Code de suivi Google

15/09/2018

Je ne sais plus où donner de la plume

Laisser trop longtemps sa plume dans son étui n’est pas salutaire. Elle tressaille, tressaute et s’irrite d’avoir été mise au rancart.

Encore engourdie, elle s’offusque d’avoir été délaissée et veut reprendre du service, car elle prétend avoir des “choses” à dire ou plutôt à écrire…

Je voudrais la retenir, mais impossible, car je lui ai cloué le bec depuis trop longtemps et elle me fait sa crise.

Bon, sentant qu’elle me glisse entre les doigts, je la laisse s’ébrouer, sachant d’avance qu’elle va exagérer et saisir, en affamée, une grappe pléthorique de sujets.

Mais, quitte à perdre des plumes, il me faut bien autoriser ma plume à se dissiper, à s’égarer, à tracer peut-être même des “bibelots d’inanité sonore” pour pouvoir, peut-être, retrouver une voix. Reste que je ne sais plus vraiment où donner de la plume. Tant de sujets ! Alors, pas tout à fait par hasard, je choisis trois sujets qui ont défrayé ces temps les médias.

 

  1. Tout d’abord, cette proposition de deux professeurs belges (une vraie blague belge, puisque ce ne peut être un poisson d’avril !) de supprimer l’accord du participe passé au féminin. Ces professeurs n’auraient-ils pas passé de trop longues vacances d’été et éprouvé le besoin, à la rentrée scolaire, de créer un buzz pour exister à nouveau ? En tout cas, certains ont mordu à l’hameçon et se sont mis à gémir sur les difficultés de la langue française en plaidant qu’il faut la changer. On subit déjà, depuis quelques années, les oukases de ceux qui, confondant le genre des mots et le sexe, veulent imposer un langage dit “épicène” si lourdingue qu’on ne parvient plus à débattre de quoi que ce soit sans avoir un redresseur du langage qui censure nos propos au nom de la défense de la cause des femmes. Et, étrangement, ce sont ces mêmes “épicéniens” et ”épicéniennes” qui, offusqués par la complexité de la langue française (qui nuirait à la communication et au “vivre ensemble”) seraient prêts à faire passer à la trappe l’accord féminin du participe passé avec l’auxiliaire avoir ! Heureusement, comme je l’ai déjà écrit dans un billet, « la langue a une vie propre à laquelle on ne peut rien. »

 

  1. L’autre sujet qui m’a fait bondir, c’est cette idée folle qui a saisi le parlement de Neuchâtel, qui a décidé de débaptiser le nom d’une place (l’Espace Agassiz) pour le remplacer par le nom de la première Neuchâteloise élue au Conseil national. Sur ce sujet, lire l’excellent article de Julien Sansonnens (in, Le Temps). 

    Pourquoi, ce changement de toponymie ? Parce que le parlement neuchâtelois a trouvé que M. Agassiz, grand savant du XIXe siècle d’une réputation mondiale, avait émis des propos racistes. Faut-il rappeler que la XIXe siècle (siècle de la science !) s’est passionné pour la phrénologie qui prétendait, avec l’étude de la forme du crâne, pouvoir déceler le caractère d’un être humain (son intelligence, ses dons, etc.) et hiérarchiser les races humaines. Avec nos critères actuels, tout le XIXe siècle serait donc raciste ! Il est donc absurde de s’emparer du passé pour faire triompher ses propres idéologies. L’histoire ne doit pas servir à censurer nos prédécesseurs, mais nous permettre de mieux comprendre notre époque. Se porter en justicier du passé est une lâcheté pour n’avoir pas à penser les problèmes actuels. Cette négation de l’histoire aura des effets boomerangs ravageurs avec des chasses aux “impurs” sans fin. Débaptisera-t-on un jour le collège André-Chavanne sous prétexte que ce conseiller d’Etat était un “trop” bon vivant qui aimait beaucoup boire et… 

  1. Le troisième sujet que je voulais aborder, c’est l’affaire Maudet. Cependant, les salves tirées avec une délectation par des prédateurs et des chacals qui jouissent de voir ce brillant politicien pris les doigts dans le pot de confiture, m’indignent. La faute commise mérite-t-elle que ce conseiller d’Etat y laisse tant de plumes ? Ce sera à la justice de faire son travail en toute indépendance.

