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24/08/2013

Convictions convenues… au SRED

Avoir une conviction et la défendre bec et ongles est une attitude saine pour autant qu’elle soit passée par le crible du raisonnement et de l’argumentation. Dès lors, elle peut devenir un tremplin pour agir.

En revanche, la conviction, qui n’est le fruit d’aucune activité réflexive, et qui s’impose comme une évidence, est dangereuse. Surtout, si elle habite un homme (au sens générique du terme) qui endosse des responsabilités, et qui exerce une autorité. Cette conviction-là induit des attitudes d’intolérance et de soumission. Elle est à combattre dans tous les cas.


Aussi, lorsqu’un directeur d’un établissement scolaire primaire et un autre du Service de la recherche en éducation (SRED) avancent une et une seule explication à la diminution de la violence en milieu scolaire, il ne faut pas être dupe !

Car, en dépit de précautions rhétoriques :

-       la phrase interrogative du directeur d’établissement (« Faut-il en conclure que la mise en place des directions d’établissement au primaire […] et leur engagement pour prévenir la violence et assurer un climat scolaire propice aux apprentissages a eu une influence sur cette amélioration notable ? ») ;

-       l’utilisation d’une litote par le cadre du SRED (« La création des directions d’établissement n’est pas étrangère à ce phénomène », in TG du 23 août) ;

ces propos portent manifestement l’empreinte de la conviction que la nomination de directeurs dans les écoles primaires est un progrès incontestable !

Pour le directeur d’un établissement scolaire, on comprend qu’il veuille magnifier sa fonction et au passage défendre son bifteck (rappelons que les directeurs des écoles primaires à Genève, en classe salariale 24, sont mieux payés qu’un Chargé de cours à l’Université de Genève) pour un Cahier des charges qui feraient pâlir d’envie un patron d’une PME.

Quant au directeur du SRED, sa précipitation à donner une explication à la diminution de la violence en milieu scolaire est plus problématique. En tant que cadre d’un Service de la recherche en éducation, il devrait se montrer prudent dans ses conclusions. En effet, le rôle du chercheur ne se limite pas à récolter des données, mais - et c’est la démarche la plus délicate – à avancer des hypothèses.

Assurément, pour rester dans le domaine d’une recherche scientifique, le chercheur doit procéder avec retenue (puisque, en soi, les chiffres et statistiques ne disent rien ou peuvent tout dire) en usant de la plus grande impartialité et en faisant apparaître divers arguments possibles. Or, là, on peut tout de même s’étonner que l’explication donnée sur ce phénomène de diminution de la violence glisse si facilement dans la norme imposée par le chef du DIP.

Cela ne plaide pas pour la crédibilité du SRED qui, comme je l’ai déjà écrit dans un précédent billet, pose un double problème. Il est à la fois un service de recherche en éducation (avec les paradoxes de ce champ de recherche), mais qui plus est, un Service de l’Etat, c’est-à-dire soumis au magistrat en charge de l’éducation et aux options politiques de ce dernier.

Enfin, n’est-ce tout de même pas exagéré de faire “beaucoup de bruit pour rien” ?

Car, si l’on tient compte des chiffres donnés, on apprend qu’on a comptabilisé 411 actes de violence en 2011-12 et 393 durant l’année 2012-13. La différence est donc de 18 cas, c’est-à-dire à peu près 4% de diminution.

En terme de violence, ce n’est pas rien ! Mais, si l’on tient compte que le 4/5e des actes de violence a été signalé dans l’enseignement secondaire, la diminution de la violence du primaire ne doit pas être si spectaculaire.

Enfin, admettons qu’au primaire, la violence ait réellement baissé ces dernières années. Au lieu d’encenser immédiatement la mise sur pied de directeurs dans les écoles primaires, les chercheurs pourraient amener d’autres hypothèses :

-       l’effectif des élèves au primaire a diminué ces dernières années ;

-       avec la mise en place des directeurs, ces derniers, étant en compétition les uns avec les autres, retiennent des informations qui pourraient les faire passer pour des directeurs incompétents auprès de leurs pairs ou de la direction générale de l’enseignement primaire ;

-       une sorte de banalisation de la violence amènerait à ne plus signaler certaines violences.

