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20/11/2017

Si toutes les “garses” du monde francophone marchaient la main dans la main…

L’Académie française a raison de clamer son hostilité envers la langue dite épicène et l’écriture inclusive. Vouloir plier la langue pour défendre une cause politique (fût-elle la meilleure !) est une imposture. Certes, la langue n’est pas immuable. Elle subit des mutations : des mots deviennent désuets, changent de définitions et peuvent être évincés du dictionnaire pour faire place à d’autres mots qui s’immiscent dans nos habitudes langagières ou sont créés pour désigner de nouvelles réalités (scientifiques, techniques, artistiques…).


Mais, la langue a sa propre vie ! Elle « écume, jubile, bave, nous glisse entre les doigts » (pour paraphraser Francis Ponge, in Le Savon) et se joue des velléités militantes. Derrière le rideau de fer, on se souvient des blagues qui ont fleuri au nez et à la barbe des dictateurs qui voulaient plier les esprits en s’en prenant à la langue. Par ailleurs, si on veut renforcer le sexisme, la meilleure manière de procéder est précisément de mettre sur pied une police de la langue, qui nous imposerait la “juste” et “correcte” manière de dire ! Car, la censure amène la révolte et éveille le sentiment d’être dépossédé de son identité.

Sur le théâtre du monde, de nouveaux despotes ou Trissotins veulent jouer leur rôle, au nom de la justice, de l’égalité entre les hommes et les femmes, ou encore « pour changer le monde » (comme me l’a confié une élue d’Ensemble à gauche du Municipal en Ville de Genève). Et, pour atteindre leurs ambitions, ils se mettent à triturer les mots, à les malmener, à les hacher sans la moindre considération pour notre langue. “Certain-e-s militant-e-s, politicien-ne-s, rédacteur-trice-s, ces fameux-euses sauveur-euse-s ou libérateur-trice-s des citoyen-enne-s… “ sont même parvenus à imposer l’écriture inclusive au sein d’administrations qui obligent leur personnel à « rédiger tout document comme étant d’emblée destiné à des femmes et à des hommes afin que chacun et chacune se sentent pareillement considéré-e-s ».

Mais, la langue se rebiffe ! Torturer la langue - au point de la rendre illisible - est lourd de conséquence. En effet, toucher à la langue, à ce qui est le plus intime, à la quintessence de l’être humain, pervertit le langage. Au lieu de nous permettre, au-delà de nos différences (de sexes, sensibilités, croyances, générations) d’échanger, la langue devient taciturne ou bruisse de “bibelots d’inanité sonore”. Enfin, imposer un vocabulaire d’une manière volontaire, arbitraire (quel féminin pour “auteur” : “auteure”, “autrice”, “autoresse” ou “auteuse” ?) et sélective (une magistrate à Genève exigeait qu’on la nommât : « Madame la maire » choisissant de féminiser l’article, mais pas le nom ! Cf. « Langue et usages ») provoque des frustrations et du ressentiment.

C’est pourquoi toutes les tentatives pour réformer la langue française se sont heurtées à des levées de boucliers et ont fini au fond d’un tiroir (à noter qu’à Genève, on s’acharne sur la question, puisqu’il y aurait un « Dictionnaire genevois qui précise toutes les règles de féminisation » in TdG du 18-19 novembre 2017. La question se pose toutefois de savoir si les administrés de Nyon sont autorisés à l’utiliser).

La langue, fût-t-elle fasciste - comme le prétendait Roland Barthes (in Leçon) - ne peut être délibérément redressée, car on entretient avec elle des relations compliquées où l’affectif et l’émotionnel ont leurs mots à dire. A moins de la tuer et de devenir mutique, la langue aura toujours le dernier mot, car elle n’appartient à personne et est pleine de mystères. Nourrie par des millions de locuteurs et enracinée dans une histoire aux traces parfois lointaines, elle échappe à tous, même au poète qui sait jouer avec les mots et les transporter dans des formes allégoriques ou métaphoriques.

Sauf à se considérer démiurge, la langue ne plie jamais. D’ailleurs, ambitionner de la plier pour servir une cause, ne nous ramène-t-il pas aux années sombres du stalinisme qui a voulu exercer un contrôle absolu sur le langage artistique en imposant le style du réalisme soviétique. Au final, c’est l’imagination et l’art qui ont été étouffés (avec le goulag pour les ennemis du peuple qui refusaient le langage propre des apparatchiks).