 

 

01:18 Publié dans Actualités, Air du temps, Genève, Humeur, Langue et usages, politique | Lien permanent | Commentaires (37) | |  Facebook | | |

11/06/2018

Quand le sexe enterre la politique

Le Conseil municipal en Ville de Genève élit chaque année son bureau dont trois membres qui assument respectivement : la présidence, la première et la deuxième vice-présidence. À la session du 5 et 6 juin dernier, ce délibératif a accepté majoritairement le projet de délibération « Égalité au Conseil municipal, pour une présidence obligatoirement mixte » (PRD-160). Ce PRD de l’Alternative (plus une signature PDC !) a été soutenu et défendu par la conseillère municipale, Albane Schlechten.

Avec une mixité obligatoire de la présidence, ce PRD instaure, au sein d’un parlement, une ségrégation fondée sur le genre. Avec une rhétorique remplie de bons sentiments, on a argué qu’imposer la mixité permettrait « d’amorcer des changements sociétaux concrets », et de jouer sur les représentations en donnant aux jeunes femmes des figures d’identification positives. L’adjectif le plus employé dans cette “plaidoirie” a été : « progressiste » ! Il faut être progressiste ! Évidemment, une fois que l’on revendique être dans du progressif, il n’y a plus rien à prouver ni même à répliquer. Émettre quoique ce soit comme réserve ou critique revient à être, irrévocablement, claquemuré dans le camp des conservateurs et des demeurés qui se complaisent dans leur immobilisme. On peut toutefois rester sceptique, face à ce progressisme…

Chaque époque a ses miroirs aux alouettes. Les femmes, dans les années 70, croyaient se libérer en ôtant leurs soutiens-gorge. Aujourd’hui, la gauche imagine qu’en massacrant la langue (avec son langage épicène !) ou en imposant des quotas, on améliore la condition féminine. Par ailleurs, en portant l’étendard du progressisme, cette gauche croit naïvement que le monde est un fleuve tranquille, et que, inexorablement, la société se bonifie. Or, l’histoire nous offre bien des récits remplis de soubresauts, de crises, de régressions et même d’anéantissements de civilisations. Imaginer que la répression, l’interdiction et la prescription puisse marginaliser davantage les femmes ne semble pas effleurer les esprits de ces militants qui ne peuvent pas s’offrir le luxe du doute.

Pour revenir à ce PRD, un conseiller municipal s’est interrogé sur les individus qui ne veulent être identifiés ni au genre masculin ni au genre féminin. Que faire dans ce cas-là ? Pour les adeptes de cette mixité imposée, pas de problème ! Car, si des règles et l’imposition de la mixité « agissent comme un accélérateur des changements sociétaux », il faut avancer « par petits pas » (sic !), et « que, pour l’instant, c’est une mixité binaire qui est réclamée par ce projet de délibération, ce qui n’exclut pas qu’à l’avenir, une mixité avec un sens plus large soit défendue au sein du Conseil municipal » (p. 4, in, Rapport PRD-160).

À dire vrai, ce PRD, outre son aspect sexiste, porte atteinte aux droits politiques et à la liberté de vote. En effet, séparer des candidats en prenant le critère de sexe viole la Constitution de la République et canton de Genève (Art.1 et 15 alinéas 1 et 2). D’ailleurs, aucun organe législatif en Suisse n’a dans son règlement une quelconque disposition pour imposer une mixité des genres. À cet égard, au National, des commissions du Conseil des États et du Conseil national ont refusé récemment un texte visant à instaurer des quotas de genre.