Quelques pistes à explorer… pour des chercheurs en quête d’identité !

 

 

 

21:25 Publié dans Actualités, politique scolaire | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

Commentaires

Excellent billet!
Pour info, le commentaire que j'ai adressé au dit directeur: Vous êtes quand même un sacré rigolo! Voilà que vous émettez une hypothèse sur votre utilité parce que, grâce au SRED (comment pourrait-il en être autrement puisque organe à la solde du DIP) vous avez ENFIN trouver une occasion de tenter une justification à votre placard doré! Par contre, lorsqu'on vous pose des questions claires et précises sur votre activité de dirlos, vous êtes incapable d'y répondre et vous bottez en touche. Belle mentalité! Et belle transparence...que vous revendiquez tant!"

Écrit par : Duval | 24/08/2013

Excellent car argumenté et rédigée en français courtois !

Écrit par : Pierre Weiss | 25/08/2013

Il faut se méfier de tout organisme ou organisation dont le nom complet est remplacé par son abréviation. Son fonctionnement et même ses buts finissent souvent par devenir aussi opaques que l'est cette dernière pour les non initiés et ses responsables ou fonctionnaires en font bon usage.

Écrit par : Mère-Grand | 25/08/2013

On peut dire, voire dénoncer, les choses de différentes manières en effet. A chacun son style et libre à tout un chacun de préférer celui-ci ou celui-là. Soit, en bon politicien, on peut biaiser, enrober à souhait son propos et déguiser les pires insultes sous couvert de soi-disant politesse (Vive Léman Bleu), soit on va droit au but et on ne cache pas sa véritable intention. On dit donc les choses clairement et on utilise le vocabulaire qui nous semble opportun pour le faire. Point besoin d'artifice calculé pour cela.
D'ailleurs, j'en connais qui ne se prive pas quand ça les arrange, lorsqu'il s'agit de casser tel ou tel adversaire politique.

Écrit par : Duval | 25/08/2013

@ Mère-Grand
Vous avez raison, les abréviations sont une plaie. Mais dans un titre le nom complet « Service le la recherche en éducation » (SRED) serait un peu lourd.
Toutefois, vous remarquerez que j’ai mentionné la traduction de cette abréviation, dans mon texte, lors de la première apparition.

Écrit par : Michèle Roullet | 25/08/2013

@Michèle Roulet
Merci d'avoir pris la peine de répondre mon intervention, provocatrice comme vous l'aurez compris. Je propose que le temps consacré à l'écriture et surtout à la lecture de la dénomination complète de ces institutions, qui foisonnaient autrefois en France avant de de le faire en Suisse aussi, soit consacré à la réflexion sur leur rôle, leur fonctionnement et leur utilité.

Écrit par : Mère-Grand | 25/08/2013

Si je ne me trompe pas, l'institut en question prend la relève du Service de la recherche pédagogique (une lettre de moins dans l'abréviation) dirigé autrefois par Walo Hutmacher. Il avait notamment conclu après des décennies de recherches que le taux d'étudiants provenant de milieux modestes (il existait même encore des ouvriers à l'époque) n'avait pratiquement pas varié malgré les différentes réformes de l'enseignement, dont en particulier le Cycle d'Orientation.

Écrit par : Mère-Grand | 25/08/2013

@ Mère-Grand,

Et oui, ça nous en “bouche un coin” de réaliser qu’en dépit de la démocratisation des études, l’accès aux études supérieures, pour les enfants d’origine modeste ou de la classe ouvrière, était plus facile sous l’ère de Jules Ferry (fin du XIXème siècle) qu'à notre époque.
L’école alors, qui reconnaissait davantage l’excellence scolaire, pouvait être un véritable “ascenceur social” surtout si un instituteur vous remarquait.
Pensez que Mitterand était, dit-on, fils et petit-fils de cheminots (je mets une suspension avec dit-on, car beaucoup d'hommes politiques ont su se tailler une biographie à leur convenance...).

Écrit par : Michèle Roullet | 25/08/2013

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