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11/06/2018

Quand le sexe enterre la politique

Le Conseil municipal en Ville de Genève élit chaque année son bureau dont trois membres qui assument respectivement : la présidence, la première et la deuxième vice-présidence. À la session du 5 et 6 juin dernier, ce délibératif a accepté majoritairement le projet de délibération « Égalité au Conseil municipal, pour une présidence obligatoirement mixte » (PRD-160). Ce PRD de l’Alternative (plus une signature PDC !) a été soutenu et défendu par la conseillère municipale, Albane Schlechten.

Avec une mixité obligatoire de la présidence, ce PRD instaure, au sein d’un parlement, une ségrégation fondée sur le genre. Avec une rhétorique remplie de bons sentiments, on a argué qu’imposer la mixité permettrait « d’amorcer des changements sociétaux concrets », et de jouer sur les représentations en donnant aux jeunes femmes des figures d’identification positives. L’adjectif le plus employé dans cette “plaidoirie” a été : « progressiste » ! Il faut être progressiste ! Évidemment, une fois que l’on revendique être dans du progressif, il n’y a plus rien à prouver ni même à répliquer. Émettre quoique ce soit comme réserve ou critique revient à être, irrévocablement, claquemuré dans le camp des conservateurs et des demeurés qui se complaisent dans leur immobilisme. On peut toutefois rester sceptique, face à ce progressisme…

Chaque époque a ses miroirs aux alouettes. Les femmes, dans les années 70, croyaient se libérer en ôtant leurs soutiens-gorge. Aujourd’hui, la gauche imagine qu’en massacrant la langue (avec son langage épicène !) ou en imposant des quotas, on améliore la condition féminine. Par ailleurs, en portant l’étendard du progressisme, cette gauche croit naïvement que le monde est un fleuve tranquille, et que, inexorablement, la société se bonifie. Or, l’histoire nous offre bien des récits remplis de soubresauts, de crises, de régressions et même d’anéantissements de civilisations. Imaginer que la répression, l’interdiction et la prescription puisse marginaliser davantage les femmes ne semble pas effleurer les esprits de ces militants qui ne peuvent pas s’offrir le luxe du doute.

Pour revenir à ce PRD, un conseiller municipal s’est interrogé sur les individus qui ne veulent être identifiés ni au genre masculin ni au genre féminin. Que faire dans ce cas-là ? Pour les adeptes de cette mixité imposée, pas de problème ! Car, si des règles et l’imposition de la mixité « agissent comme un accélérateur des changements sociétaux », il faut avancer « par petits pas » (sic !), et « que, pour l’instant, c’est une mixité binaire qui est réclamée par ce projet de délibération, ce qui n’exclut pas qu’à l’avenir, une mixité avec un sens plus large soit défendue au sein du Conseil municipal » (p. 4, in, Rapport PRD-160).

À dire vrai, ce PRD, outre son aspect sexiste, porte atteinte aux droits politiques et à la liberté de vote. En effet, séparer des candidats en prenant le critère de sexe viole la Constitution de la République et canton de Genève (Art.1 et 15 alinéas 1 et 2). D’ailleurs, aucun organe législatif en Suisse n’a dans son règlement une quelconque disposition pour imposer une mixité des genres. À cet égard, au National, des commissions du Conseil des États et du Conseil national ont refusé récemment un texte visant à instaurer des quotas de genre.

Ce nouveau règlement, ne met-il donc pas en danger notre démocratie ? En effet, où va s’arrêter cette velléité de sélectionner des candidats à une charge politique avec des critères qui n’ont plus rien à voir avec la politique ? Va-t-on légiférer sur la représentativité des candidats en introduisant des critères comme : l’âge ; le domicile sur la Rive Gauche ou Rive Droite, les indépendants et salariés, l’orientation sexuelle ou encore les porteurs de lunettes et ceux qui n’en ont pas (après tout, on ne voit peut-être pas le monde de la même manière derrière des verres !).

Par ailleurs, ce projet, qui prétend quitter les stéréotypes, proposer une solution pragmatique, et qui nous invite à être “audacieu-se-x-s” (style épicène !), est mauvais, car il s’inspire de postulats pervers :

- il postule que les femmes sont un tout homogène, déterminé biologiquement par leur Nature. Ce serait ainsi moins leur engagement politique au sein d’un parti qui orienterait leurs actions qu’une certaine manière de faire de la politique propre à leur sexe ;

- il enterre la raison politique. Mme Schlechten croit-elle vraiment pouvoir mieux s’identifier à une conseillère municipale femme PLR qu’avec son camarade socialiste, Ulrich Jotterand, assis à côté d’elle ;

- il accrédite l’idée que la femme serait le “sexe faible”, qui doit être aidé par des lois et des règlements pour accéder à des fonctions supérieures ou de représentation.

En outre, ce projet pose un problème. Le champ d’application de ce règlement ne porte pas sur le mode de désignation au sein des partis. Dans quelle mesure cette règle de ségrégation peut-elle être imposée à d’autres partis ? Un parti peut avoir ses propres règles à l’interne. Le parti socialiste défend, par exemple, la parité (pas toujours respectée !) entre hommes et femmes pour ses candidats à des élections. Le parti libéral-radical n’autorise pas le double mandat. Le parti Laliste-Femmes 2018 au Grand Conseil n’acceptait que des femmes (on n’ose imaginer le tollé si une liste n’avait inscrit que des hommes !).

Ironiquement, il faut enfin relever que ce PRD n’a aucune pertinence vu que la présidence a presque toujours été mixte, à quelques exceptions près. Parfois composée uniquement de conseillers municipaux, elle a aussi été entièrement féminine. Quant à cette année, le bureau et la présidence sont composés de 6 femmes pour un homme. C’est dire !

Assurément, pour cette gauche moralisatrice, toujours prête à donner des leçons, et qui affectionne de réguler toujours plus nos vies, il faut dire et marteler que cette surenchère de lois et de règles nous pourrit la vie !

Cela étant, il faut espérer que la surveillance des communes abroge ce projet de délibération (PRD-160) contraire au droit supérieur.

 

 

 

 

 

 

20:48 Publié dans Actualités, Air du temps, Genève, Langue et usages, politique | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonjour Michèle,

Bien d’accord avec votre analyse, sur tous les points.
Le sexisme se réinstalle sous le déguisement de l’anti-sexisme, et au final les femmes sont montrées en creux comme le maillon faible, comme le suggère une politique des privilèges – en plus d’une politique de limitation des personnalités sous prétexte de genre, puisqu’affublées obligatoirement d'un double du genre opposé.

Les milieux dont émanent ces revendications ne veulent pas le voir parce que la pertinence de cette analyse éteint nombre des revendications et change le ton du débat.

Écrit par : hommelibre | 12/06/2018

Michèle, je vous sent bien plus à l'aise sur ce sujet ou dans ce sujet que dans les énigmes économiques que mêmes les mâles les mieux membrés de notre gouvernement tentent d'expliquer !

Sans lire votre note et en voyant le "bien d'accord" du commentateur précédent, je doute que ça frôle le pénale !!

Écrit par : Corto | 12/06/2018

Z’avez raison Corto,
Je suis moins à l’aise dans le domaine économique.
Pour le point que vous soulevez, je pense que l’on est plutôt dans le droit public et pas nécessairement dans le droit pénal. Mais je crois que ce PRD ne respecte pas nos droits politiques, et j’espère que la surveillance des communes abrogera cette décision du CM de la Ville de Genève.

Écrit par : Michèle Roullet | 12/06/2018

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