C’est pourquoi, avec une grande lucidité, l’Académie française a qualifié de « péril mortel » l’écriture inclusive (Cf. l’interview de Dominique Bona), car, en castrant ou en infibulant les mots, c’est la pensée qu’on mutile. Cette prise en otage de la langue propage aussi des débats stériles et l’ennui, mouroir de la communication. D’ailleurs où s’arrêter avec ces pseudo règles de l’écriture inclusive ? Pourquoi ces militants de la langue épicène ne “masculanisent-ils” pas les mots féminins comme “une personne“ en “un person” ! Non, décidément, la répression n’a jamais favorisé l’échange ! Et, comme le rappelle Hélène Carrère d’Encausse (secrétaire perpétuel de l’Académie française), « les progrès de la condition féminine ne passent pas par le massacre de la langue [au contraire puisque] mettre une catégorie de sexe à un titre est une façon de marginaliser les femmes, de les mettre de côté ». Le genre masculin ou féminin des mots de la langue française n’a ainsi rien à voir avec le sexe. Issu d’un contexte historique, de pérégrinations des mots et d’une grammaire qui n'est certes pas figée, le français, contrairement au latin, n'a toutefois pas de genre neutre. Les mots de la langue française sont, par conséquent, tous soit du genre féminin soit du genre masculin indépendamment de considérations de sexes. Ceci est tellement vrai qu’on peut constater que le lexique du monde militaire est rempli de mots féminins (Cf. Les Socialistes, les mots et l’armée). N’acceptons donc pas qu’on instrumentalise les femmes pour vendre une idéologie ! Et, que toutes les “garses” du monde francophone marchent main dans la main et disent “NON“ à la moralisation de la langue !

 

 

PS. Autre billet sur le sujet: « Le DIP et les mots écorchés ».

Commentaires

Bien dit. Je suis pourtant sous le charme des libertés que se prend Pascal Hollenweg avec de brèves incursions dans l'épicène à sa façon. Comme un clin d'oeil sympa qui accompagne l'évolution des mentalités et la transformation progressive de la langue au fil de l'Histoire.

Écrit par : Pierre Jenni | 20/11/2017

Quelle belle vigueur Michèle!
En tant que gars je me joins aux garses.
Madame Carrère d'Encausse montre exactement que le résultat est à l'inverse de la théorie.
Le point, fût-il médian (ou futile médian...) est une séparation et un arrêt.
De plus le féminin reste derrière le masculin, comme un rajout.

Pour Madame la maire: maire est une fonction, et le masculin vaut ici neutre. Ou alors, en effet Madame la mairesse.

Au fait rien n'est prévu pour les transgenres?

Écrit par : hommelibre | 20/11/2017

Merci pour votre billet Madame Roullet...

Le masculin, le féminin, l'égalité...Comment ose-t'on remettre en question ce qui nous a amené jusqu'à maintenant, ici...?

https://www.youtube.com/watch?v=f8mMWh62XpU

Écrit par : absolom | 20/11/2017

Très bon billet ! Oui, l'Académie française a parfaitement raison.

Écrit par : Kissa | 21/11/2017

Merci à Pierre Jenni, hommelibre, absolom et Kissa pour vos messages! Veuillez ne pas me tenir rigueur de les avoir mis tardivement en ligne. Mais étrangement, ils ont été dirigés sur les “message indésirables” de ma boîte d'E-mail. Comme quoi, il n'y a pas que la langue qui a ses mystères, l'informatique aussi!

Écrit par : Michèle Roullet | 22/11/2017

J'adore lorsque les femmes sollicitent leur cerveau pour faire oeuvre de philosophie alors qu'elles devraient être à leurs fourneaux, mais bon ceci est la décadence actuelle des moeurs et des usages. Puisque que notre société il y a plusieurs décennies a décidé bien imprudemment d'accorder au beau sexe l'illusion de l'égalité, allons jusqu'au bout et buvons le calice jusqu'à la lie, Transformons notre belle langue dans ce brouet infâme et contentons-nous de subir. La langue n'est que le miroir de nos sociétés, celles-ci sont en déliquescence depuis que nous accordons aux femmes des prérogatives contre-nature et bien n'essayons pas de sauver une langue qui est vouée à l'extinction. Cela reviendrait à sauver la cage du canari sur un bateau qui fait naufrage. Ridicule, ridicule comme les précieuses du même nom.

Écrit par : Anastase de Saint-Senestre | 23/11/2017

Excellente diatribe contre les incultes !

Écrit par : Mère-Grand | 23/11/2017

@ Saint-Senestre,

Et, bien vous êtes un matinal et avez le verbe haut déjà à 6h25. Qu’est-ce que cela doit être à 22h ? Votre Nature est bien matinale!
Mais, d’accord avec vous sur la langue qui n’est que le reflet de nos sociétés !

