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12/01/2018

Liberté d’importuner ou liberté de draguer ?

Les propos de Christine Bard, recueillis par Faustine Vincent, (in Le Monde) et publiés aujourd’hui dans Le Temps sous le titre : « Une rhétorique antiféministe », sont édifiants, tant ils manquent d’une retenue qu’on pourrait attendre de la part d’une historienne.

Dans cet article, Christine Bard, « historienne et spécialiste du féminisme », dénonce avec animosité la tribune d’un collectif de 100 femmes dont fait partie Catherine Deneuve, qui défend, en réaction au mouvement planétaire «#balancetonporc »,  la « liberté d’importuner ».

Et bien, toute spécialiste du féminisme que soit Mme Bard, je qualifie sa rhétorique, à elle, de « rhétorique militante d’intimidation ».

En effet, cette intellectuelle a l’outrecuidance de décrire son féminisme de « processus révolutionnaire en marche, fragile, mais qui change et changera nos sociétés de fond en comble ». Avec un ton outrancier, cette ardente militante de la cause du genre brandit l’étendard d’un monde neuf pour dénigrer ceux qui n’approuveraient pas le féminisme, « ce processus révolutionnaire en marche ».

Ainsi, pour elle, les voix résistantes, qui peuvent même venir de femmes (« car il y a toujours eu des femmes antiféministes qui ont craint ces changements et estimé dangereuses les revendications féministes ») ne se rallieraient pas au mouvement « #MeToo » par crainte du changement ! Bref, ces voix contestataires seraient celles des pleutres !

Un tel radicalisme me fait frémir, d’autant plus lorsqu’il est promu par une historienne. La tâche première de l’historien n’est-elle pas de faire entendre des voix oubliées ou minoritaires pour restituer la complexité de toute théorie et opinion ?

Or, plus grave encore, Christine Bard, dans un style de propagande dont l’histoire a connu ses heures obscures, manipule le récit du féminisme. En effet, retraçant trois vagues historiques du féminisme, cette experte se garde bien de citer l’engagement de Catherine Deneuve dans ce qu’elle décrit comme la deuxième vague du féminisme, celle « des années 1968 à la fin du XXe siècle, (qui) a mis la sexualité et le droit de disposer de son corps au cœur de son combat ».

Oser traiter Catherine Deneuve et la tribune de ce collectif d’antiféministes, en occultant que l’actrice a eu le courage d’être l’une des signataires du manifeste des 343, est une imposture intellectuelle. Pour rappel, le « manifeste 343 », publié dans le Nouvel Observateur en 1971, fut signé par 343 Françaises qui déclaraient s’être fait avorter.

Manisfeste des 343 salopes.jpeg

Or, à cette époque, l’avortement en France était illégal et les contrevenantes s’exposaient à des poursuites pénales, qui pouvaient aller jusqu’à l’emprisonnement. Catherine Deneuve fait ainsi partie de ces femmes courageuses, qui furent injuriées, appelées même « les 343 salopes » ! Elle a pris des risques pour dépénaliser l’avortement en France et permettre aux femmes de disposer de leur corps. Par ailleurs, sa vie, si libre, montre que, pour cette femme, le respect mutuel et l’égalité des sexes ne sont pas un verbiage creux.

Le ton de moralisatrice qu’adopte Christine Bard, qui prétend « construire un nouveau monde », est insoutenable. Cette logorrhée qui veut purifier nos existences, outre qu’elle pollue nos existences, est mortifère. L’histoire ne nous donne-t-elle aucune leçon ? N’avons-nous plus aucune mémoire des régimes totalitaires (de gauche ou de droite) : nazisme, stalinisme, maccarthysme, Khmers rouges… qui avaient tous pour ambition de purifier la Société ? Apparemment, cette historienne, trop enfermée dans son militantisme, oublie de faire de l’histoire.

Où nous mènera cette moralisation obsédante ? Faudra-t-il, après avoir ôté la cigarette de Lucky Luke, détruire les peintures dans lesquelles la femme alanguie, évoque des poses séductrices (Rubens et les autres), interdire les films qui donnent une mauvaise image de la femme (Belle de jour, Portier de nuit et bien des Hitchcock …). Bref, pour moi, pas de doute, entre une intellectuelle qui nous expose une pensée bien convenue, marquée par notre époque puritaine et moralisatrice et une Catherine Deneuve qui ose déplaire, je choisis celle qui défend la liberté.

Néanmoins, je n’aime pas l’expression « la liberté d’importuner ». Dans une société civilisée, la courtoisie devrait régler nos conduites et nous retenir d’importuner.

J’aurais préféré que cette tribune des 100 femmes défende, pour tous,  « la liberté de draguer ! »

 

 

 

 

Commentaires

Historienne ou pas l'avis de chacune et de chacun doit forcément quelque chose à leur sexualité propre. Totalitaire vous avez dit ? ...

