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10/11/2013

Quand enseigner devient une tâche impossible…

Dans son billet « Instituteur, un métier en décomposition », André Duval s’emporte et use d’insultes (à ne publier ni dans une gazette ni dans un blog…) envers ceux qui se sont « évertués à inoculer un virus malfaisant au sein de l’école primaire […et à] gangréner le métier d’instituteur jusqu’à l’os ». Les coupables sont assimilés à des monstres. Et l’illustration ne laisse aucun doute sur son verdict.


Si j’adhère au diagnostic d’une école aujourd’hui malade et de la perte de l’autorité du maître, en revanche, je serais plus prudente sur la désignation du ou des responsables.

Car, l’école fait toujours corps avec les idées de son époque !

Effectivement, la gestion des écoles sous forme managériale a péjoré le statut de l’enseignant, ôté tout prestige à la figure du “maître”, dégradé le climat scolaire, introduit une surcharge aberrante de tâches administratives et provoqué beaucoup de souffrance.

Toutefois, il est faux de croire que l’école du passé était admirable où l’enseignant était, selon M. Duval, un « artisan qui exerçait son métier avec amour, doigté et feeling - les bases d'un bon enseignement… ». Lorsque je repense à mon école primaire, je me souviens plutôt d’enseignants malveillants, injustes et fort ennuyeux. Peut-être n’ai-je pas eu de chance… Mes souvenirs correspondent plutôt à cette illustration.

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Toutefois l’évolution bureaucratique du métier d’enseignant est bel et bien inquiétante même si elle n’est pas seulement liée aux récentes réformes scolaires. Il faudrait plutôt considérer que “toute une scène nous est révélée par le trou de serrure des réformes scolaires”.

A cet égard, l’exposition « Qu’as-tu appris à l’école ? » au Musée Tavel à Genève est intéressante et tout le monde y trouvera son compte. Les nostalgiques d’une école du passé verseront une larme sur les cahiers d’antan, la petite brassière brodée par les filles aux leçons de couture… Ceux qui ne jurent que par la modernité, les innovations et les savoirs transversaux se gausseront du manuel d’histoire suisse d’autant plus que les pages exposées sont les plus ternes de l’ouvrage…

Mais, pour moi, le plus révélateur, dans cette exposition, ce sont les programmes scolaires. Celui des années 1950, et qui a dû durer jusque dans les années 1970 était un léger fascicule. Dès les années 1970, un classeur (format A5) et de l’épaisseur d’un gros roman Gallimard l’a supplanté. Enfin, avec le Plan d’étude romand (le PER) qui vient d’être introduit dans les écoles, le programme se déploie dans 4 coffrets de la taille des classeurs fédéraux !

Je n’ai pu m’empêcher de m’exclamer, lors de l’inauguration de cette exposition, que nos enfants apprennent décidément beaucoup aujourd’hui !!!

Cette enflure de style est révélatrice de notre époque où, pour paraître sérieux, on se sent obligé d’employer une langue avec des mots à rallonge, réservée aux initiés et où la rigueur de la pensée n’a plus rien à voir avec un esprit de concision.

Elle va également de pair avec la disparition de l’intellectuel au profit de “l’expert” ! Avec l’intellectuel, on se trouve dans un rapport où deux libertés se confrontent. Avec l’expert, je deviens un subalterne qui n’a plus son mot à dire même si la position de l’expert est toujours menacée par un plus expert que lui.

Cette nouvelle gestion managériale qui s’est imposée dans le monde du travail sous le noble objectif d’améliorer les pratiques nous a fait entrer dans l’ère du soupçon généralisé.

Personne ne fait plus confiance à personne… Le médecin n’est plus écouté ; le journaliste manipule ; l’avocat ne plaide plus ; les garagistes et statisticiens sont des menteurs ; quant aux enseignants… il faut les mettre sous tutelle !

Cette méfiance généralisée paralyse nos sociétés et surtout met l’école en péril.

Car, l’école, n’étant pas le lieu d’échange de biens de consommation, n’a aucunement besoin de “managers”. La transmission de savoirs et de savoir être passe encore, à l’école, par des échanges humains où l’affectif (et la confiance) joue un rôle primordial.

Ceci, le chef sortant du DIP l’a complètement oublié. Et les “innovations” qu’il a introduites (en imitant les mauvaises réformes scolaires de la France !) ont péjoré le climat scolaire, fragilisé l’institution scolaire et démotivé les enseignants.

Genève vient d’élire aujourd’hui ses sept conseillers d’Etat.