Ce nouveau règlement, ne met-il donc pas en danger notre démocratie ? En effet, où va s’arrêter cette velléité de sélectionner des candidats à une charge politique avec des critères qui n’ont plus rien à voir avec la politique ? Va-t-on légiférer sur la représentativité des candidats en introduisant des critères comme : l’âge ; le domicile sur la Rive Gauche ou Rive Droite, les indépendants et salariés, l’orientation sexuelle ou encore les porteurs de lunettes et ceux qui n’en ont pas (après tout, on ne voit peut-être pas le monde de la même manière derrière des verres !).

Par ailleurs, ce projet, qui prétend quitter les stéréotypes, proposer une solution pragmatique, et qui nous invite à être “audacieu-se-x-s” (style épicène !), est mauvais, car il s’inspire de postulats pervers :

- il postule que les femmes sont un tout homogène, déterminé biologiquement par leur Nature. Ce serait ainsi moins leur engagement politique au sein d’un parti qui orienterait leurs actions qu’une certaine manière de faire de la politique propre à leur sexe ;

- il enterre la raison politique. Mme Schlechten croit-elle vraiment pouvoir mieux s’identifier à une conseillère municipale femme PLR qu’avec son camarade socialiste, Ulrich Jotterand, assis à côté d’elle ;

- il accrédite l’idée que la femme serait le “sexe faible”, qui doit être aidé par des lois et des règlements pour accéder à des fonctions supérieures ou de représentation.

En outre, ce projet pose un problème. Le champ d’application de ce règlement ne porte pas sur le mode de désignation au sein des partis. Dans quelle mesure cette règle de ségrégation peut-elle être imposée à d’autres partis ? Un parti peut avoir ses propres règles à l’interne. Le parti socialiste défend, par exemple, la parité (pas toujours respectée !) entre hommes et femmes pour ses candidats à des élections. Le parti libéral-radical n’autorise pas le double mandat. Le parti Laliste-Femmes 2018 au Grand Conseil n’acceptait que des femmes (on n’ose imaginer le tollé si une liste n’avait inscrit que des hommes !).

Ironiquement, il faut enfin relever que ce PRD n’a aucune pertinence vu que la présidence a presque toujours été mixte, à quelques exceptions près. Parfois composée uniquement de conseillers municipaux, elle a aussi été entièrement féminine. Quant à cette année, le bureau et la présidence sont composés de 6 femmes pour un homme. C’est dire !

Assurément, pour cette gauche moralisatrice, toujours prête à donner des leçons, et qui affectionne de réguler toujours plus nos vies, il faut dire et marteler que cette surenchère de lois et de règles nous pourrit la vie !

Cela étant, il faut espérer que la surveillance des communes abroge ce projet de délibération (PRD-160) contraire au droit supérieur.

 

 

 

 

 

 

20:48 Publié dans Actualités, Air du temps, Genève, Langue et usages, politique | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

01/04/2018

Ça fait du bien d’admirer !

C’est en ces termes que le philosophe André Comte-Sponville, sur un plateau d’une émission de la chaîne ARTE, commentait l’hommage national français, rendu cette semaine au Colonel Arnaud Beltrame.

Les centaines de personnes qui ont assisté à cette cérémonie (et ceux qui l’ont vue sur leur poste de télévision) donnent raison au philosophe : « ça fait du bien d’admirer ! »

Ce ne sont pas les meurtres jihadistes, commis par un petit délinquant radicalisé, qui resteront dans l’Histoire, mais l’acte héroïque du Colonel Beltrame, qui redonne à la France une grandeur. En effet, il faut des héros pour qu’un pays soit grand !

Et, cela, on semble l’avoir oublié. Notre époque a tellement versé dans un relativisme total qui affirme que toutes les opinions se valent, qu’elle a généré le refus de toute hiérarchisation.

Dans cette idéologie désenchantée, tout se vaut ! Il n’y a ni vérité, ni héros, ni faute. Tout est permis, puisque rien n’est interdit ! Les personnes deviennent interchangeables et sont toutes méprisables. C’est pourquoi l’on entend souvent, surtout en parlant de politiciens, ce lieu commun : « tous des pourris » !