Écrit par : Michèle Roullet | 23/11/2017

Pas compris l’orthographe de « garses » ..... qui n’a rien à voir avec la féminisation du français, qu’entre autre, je n’ai jamais suivie!

Écrit par : Patoucha | 23/11/2017

Entièrement d'accord avec mon honorable collègue Saint-Senestre, qui a passé la nuit à méditer avant de nous livrer ses conclusions, empreintes de la plus grande sagesse. Après quoi il est allé se coucher, l'âme en paix.

Écrit par : Athanase de Saint-Dextre | 23/11/2017

Est-ce que Athanase de Saint-Dextre et Anastase de Saint-Senestre ne sont-ils pas le même larron?

Écrit par : Michèle Roullet | 23/11/2017

@ Patoucha,
Si l'on suit la volonté de ceux qui prônent une féminisation des mots, le gars devient du coup une “garse”. Non?

Écrit par : Michèle Roullet | 23/11/2017

On peut se poser la question.
"gars" c'est un peu comme "type".
On féminise comment ?
Typee, typesse, typtrice ?
Un gars, c'est à mon avis un mot qui définit le garçon.
Alors, on dit comment ?
Garçonne, Garce...
Bref, on a pas fini de se marrer avec les féministes rigoristes. Elles me font penser aux Verts en politique ou aux islamistes en religion.

Écrit par : Pierre Jenni | 23/11/2017

En anglais on dirait "guy" qui est visiblement neutre puisque les filles l'utilisent entre potes.
Tiens, potes, on dirait ça comment `
Potesse ?

Écrit par : Pierre Jenni | 23/11/2017

Michèle Roullet s'interroge:
"Est-ce que Athanase de Saint-Dextre et Anastase de Saint-Senestre ne sont-ils pas le même larron?"

Poser cette question revient à se demander si Satan et Dieu ne constitueraient pas, en fait, une seule et même entité...

Écrit par : Athanase de Saint-Dextre | 23/11/2017

"Si l'on suit la volonté de ceux qui prônent une féminisation des mots, le gars devient du coup une “garse”."

Non, gars devient garce, qui est bien le féminin de gars, ou garçon. A l'origine, on avait au masculin "gars" pour le cas sujet, "garçon/garceon" pour le cas régime et "garce" au féminin.

Écrit par : Maître Capello | 23/11/2017

@ Athanase de Saint-Dextre,
Lequel a-t-il l'outrecuidance de se prendre pour Dieu et lequel un ego surdimensionné pour se croire Satan?

Écrit par : Michèle Roullet | 23/11/2017

Un peu l'histoire du glas et de la glace ?

Mais non Maître Capello...du glaçon bien sûr...

Madame Roullet s'est amusée, c'est tout. Enfin, j'imagine...:-)

Écrit par : absolom | 23/11/2017

Merci Absolom;
Bien sûr, il faut prendre le parti de rire de ceux qui nous servent leurs âneries qui nous polluent la vie, car (comme l'avait bien compris la population des pays derrière le rideau de fer) l'humour contre la tyrannie est peut-être la la meilleure réaction à adopter !

Écrit par : Michèle Roullet | 23/11/2017

Humour et gentillesse, deux gagnants :-)

Écrit par : absolom | 23/11/2017

"Si l'on suit la volonté de ceux qui prônent une féminisation des mots"

Encore!? Féminisation de tous les mots? LOL! Pourquoi? le masculin - ou l'homme - n'existe plus!? Remplacé par le transgenre ou le 4ème sexe!? Je le dis, le redis, ce 21ème siècle marche sur la tête! Une génération de moralistes neuneu! Ils devraient porter des jeans moins étroits....

Jusqu'où va se nicher l'imbécilité!

Écrit par : Patoucha | 23/11/2017

Wep! Ce que je viens de recevoir est encore la pire des choses lues à ce jour:

« Littérature humaniste »

« Littérature humaniste », celui-ci a décidé de monter une collection des grandes œuvres de la littérature mondiale revues et corrigées selon les standards moraux de notre époque. Parce que « de grands écrivains ont écrit des choses qui, aujourd’hui, ne sont plus en phase avec les valeurs de notre société, et sont même en opposition totale avec elles », il faut créer « une collection que tout le monde pourra lire, qui élèvera les lecteurs sans que d’infectes idées n’en appauvrissent le sens principal ». Pour ce faire, il faut expurger, censurer, réécrire, « couper, dans une œuvre, les morceaux qui heurtent trop la dignité de l’homme, le sens du progrès, la cause des femmes… ». Ainsi, « ceux qui désirent fuir la lecture, souvent pénible reconnaissons-le, des textes douteux d’un point de vue moral, sans se priver des beautés qu’ils contiennent, pourront le faire en toute sécurité ».