Écrit par : Maendly Norbert | 12/01/2018

@ Maendly Norbert,
Je m’inquiète, en tout cas, de ce climat que favorise «#balancetonporc ». Si certaines dénonciations ont des impacts positifs, en écartant des personnages pervers, il reste inquiétant que les réseaux sociaux puissent condamner quelqu’un sans procès, sans jugement et fragiliser ainsi nos démocraties qui doivent reposer sur un Etat de droit soumis à des institutions solides et stables.

Écrit par : Michèle Roullet | 12/01/2018

Bonsoir Madame Roullet

La classe serait de lui offrir une boîte de Lego, à cette brave femme...pour construire son nouveau monde bien sûr.

Écrit par : absolom | 12/01/2018

Madame,

J'apprécie pleinement, avec satisfaction pour ne pas dire soulagement, votre réserve concernant l'expression "la liberté d'importuner"!

A propos de l'avortement Maître Gisèle Halimi apporta à l'époque son témoignage.
Comment un médecin pratiquant l'interruption de grossesse sur elle lui fit exprès mal en lui disant que "comme cela tu n'y reviendras pas"!

Ce qui ne l'empêcha pas d'"y" revenir plus tard (la contraception, la pilule, notamment, qui posait alors de gros problèmes à certaines femmes, n'étant pas encore répandue comme aujourd'hui).

Écrit par : Myriam Belakowsky | 13/01/2018

@ Myriam Belakowsky,

Merci d’évoquer Gisèle Halimi, qui, dans le procès de Bobigny (qui eut un tel retentissement !) défendit une jeune fille mineure qui avait avorté après un viol et quatre femmes liées à cet avortement dont la mère de la jeune fille qui comparaissait pour complicité! Dans sa défense, Gisèle Halimi attaquera l’injustice de la loi de 1920 qui rendait coupables des victimes ! Un bel exemple d'une femme courageuse, qui a pris des risques pour défendre d’autres femmes, et pour promouvoir une société plus juste.

Écrit par : Michèle Roullet | 13/01/2018

Excellent et merci !

J'approuve totalement la liberté qu'a prise Mme Catherine Deneuve à l'encontre de ces femmes pour qui tous les hommes sont des harceleurs, des violeurs, etc... sans aucune distinction.

Écrit par : Marie | 13/01/2018

Liberté d Importuner ou le Droit de refuser voire condamner l opportunité à toute action importune ?

D après le dico, importuner est synonyme à: Déplaire, ennuyer, fatiguer par des assiduités, des discours, des demandes, une présence hors de propos voire même s inquiéter...

Ne dit on pas:"Un importun doit être un sot ou un méchant, pour ne pouvoir ou ne vouloir pas sentir combien il importune" (Par Guillaume-Charles-Antoine Pigault-Lebrun). De même:" Il faut refuser l'opportunité à toute action importune" de Michel E. de Montaigne .

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 13/01/2018

Une femme bien dans sa tête ne peut être féministe, il lui suffit, d'être femme, agréable, avec du caractère, de l'humour, de la générosité, un peu de fureur de vivre, aimer la vie, aimer l'Homme avec modération, la nature afin de mieux comprendre le monde, avoir des cheveux de femmes, des tenues de femmes, la grâce d'une femme, lucide et bien informée des croyances stupides, avoir le savoir faire, le savoir être, être distinguée afin de se distinguer des zôôtres, aimer ce qui est beau, bien pour éviter la déprime, ne pas être une ego centrée sur sa petite personne bref,

Comme vous Michèle Roullet *L*

Bien à vous.

Écrit par : Pierre NOËL | 13/01/2018

@Pierre Noel comme vous vous faites rare c'est toujours un plaisir de vous lire
Comme c'est bien dit et tellement réaliste dont la fureur de vivre qui sied comme un gant à la situation présentement vécue par ma pomme
Bonne journée

Écrit par : lovejoie | 14/01/2018

D'accord à 100% avec vous, surtout avec le paragraphe "Où nous mènera cette moralisation obsédante ?". Féministe je suis, depuis que j'ai découvert - il y a quelques décennies ! - Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi. Mais en ce moment, les "féministes" pour qui seule leur pensée est digne de ce terme me font presque honte d'être femme. Et la tribune de ces 100 femmes a donné lieu à des commentaires donnant la plupart du temps envie de vomir. En ce qui concerne "la liberté d'importuner", j'aurais plutôt vu "la liberté d'être importunée" sans me faire taxer d'anti-féministe ou de vieille peau réac et machiste.

Écrit par : Mathilde Lavenex | 14/01/2018

Merci lovejoie. C'est également un plaisir de vous lire lorsque les sujets sont excellents sans pour autant m'imisser dans le débat. Oui je me fais rare ayant beaucoup de loisirs dans l'Art explosif et l'appel de la nature auquel je réponds le plus souvent possible, afin de toujours mieux comprendre le monde.....

Je vous souhaite, ainsi qu'à l'auteur de ce blog et (les zôôtres) une belle année avec la meilleure santé possible.

Écrit par : Pierre NOËL | 14/01/2018

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