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18/07/2014

Aucun remords !

Non seulement je n’éprouve aucun remords, mais je ne suis pas prête d’oublier la superbe pièce de théâtre jouée actuellement au Théâtre de l’Orangerie (Parc de la Grange à Genève) : « Derniers remords avant l’oubli »[1], pièce qui avait été donnée en automne dernier au Théâtre de Poche.


Le texte de Jean-Luc Lagarce est bien servi par une mise en scène intelligente et des comédiens plus vrais que nature…

Ils s’appellent Hélène, Pierre et Paul et se retrouvent après quinze ans pour vendre une maison achetée en commun et dans laquelle ils ont vécu une passion. Dès les premiers échanges, ils se chamaillent comme des frères et sœurs. Sauf que là, il ne s’agit pas d’une fratrie, mais d’un ex trio amoureux des années post soixante-huit.

Embarrassé, troublé, énervé, le trio ne sait plus vraiment pourquoi il se retrouve tant il y aurait de choses à se dire, de comptes à régler et peut-être de secrets à extirper…

Ces retrouvailles font resurgir d’anciens désirs et l’envie aussi d’éteindre à tout jamais ce qui paraît aujourd’hui des mensonges quitte à trahir sa jeunesse et commencer à mourir un peu…

Cette pièce, qui provoque quelques beaux fous rires, est plutôt d’un humour noir. Les répliques assénées comme des coups de rasoirs portent les blessures des utopies échouées.

Elle fait surgir le dessin usé de rêveurs qui ont cru pouvoir échapper aux problèmes de pouvoir et de jalousie en adoptant un nouveau mode de vivre, et qui se sont remplis de rancœurs, de sentiments douloureux, mais aussi d’un amour de jeunesse plein d’un idéal qui exalte le sentiment d’être vivant.

Seulement voilà, l’utopie est, par définition, un lieu hors du temps, de tous les lieux, et qui n’existe pas, mais qui nous transporte dans un monde féérique où tout semble possible si on le désire. Mais, avec le retour du refoulé, les retrouvailles sont difficiles… Cette pièce de théâtre « Derniers remords avant l’oubli » nous tend un miroir et livre les contradictions de l’âme humaine. Car, en plus du regard des spectateurs, il y a dans cette pièce les regards des personnages extérieurs à cet ex trio amoureux : des conjoints ainsi que la fille d’Hélène, Lise.

Avec son regard cruel et sans pitié sur les adultes qui se rencontrent dans cette maison de campagne, Lise semble être blindée contre toute utopie et oublie que la vie est aussi à rêver…

Une pièce à voir absolument !

Elle est encore à l’affiche jusqu’au 26 juillet… au Théâtre de l’Orangerie situé dans un écrin de verdure, dont le directeur Valentin Rossier a su en faire un lieu unique à Genève.

Alors précipitez-vous (prenez un pullover pour résister à l’air froid de l’air conditionné !) tout en vous rappelant que la terrasse au milieu des serres du Parc de la Grange permet d’admirer les bateaux sur le lac, de musarder et de se restaurer avant ou après le théâtre.

 

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[1] L’auteur : Jean-Luc Lagarce (décédé en 1995 à l’âge de 38 ans) a écrit 25 pièces. « Derniers remords avant l’oubli », la plus connue est considérée comme un « classique contemporain. »

Mise en scène Michel Kacenelenbogen. Avec Bénédicte Chabot, Marie Druc, Inès Dubuisson, Christian Grégori, Thierry Janssen, Antony Mettler. Assistante Kim Leleux. Scénographie Roland Deville. Lumière Philippe Bégneu. Musique Pascal Charpentier

21:10 Publié dans Genève, théatre | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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