Pour l’aider à cette salutaire évolution, on peut lui conseiller la lecture de L’Homme surnuméraire. Un petit livre aussi profond que réjouissant, écrit dans un style alerte, habile à démasquer les tartufes qui empoisonnent notre époque.

https://www.causeur.fr/cigarette-cinema-agnes-buzyn-surnumeraire-147895?

PS: Les "humanistes" seraient-ils impuissants!?

Écrit par : Patoucha | 24/11/2017

Merci Patoucha pour votre belle indignation! C'est vrai, cette moralisation à tous crins pourrit notre société, mais plus grave encore, elle est porteuse d'une violence qui risque de nous éclater en “pleine gueule”. L'Histoire nous apprend que les pires dictatures vont souvent de pair avec une moralisation de la vie...

Écrit par : Michèle Roullet | 24/11/2017

@ Pierre Jenni
Sauf votre respect, chère Madame (avec un prénom comme le vôtre, je pars de l'idée que vous êtes du genre féminin), le féminin de pote n'est pas "potesse" mais potiche.

Écrit par : Mario Jelmini | 24/11/2017

J'attends avec impatience les versions de la Bible et du Coran "revues et corrigées selon les standards moraux de notre époque". Pour ce qui concerne le Coran, je verrais bien Tariq Ramadan s'atteler à cette tâche...

Écrit par : Mario Jelmini | 24/11/2017

Ah si le féminin avait des règles immuables... il n'y aurait plus d'âne ni d'ânesse, mais c'est vrai, vous êtes fortiche!
Quant à mettre M. Tariq Ramadan à la tâche, ce sera difficile. L'exégèse d'un texte (Coran, Bible...) demande une rigueur intellectuelle qui ne laisse aucune place au butinage.

Écrit par : Michèle Roullet | 25/11/2017

Cela a commencé il y a quelques temps déjà, lorsque les droits de l'homme sont devenus droits humains. En fait, "humain" n'a pas le même sens que "de l'homme", comme "enfantin" n'a pas le même sens que "de l'enfant". Essayez "droits enfantins" plutôt que "droits de l'enfant". Avec les antispécistes viendront les "droits des bêtes", pourra-t-on dire "droits bestiaux" sans exprimer exactement le contraire de ce que les antispécistes souhaitent, des droits pour les animaux?

Le droit de cuissage, au moyen âge, était un droit humain, tristement humain.

L'explication donnée pour remplacer "droits de l'homme" par "droits humains" est en outre, pour le moins, boiteuse, puisque le mot "humain", fondé comme le mot "homme" sur le mot latin "homo", présente la même ambigüité. Une ambigüité a été remplacée par la même ambigüité!

Écrit par : weibel | 25/11/2017

@ Weibel
Excellente réflexion, merci!

Écrit par : Michèle Roullet | 25/11/2017

@weibel
Vous avez tout à fait raison. J'ai fait remarquer plusieurs fois sur les blogs que cet usage de "humain" était une simple (et en l'occurrence mauvaise) traduction littérale de l'anglais "human rights".
Malheureusement nous sommes tout à fait impuissants face à ces mauvais usages de la langue, surtout lorsqu'ils s'accompagnent de motivations idéologiques.
Notons, en passant, que même l'usage de "humain" comme substantif, qui en anglais est particulièrement fréquent dans les romans de science fiction, ne correspond pas vraiment à l'usage français.
Enfin, il faut reconnaître cependant, que certains usages de l'adjectif sont, ou du moins étaient, tout à fait licite, comme l'illustre le début de la Ballade des pendus de Villon "Frères humains ...".

Écrit par : Mère-Grand | 25/11/2017

Dreuz.info Flash:

Ce n’est pas un gag (hélas) : le groupe EELV à la mairie de paris veut rebaptiser la journée du patrimoine en journée du matrimoine!???

Ce maire, Anne Hidalgo... devrait, tant qu'elle est à ce poste, nommer la mairie de paris: Mairie de Cambronne!

Écrit par : Patoucha | 28/11/2017

"le féminin de pote n'est pas "potesse" mais potiche."

Normal... venant de quelqu'un qui traite des internautes de pouffiasses!

Écrit par : Patoucha | 28/11/2017

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