Ce scepticisme généralisé s’est développé insidieusement depuis des dizaines d’années. Dans l’éducation, par exemple, il paraissait coupable d’enchanter les jeunes têtes.

Les récits héroïques et les légendes ont été écartés des bibliothèques scolaires et sans doute aussi des bibliothèques familiales, accusés d’être des récits trop irréels, trop idéalistes, trop exaltés, trop littéraires...

Préférant donner aux enfants des textes inspirés de leur quotidien (pour leur permettre de surmonter leurs difficultés), on a écarté les ouvrages qui exaltent de nobles sentiments pour abreuver les enfants de livres “réalistes” du genre : « Max et Lili » (Max et Lili décident de mieux manger, Lili ne veut pas se coucher, La maison de Max et Lili a été cambriolée, Max ne veut pas se laver, etc.). Ces livres donnent peut-être aux enfants des “tuyaux” pour résoudre leurs problèmes, mais ils n’ont pas la valeur catharsis des récits épiques, des contes, des légendes, des grands « Textes fondateurs » et de la poésie où l’enfant, transporté dans un monde imaginaire et lyrique, peut sublimer le réel, prendre un peu de hauteur et trouver confiance en lui-même en s’identifiant à un personnage héroïque.

Le geste du Colonel Beltrame nous rappelle combien l’admiration est un sentiment noble, et qu’il s’agit de le cultiver auprès de la jeunesse. A cet égard, je me souviens d’une anecdote vécue il y a bien des années. Alors que je confiais à une collègue l’admiration que j’avais pour mon directeur de thèse, le professeur Daniel Hameline (pour ceux qui ne connaîtraient pas ce philosophe, je dirais qu’il alliait une rigueur intellectuelle et un talent d’orateur qui lui permettaient de provoquer la pensée et de sortir, même les plus endormis, de leur sommeil dogmatique !), cette collègue me répondit sur un ton méprisant et avec fierté : « moi, je n’admire personne !» Son ton cassant ne laissait planer aucun doute. Pour elle, en admirant quelqu’un, j’étais aliénée, alors qu’elle, revendiquant de n’admirer personne (ni même une œuvre) se croyait émancipée et libre !

Avoir fait tomber les héros de leurs stèles et dans le même temps n’avoir présenté aux jeunes qu’un avenir bouché en leur peignant un monde apocalyptique (pollution, déchets, morts des océans, disparition des glaciers, couche d’ozone, etc.) ont développé une quantité de haine et une fragilité qui favorisent l’embrigadement de paumés dans le radicalisme jihadiste.

Il est temps de rappeler combien nous avons besoin de vrais héros (comme le Colonel Beltrame, qui a été prêt à penser que sa personne vaut moins que les Autres !) et combien « ça fait du bien d’admirer ! »

En ce jour où les chrétiens célèbrent les fêtes de Pâques et commémorent la résurrection du Christ et où les Juifs célèbrent l’exode hors d’Egypte avec la Pâque juive (Pessa’h), c’est avec ce messages d’espoir, de renouveau et de liberté que je conclurai ce billet.

Joyeuses Pâques et bonne fête de Pessa’h !

 

 

23:28 Publié dans Actualités, communication et langage, Langue et usages | Lien permanent | Commentaires (30) | |  Facebook | | |

12/01/2018

Liberté d’importuner ou liberté de draguer ?

Les propos de Christine Bard, recueillis par Faustine Vincent, (in Le Monde) et publiés aujourd’hui dans Le Temps sous le titre : « Une rhétorique antiféministe », sont édifiants, tant ils manquent d’une retenue qu’on pourrait attendre de la part d’une historienne.

Dans cet article, Christine Bard, « historienne et spécialiste du féminisme », dénonce avec animosité la tribune d’un collectif de 100 femmes dont fait partie Catherine Deneuve, qui défend, en réaction au mouvement planétaire «#balancetonporc »,  la « liberté d’importuner ».

