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31/01/2014

Viatique pour la santé !

La santé est le bien le plus précieux. En être obsédé, toutefois, nuit à la santé !

C’est la belle leçon que nous donne Molière avec son « Malade imaginaire », dont la souffrance réelle ou chimérique, d’une quintessence burlesque, déclenche le rire irrépressible.


La dernière fois que j’avais vu « Le Malade imaginaire », c’était Michel Bouquet qui jouait le rôle d’Argan. Moment sublime bien sûr avec ce “dieu” de la scène, ce virtuose des planches, qui habite ses personnages jusqu’au tréfonds du ventre et du cerveau.

En retrouvant « Le Malade imaginaire », mis en scène par Jean Liermier, directeur du Théâtre de Carouge, j’ai été une fois encore subjuguée par ce chef d’œuvre du répertoire classique.

Car, Liermier, ce grand metteur en scène, qui conjugue originalité et fidélité au texte, nous offre une pièce d’orfèvrerie où tout, mais absolument tout, est parfait : la mise en scène, la distribution, le jeu des acteurs, les décors, la lumière, les costumes...

Evidemment, le jeu sublime de Gilles Privat dans le rôle d’Argan, qui restitue à son personnage toute sa complexité, contribue à ce moment de grâce théâtral.

Mais, pour être juste, il faudrait citer tous les comédiens de cette distribution (Cf. ci-dessous), car Thomas Diafoirus, Toinette, Béline, Angélique… sont parfaitement campés.

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Coup du sort (ou comique de la scène !), il faut savoir que c’est lors de la 4ème représentation du « Malade imaginaire » que Molière fut pris d’un malaise et mourut. On peut imaginer que son malaise, d’une manière cocasse, a pu, dans un premier temps, être applaudi comme l’incarnation parfaite du rôle d’Argan !

C’est, en tout cas, une sortie de scène à la hauteur du génie de Molière qui avance toujours dans le trouble et le comique.

Car, avec Molière, on n’est jamais dans la caricature ! Personne n’est blanc ou noir. Tous ses personnages sont à la fois comiques et touchants. Même Argan, obsédé par la maladie au point d’en devenir ridicule et tyrannique envers ses proches, est aussi un homme émouvant, aveuglé par son amour pour sa femme, et qui au travers de sa souffrance a quelques moments de grande lucidité.

Quant à Toinette, la servante, elle est l’insolence même, qui mélange soumission et domination. Elle ne se laisse ni impressionner ni duper par son maître qu’elle manipule avec gourmandise et jouissance. Toinette, c’est un personnage comique aussi, qui transgresse les codes d’une société de classes.

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Enfin, la langue de Molière qui se rit du « pompeux galimatias […] qui vous donne des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets » est truculente et d’une actualité stupéfiante. Dans l’inventaire des maladies que dresse le médecin à Argan : « la bradypepsie, la dyspepsie, l’apepsie, la lientérie, la dysenterie… » 

ne retrouve-t-on pas les insultes pittoresques du Capitaine Haddock ou la prose poétique d’un Tardieu ?

 


A notre époque tétanisée par la culpabilité et devenue immodérément moralisatrice, l’insolence de Molière est un baume vivifiant (surtout lorsqu’il est aussi magistralement servi !).
Alors, si vous n’avez plus la possibilité de trouver des places pour cette pièce qui fait un véritable tabac au Théâtre de Carouge, et qui joue jusqu’au 9 février, ne désespérez pas !
La troupe va partir en tournée à la Chaux-de-Fonds, à Fribourg puis sur des scènes françaises. Alors ne ratez pas le wagon…
Car, s’il est peut-être vrai que : « Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies », le théâtre, surtout lorsqu’il est de cette qualité, nous aide à vivre et devient notre meilleur viatique pour la santé !

 

 

En cliquant sur ce lien, vous trouvez des extraits du « Malade imaginaire » joué au Théâtre de Carouge 

Distribution de la pièce :

Mise en scène de JEAN LIERMIER

Avec Madeleine Assas (Toinette), Pierre-Antoine Dubey (Cléante), Philippe Gouin (Thomas Diafoirus), Sabrina Martin (Béline), Philippe Mathey (Monsieur Diafoirus), Jacques Michel (Béralde), Gilles Privat (Argan), Marie Ruchat (Angélique) Assistante à la mise en scène Alexandra Thys Scénographie et costumes Jean-Marc Stehlé et Catherine Rankl Lumières Jean-Philipe Roy Univers sonore Jean Faravel

 

 

 

00:40 Publié dans Actualités, Genève, théatre | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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