qu’il est libre !

    Assurément, les adeptes de « Genève Zéro Pub », sont non seulement indifférents envers des professionnels qui ont appris un métier lié à la publicité (graphiste, publiciste, rédacteur artistique et de création, imprimeur, agent de communication, colleur d’affiche…), mais encore les accusent de produire « une pollution visuelle ». Un traitement d’autant plus inique que la population, invitée à s’exprimer sur les panneaux vierges, n’est, elle, nullement accusée de polluer l’espace public ! Au contraire, cette expression, qui répondrait «  à un besoin d’expression citoyenne et artistique, stimulant des interactions sociales spontanées et contribuant au renforcement de la cohésion sociale », est encensée pour son action libératrice de l’espace public !!!

    Oser prétendre que les publicistes polluent l’espace public est une insulte qui montre que cette gauche insouciante, gâtée et enfermée dans ses convictions idéologiques, n’a que mépris pour les travailleurs qu’elle a depuis longtemps cessé de défendre.

    On comprend que Boris Calame, graphiste, ancien député Vert, ait dû avaler ses crayons d’indignation avec cette initiative (pourtant lancée par son bord politique), et qu’il a déposé un recours envers cette initiative qui bafoue « la liberté économique de promouvoir ses services et ses produits locaux notamment [et qui] sous couvert de s’attaquer aux grandes multinationales, désavantagera les petits commerçants » (in TdG du 25.06.19).

    Si cette initiative passait, nul doute que « ces panneaux vierges destinés à l’expression libre, citoyenne et artistique » seront rapidement couverts de graffitis immondes, de slogans injurieux, orduriers et sexistes… Divers groupes s’affronteront pour s’approprier ces espaces d’expression. Les militants du mouvement LGBTQR+ les couvriront de “clitos”, les antifascistes y apposeront leurs slogans et caricatures, les antispécistes, à l’aide d’images chocs et glauques, voudront nous faire vomir la viande… Faudra-t-il alors, en cas de heurts de groupes rivaux, placer ces lieux d’affichage sauvage sous le contrôle de la police ?

    Néanmoins, quoi qu’il arrive, il sera interdit de parler de pollution visuelle de l’espace public, puisque ce sera de l’expression citoyenne spontanée !

    Décidément, cette initiative malsaine est à mettre à la poubelle ! D’ailleurs, Communication suisse n’a pas manqué de signaler les effets néfastes de cette initiative.

    On peut aussi craindre, si « Genève, zéro pub » est acceptée, que la gauche genevoise, toujours en quête de subventions nouvelles, dépose une résolution pour demander au conseil administratif de la Ville de Genève, une ligne budgétaire supplémentaire afin d’offrir aux plus démunis une allocation artistique sous forme d’une “mallette” contenant des crayons, des pinceaux, des tubes de peinture et des tabliers… pour que « l’expression libre, citoyenne et artistique » (mais, à la charge des contribuables !) puisse être à la portée de « toutes et tous » comme disent les camarades de l’Alternative !

     

    [i] GAFAM est l’acronyme des géants du WEB – Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft – qui sont les cinq grandes firmes américaines qui dominent le marché du numérique. Très influentes sur l’Internet américain et européen, ces multinationales sont l’objet de critiques ou de poursuites sur le plan fiscal, sur des abus de position dominante et sur le non-respect de la vie privée des internautes. Elles ont les moyens d’échapper quasiment totalement à l’impôt sur les bénéfices…