Puissions-nous espérer que celui ou celle qui prendra le département de l’instruction publique aura le courage de remettre à plat les réformes scolaires introduites ces dernières années dans l’école publique genevoise…

 

23:36 Publié dans Actualités, politique scolaire | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | |

Commentaires

@Madame Roullet soyet rassurée certains blogs utilisent des termes encore plus crûs que ceux utilisés par Monsieur Duval
Certes vous n'avez pas tout tort quand à Monsieur Duval peut-être exprime-t'il un ras le bol qu'on peut ressentir auprès de nombreux parents ou de citoyens surtout en voyant le laxisme général il suffit de lire les articles au sujet de l'églises Protestante qui dès janvier 1914 acceptera les mariages gays
Monsieur Vogel a parlé lui d'un pays disloqué,lui aussi a raison
Nos anciens tout comme les vôtres nous enseignèrent la discipline en tout premier comment peut-on encore enseigner celle-ci quand on sait que ceux-là mêmes ne la pratique plus ou alors mettent des barrières aux us et coutumes d'anciens habitants de ce pays ,ceux -là mêmes qui rêvent de la dépénalisation de la pédophilie
Ou de gérances qui osent parler de menaces de représailles si vous avez l'intention de vous défendre,Non par elles-mêmes je tiens à le préciser mais copinage obligeant elles ne bougeront pas.Vous pouvez subir 12 ans de maltraitance psychologique en co-propriété personne ne lèvera le petit doigt
Les sectes pullulent on sait les années 13 lunes comme en 2014 être leur pain béni pour agir même au sein des écoles voire au sein de gouvernements
Alors comment peut-on encore faire confiance à un système qui se cache derrière de très jolis slogans tous plus fourbes les uns que les autres pour soi disant protéger la nature alors que la nature humaine elle-même est en danger aussi enseigner dans ces conditions ne doit pas être évident non plus
Parceque sans doute vous aussi avez connu certains rabâchages ,faut jamais faire ceci ou cela a cause de ceci ou cela avec effet inverse sitot le parent ayant tourné le dos.Parmi les lecteurs c'est la même chose a force d'entendre des conseils remontant aux apocalypses le lecteur va finir par trouver ce qui se cache derrière certains partis .Je pense aux partis de jeunes nés la cuiller entre les dents et qui s'imaginent que le peuple va encore continuer longtemps à se plier à leurs niaizeries de nazillons
.Eux en plus utilisent des menaces écrites par d'autres bien évidemment car ils ne se mouilleront jamais.
Alors comment peut-on encore enseigner la discipline de nos jours sans rougir de honte? Surtout qu'un enfant voit clair dans le jeu des adultes et ce à trois ans déjà!
On peut d'ores et déjà prévoir que ceux qui ont peur pour leur retraite sont les mêmes qui mettent des bâtons dans les roues du monde du travail et qui se retrouveront pénalisés par ceux partis tenter leur vie ailleurs mais qui une fois revenus ,on est plus au temps des Eldorado se retrouveront alors quémandeurs d'argent mais du leur
L'école est en danger,l'économie aussi et grâce à qui? à des chefs de file reconnus comme pédophiles qui ont su blouser même certains dirigeants par leurs pouvoirs de décisionnaires révolutionnaires bien décidés à tout révolutionner en utilisant la naiveté de nombreux jeunes qui désormais se prennent pour les Rois des décideurs
bien à vous Madame et bonne journée

Écrit par : lovsmeralda | 11/11/2013

Je conviens avec vous que les termes employés par Monsieur Duval peuvent presqu’être publiés dans des gazettes…

Quant au reste de votre réflexion, je ne sais pas si “nos anciens” nous enseignaient la discipline et quelle discipline ?

Pensez qu’un Jacotot, en 1818, avait fondé une méthode d’enseignement où il condamnait le « maître explicateur » et où le rapport entre le maître et l’élève était un pur rapport de volonté à volonté, entièrement libre. Ce lien égalitaire amenait Jacotot à défendre que tout le monde peut enseigner car, d’après lui, on enseigne même ce qu’on ignore !

Écrit par : Michèle Roullet | 11/11/2013

@Madame Roullet,oups excusez moi pour la faute de frappe.Quand à la discipline elle me fut enseignée par ma grand mère maternelle Darbyste.
Chez eux les mensonges étaient punis sévèrement et on devrait remettre ces punitions à l'honneur mais pour des adultes qui exigent du peuple qu'il rétrograde a l'époque des chiffoniers .Alors qu'attendre de lui sinon qu'il se conduise désormais comme tel.
mais je vous rassure la fessée à la verge deux fois faisait un enfant prêts à combattre les injustices futures
Heureusement que de nombreux citoyens ayant combattu la Migros avec leurs parents et qui ont été habitués à vivre avec les yeux en face des trous sont toujours bien présents pour dire aux citoyens de ne jamais se laisser rabaisser.
Personne même un parti n'a le droit d'inciter à ceci ou cela le bon peuple surtout s'il n 'y a pas eut vote!mais on sait que le nouveau parti Socialiste lui préfère donner à des Sociétés le droit d'ingérance dans la vie privée du citoyen ce que l'ancien parti n'aurait jamais accepté.les anciens travaillaient eux ne passaient pas leur temps à pianoter des blablas
encore toute belle journée pour Vous Madame