Et bien, toute spécialiste du féminisme que soit Mme Bard, je qualifie sa rhétorique, à elle, de « rhétorique militante d’intimidation ».

En effet, cette intellectuelle a l’outrecuidance de décrire son féminisme de « processus révolutionnaire en marche, fragile, mais qui change et changera nos sociétés de fond en comble ». Avec un ton outrancier, cette ardente militante de la cause du genre brandit l’étendard d’un monde neuf pour dénigrer ceux qui n’approuveraient pas le féminisme, « ce processus révolutionnaire en marche ».

Ainsi, pour elle, les voix résistantes, qui peuvent même venir de femmes (« car il y a toujours eu des femmes antiféministes qui ont craint ces changements et estimé dangereuses les revendications féministes ») ne se rallieraient pas au mouvement « #MeToo » par crainte du changement ! Bref, ces voix contestataires seraient celles des pleutres !

Un tel radicalisme me fait frémir, d’autant plus lorsqu’il est promu par une historienne. La tâche première de l’historien n’est-elle pas de faire entendre des voix oubliées ou minoritaires pour restituer la complexité de toute théorie et opinion ?

Or, plus grave encore, Christine Bard, dans un style de propagande dont l’histoire a connu ses heures obscures, manipule le récit du féminisme. En effet, retraçant trois vagues historiques du féminisme, cette experte se garde bien de citer l’engagement de Catherine Deneuve dans ce qu’elle décrit comme la deuxième vague du féminisme, celle « des années 1968 à la fin du XXe siècle, (qui) a mis la sexualité et le droit de disposer de son corps au cœur de son combat ».

Oser traiter Catherine Deneuve et la tribune de ce collectif d’antiféministes, en occultant que l’actrice a eu le courage d’être l’une des signataires du manifeste des 343, est une imposture intellectuelle. Pour rappel, le « manifeste 343 », publié dans le Nouvel Observateur en 1971, fut signé par 343 Françaises qui déclaraient s’être fait avorter.

Manisfeste des 343 salopes.jpeg

Or, à cette époque, l’avortement en France était illégal et les contrevenantes s’exposaient à des poursuites pénales, qui pouvaient aller jusqu’à l’emprisonnement. Catherine Deneuve fait ainsi partie de ces femmes courageuses, qui furent injuriées, appelées même « les 343 salopes » ! Elle a pris des risques pour dépénaliser l’avortement en France et permettre aux femmes de disposer de leur corps. Par ailleurs, sa vie, si libre, montre que, pour cette femme, le respect mutuel et l’égalité des sexes ne sont pas un verbiage creux.

Le ton de moralisatrice qu’adopte Christine Bard, qui prétend « construire un nouveau monde », est insoutenable. Cette logorrhée qui veut purifier nos existences, outre qu’elle pollue nos existences, est mortifère. L’histoire ne nous donne-t-elle aucune leçon ? N’avons-nous plus aucune mémoire des régimes totalitaires (de gauche ou de droite) : nazisme, stalinisme, maccarthysme, Khmers rouges… qui avaient tous pour ambition de purifier la Société ? Apparemment, cette historienne, trop enfermée dans son militantisme, oublie de faire de l’histoire.

Où nous mènera cette moralisation obsédante ? Faudra-t-il, après avoir ôté la cigarette de Lucky Luke, détruire les peintures dans lesquelles la femme alanguie, évoque des poses séductrices (Rubens et les autres), interdire les films qui donnent une mauvaise image de la femme (Belle de jour, Portier de nuit et bien des Hitchcock …). Bref, pour moi, pas de doute, entre une intellectuelle qui nous expose une pensée bien convenue, marquée par notre époque puritaine et moralisatrice et une Catherine Deneuve qui ose déplaire, je choisis celle qui défend la liberté.

Néanmoins, je n’aime pas l’expression « la liberté d’importuner ». Dans une société civilisée, la courtoisie devrait régler nos conduites et nous retenir d’importuner.

J’aurais préféré que cette tribune des 100 femmes défende, pour tous,  « la liberté de draguer ! »

 

 

 

 

25/12/2017

Harcèlement collectif

A Genève, mais il semble que ce phénomène enfle partout en Europe, on n’ose plus se souhaiter un « Joyeux Noël ». Je ne parle pas des vœux des administrations publiques ni même de ceux des commerçants, mais des échanges entre voisins, amis et connaissances. La formule qui s’est imposée, c’est le « bonne(s) fête(s) », abstraite, floue dont on ne sait si elle est au singulier ou au pluriel. Ce flou permet peut-être d’inclure le Nouvel An, mais annihile à coup sûr Noël.

Cette autocensure est affligeante. Cette peur de ne pas heurter l’Autre (le non chrétien) est gravissime et génératrice de violence. En effet, la laïcité n’est pas la persécution du religieux et encore moins la destruction de nos racines. Or, la Suisse et l’Europe ont des racines chrétiennes. Vouloir les extirper entraînera le retour du refoulé avec la violence de celui qui a été dépossédé de son identité, arraché de sa culture et contraint de se soumettre aux tyrannies des “bien-pensants” qui exercent leurs censures et dogmatisme en nous dictant de nouveaux codes langagiers.

Il n’y a en effet plus un jour sans que l’on nous ôte notre liberté d’expression et nous harcèle avec une novlangue qui censure certains mots et expressions de la langue française. Par exemple, nous ne pourrions plus utiliser la belle et noble expression des “Droits de l’Homme”, mais celle des “droits humains”. Or, cette dernière s’oppose, en fait, aux droits bestiaux et rabaisse l’homme dont le statut devient comparable à celui des bêtes. Même insulte avec le langage épicène et l’écriture inclusive sur lesquels j’ai déjà écrit plusieurs billets !

Ces coercitions et moralisation de notre société polluent nos existences. Avec Noël, on débouche sur des contorsions ahurissantes. Noël reste, publiquement, autorisé, pour autant qu’il ne soit plus nommé. Car, évidemment, on ne veut pas l’interdire puisqu’il permet, pour les marchands, de réaliser de beaux chiffres d’affaires. Il s’agit donc de maintenir cet événement, mais en le dépouillant de ses “oripeaux” religieux pour que ne reste que l’aspect commercial : les cadeaux, la dinde, le Père Noël[1] et surtout le sapin.

Le sapin deviendrait même la quintessence de Noël d’après Alain Bouquet, directeur général de l’enseignement obligatoire dans le canton de Vaud. Ce dernier aurait en effet interdit, dans les écoles vaudoises, toute crèche (« car c’est indéniablement un objet symbolique religieux par la présence de l’enfant Jésus »), mais admis le sapin, car : « C’est un vrai symbole laïque, qui fait figure d’emblème neutre de la nativité » (cité par Patrice Favre, in Echo Magazine du 21 décembre 2017 et sur le Portail catholique suisse).

Mais, que signifie ce geste si ce n’est une volonté d’acculturer nos jeunes, de les couper de leurs racines pour les rendre amnésiques et niais (et plus malléables !). Viendra peut-être un jour, pas si lointain, où un jeune, passant devant le Christ en croix, s’exclamera : « mais, c’est qui ce mec-là ? ». Or, comme le rappelle René Girard, ce ne sont pas les différences qui génèrent la violence, mais, l’annulation des singularités, qui favorise le désir mimétique. Gommer nos différences pour imposer un univers “propre”, hygiéniste, sans aspérité où règne l’indifférenciation générale avec des rituels imposés à tous, dépouillés de tout sens, c’est favoriser le fanatisme.

Faire croître des êtres hors sol culturel en ne leur léguant pas les héritages de leurs ancêtres ou du lieu dans lequel ils vivent, c’est fabriquer un monde infantile à la Walt Disney. Or, rien de plus dangereux que cette violence du calme qui, lorsqu’elle éclate, n’a plus de limite !