Écrit par : lovsmeralda | 11/11/2013

Je réponds à votre titre, depuis quand Genève n'est plus gouverné, ne me dites pas que c'est vraiment nouveau ?

Écrit par : Corto | 11/11/2013

"Cette nouvelle gestion managériale qui s’est imposée dans le monde du travail sous le noble objectif d’améliorer les pratiques nous a fait entrer dans l’ère du soupçon généralisé."

Mon père me raconte que de son temps il y avait une classement des élèves en fonction de leurs notes. Au moins 2 fois par année. Il y avait un premier de classe et... un dernier.

Aujourd'hui cela a disparu, mais on classe les écoles, les cantons et les pays. Et vive le progrès! Foutaises, oui!

Vous avez totalement raison : "on" ne fait plus confiance à personne. On ne considère plus les enseignants que comme des OS, c'est-à-dire des pièces remplaçables. C'est le principe du "new management". Une déshumanisation. Lui, elle ou un autre. Peu importe. Le métier d'enseignant est complètement dévalorisé, parce qu'"on" veut aussi tout contrôler. Or l'enseignant n'est jamais meilleur que quand il enseigne aussi ce qu'il est, quand il montre sa passion. Ce sont tous les enseignants qui m'ont marqué, qui m'ont formé et dont je me souviens avec bonheur. Une espèce en voie de disparition? Pauvres écoles!

Écrit par : Johann | 11/11/2013

Chère Madame,
Plutôt que de vous répondre par un commentaire, je vais le faire via un nouveau billet qui ne va pas tarder.

Écrit par : Duval | 11/11/2013

Chère Madame je viens de lire que vous êtes institutrice et peut-être sommes nous de la même génération.Cependant je reviens toute contrite jamais ma grand -mère Darbyste n'aurait levé la main,non c'était ma mère qui elle avait vu la sienne embarquée à la frontière pour être menée là on on sait et qui elle-même avait subi de coups par sa marâtre
L'Eglise Darbyste avait pour principe de ne jamais demander de l'argent et jamais en dehors de leur église le nom de Dieu ou Jésus n'était utilisé en cela je leur garde une profonde reconnaissance
Quand au trousseau de clé qui volait sur les élèves c'était pur réflexe de colère de la part d'instits qui eux avaient subi en tant qu'enseignants dans des orphelinats des coups d'une terrible cruauté de la part de leur directeur.On ne peut que leur pardonner leur chemin de vie a plutôt été un calvaire
Comme mon second commentaire n'est pas paru ce qui est très bien celui-ci aura le même destin mais ma conscience elle me laissera en paix
Encore merci Madame pour votre blog

Écrit par : lovsmeralda | 11/11/2013

Merci M. Duval,
Je me réjouis de vous lire!
Cordialement

Écrit par : Michèle Roullet | 11/11/2013

"Le médecin n’est plus écouté ; le journaliste manipule ; l’avocat ne plaide plus ; les garagistes et statisticiens sont des menteurs ; quant aux enseignants… il faut les mettre sous tutelle !"

Oui, c'est sans doute en partie vrai. Faut-il le déplorer, faut-il s'en réjouir ? Peu importe, à mon sens. Nous vivons une époque révolutionnaire ! ( Même, le mot "époque" est dépassé. ) La néo-modernité s'impose à nous jour après jour. Allez, on y va, on y croit !

Écrit par : Zukunft | 11/11/2013

@ Zukunft

Chaque époque a ses jouissances et ses misères… Cette montée d’individualisme amène tout de même une perte de confiance, qui déstabilise nos sociétés et menace la transmission des savoirs. Question d’équilibre !

Trop de crédulité est aussi dangereux qu’un excès de méfiance.

Écrit par : Michèle Roullet | 11/11/2013

Puisque vous parlez de cette machine à humilier et à forcer la soumission, qu'est le DIP, il faudrait que les gamins fassent tout péter, et ça risque de na pas tarder !

Écrit par : Corto | 12/11/2013

C'est vrai! J'espère que l'école avec le nouveau gouvernement va s'améliorer ! Le diplomate

Écrit par : le diplomate | 15/11/2013

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