A suivre le directeur général de l’enseignement obligatoire dans le canton de Vaud, les écoliers pourront continuer, pour “le vivre ensemble” (selon l’expression chérie de la gauche), à parer le sapin, le couvrir de guirlandes et l’illuminer de bougies, mais sans mentionner que cette illumination symbolise la naissance de l’Enfant-Jésus venu sur terre pour apporter la paix et l’amour. Ils seront autorisés et même encouragés à chanter « Mon beau sapin, roi des forêts », mais interdits de chanter « Il est né le divin enfant… ». Bref, l’appel du directeur général de l’enseignement obligatoire dans le canton de Vaud n’est rien de moins qu’une incitation à devenir idolâtre en vouant un culte au sapin !

Quelle régression pour notre société !

Alors tant pis, je serai insolente, mais permettez-moi de vous souhaiter à tous un :

                                                         « Joyeux Noël » !

e88958678b0b0ec6ba24a8413c5c90e1--the-nativity-christmas-postcards.jpg

 

 

[1] ** Encore que, au nom de l’égalité des sexes, la survivance du Père Noël risque aussi d’être remise en cause. A moins que, par alternance, il puisse y avoir une Mère Noël !

 

 

20/11/2017

Si toutes les “garses” du monde francophone marchaient la main dans la main…

L’Académie française a raison de clamer son hostilité envers la langue dite épicène et l’écriture inclusive. Vouloir plier la langue pour défendre une cause politique (fût-elle la meilleure !) est une imposture. Certes, la langue n’est pas immuable. Elle subit des mutations : des mots deviennent désuets, changent de définitions et peuvent être évincés du dictionnaire pour faire place à d’autres mots qui s’immiscent dans nos habitudes langagières ou sont créés pour désigner de nouvelles réalités (scientifiques, techniques, artistiques…).

Lire la suite

18/10/2017

Professeur de droit pas très catholique

Nouveau rebondissement en Ville de Genève ! Un recours contre l’arrêt de la Chambre constitutionnelle de la Cour de justice est déposé formellement aujourd’hui au Tribunal fédéral par le professeur honoraire à l’Université de Genève, Andreas Auer. Pour rappel, la Cour a annulé le vote populaire du 24 septembre pour cause de graves irrégularités. En effet, « le fascicule d’explications pour le vote n’était pas conforme à la loi et à la garantie constitutionnelle des droits politiques ».

Lire la suite

05/05/2017

Pauvre France…

Vu (pas vraiment entendu !) de Suisse, le débat entre les deux candidats pour la présidence française laisse sans voix !

Au lendemain de ce pitoyable spectacle, les sondages désignent (bien que l’on fasse dire ce que l’on veut aux sondages !) Macron comme vainqueur de ce “débat”.

Lire la suite

02:16 Publié dans Actualités, Air du temps, Langue et usages | Lien permanent | Commentaires (30) | |  Facebook | | |

04/01/2017

Un Berger qui n’aime pas les moutons !

Allez, c’est dit, ou plutôt, écrit ! Avec 2017 qui commence, je reprends mon blog !
Les soubresauts de l’existence nous donnent parfois des hoquets qui nous font lâcher la plume.
Mais, une nouvelle année qui débute, c’est l’occasion de prendre de nouvelles résolutions.

Alors, c’est promis, j’ouvre à nouveau mes parenthèses.

 

Lire la suite

23/06/2016

La femme, la perle, l’homme et la pomme de terre

L’homme est comme une pomme de terre. Si on ne l’épluche pas, il est inconsommable ! Certaines variétés, bien lavées, à la peau claire et fine, peuvent pourtant être mangées sans être épluchées.

Pour varier les plaisirs, alterner les modes de préparation. Car, l’homme est un savon. Si on le laisse inerte, il sèche, dépérit et devient inutile. Une bonne manière d’en profiter est de le cuire puis de l’écraser avec le dos de la fourchette. Ainsi, l’homme se radoucit. Pas de raison de s’en priver, puisqu’on peut en acheter, au marché, un kilo pour moins d’un euro !

Lire la suite

16/06/2016

Deux euros pour soutenir Hani Ramadan !

En lisant le Courrier des lecteurs de la Tribune de Genève du mercredi 15 juin 2016, j’ai été surprise de lire un billet qui défendait âprement l’Imam du Centre islamique des Eaux-Vives : Hani Ramadan.

Le ton de la lettre est surprenant. La plume est élégante, certes, mais affûtée au vitriol. L’auteur, Yvonne Bercher, critique les réactions qui se sont manifestées suite à l’invitation par une enseignante du DIP de M. Ramadan pour parler de l’islamophobie.

Lire la suite

01:06 Publié dans Actualités, communication et langage, Genève, Langue et usages | Lien permanent | Commentaires (98) | |  Facebook | | |

25/04/2016

Réconfort des mots…

A notre époque plombée par des disputes surréalistes (ou obscurantistes) comme sur le droit ou non d’autoriser un élève à ne pas serrer la main d’une femme (fût-elle son enseignante !), quel bonheur de suivre dans « La Grande Librairie » de beaux débats. François Busnel, recevait, il y a une quinzaine de jours pour une émission « Spéciale langue française », des invités truculents. Parmi eux, je citerai l’inénarrable passionné de lettres, Bernard Pivot et Hélène Carrère d’Encausse, historienne, professeur… membre de l’Académie française dont elle est le secrétaire perpétuel depuis 1999, et qui conjugue élégance et intelligence.

Lire la suite

01/01/2014

Noël, Nouvel an et le “politiquement correct”…

En décembre, nous recevons de nombreuses cartes et plus encore si nous occupons une charge publique.

Le plus surprenant dans ces vœux est la forme usitée, qui se limite souvent à « X vous souhaite de belles fêtes (de fin d’année) » avec parfois en sus des vœux pour 2014.

Rares sont les associations ou administrations qui osent encore, au nom des nobles principes de la laïcité et de l’ouverture à l’Autre (non chrétien), souhaiter un « joyeux Noël » !

Lire la suite

20:08 Publié dans Actualités, Langue et usages, politique | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

18/11/2013

« Kiss & Fly »

Tout le monde sait que notre canton connaît des travaux qui perturbent la “mobilité” des Genevois…

Un chantier que je viens de découvrir se trouve à l’aéroport de Cointrin. Il entraîne la fermeture du parking de la zone « Départ ». Ainsi, celui qui conduit quelqu’un à l’aéroport doit emprunter une déviation nommée « Kiss & Fly », qui autorise un bref arrêt, le temps de déposer ses passagers.

Lire la suite

13:43 Publié dans Air du temps, Genève, Langue et usages | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook | | |

05/01/2013

Mon Nouvel An avec Joël Dicker

En pénétrant dans l’Affaire Harry Quebert le 31 décembre, je me suis offert un Nouvel An, absorbée par la recherche du meurtrier d’une jeune fille, Nola, dont le corps est retrouvé, vingt ans après sa disparition.

Entre les petits fours, les coupes de champagne, les embrassades avec les amis pour fêter ce passage de l’an, mon esprit s’envolait vers Goose Cove, une petite bourgade de la Nouvelle-Angleterre où se déroule cette histoire.

Lire la suite

22:12 Publié dans Actualités, Langue et usages | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

10/11/2010

Langue et usages

Monsieur Cyril Mizrahi, chef du groupe socialiste pluraliste, a écrit un commentaire de mon papier : "Les socialistes, les mots et l'armée", commentaire qui a été mis en ligne. Je le remercie d'avoir pris le soin de me lire, de réagir à mon propos, et de me suggérer la lecture de "Femmes, j'écris ton nom", qu'il qualifie de : « ouvrage équilibré ».

 

Lire la suite

22:03 Publié dans Langue et usages | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |