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06/03/2013

Monsieur Beer défend le SRED !

Dans une conférence de presse donnée hier, Monsieur Beer ,  nous rapporte la Tribune de Genève, « a fait l’apologie du SRED » (Service de la Recherche en éducation de l’Etat de Genève). 

Le contraire eut été étonnant, car ce Service est la boîte de résonance que le patron de l’instruction publique secoue depuis des années à sa convenance.


La recherche en éducation est chose délicate. Mais, cette difficulté ne semble pas effleurer le magistrat en charge de l’éducation, qui, avec sa terminologie, compare, la recherche en éducation au « tableau de bord d’une voiture », indispensable pour « piloter un système éducatif » !

Toute une vision !

Bon, on peut pardonner au chef du DIP sa mauvaise métaphore (qui envahit le monde scolaire !). Peut-être était-il déjà dans l’ambiance du Salon de l’auto qui ouvre ses portes à Genève ?

Car, enfin, en éducation, si on a les yeux rivés sur des cadrans, on risque fort d’aller droit dans le mur.

L’éducation, faut-il le rappeler, est toujours affaire de valeurs. Un régime qui veut dominer sa population n’utilisera ni les mêmes méthodes pédagogiques ni les mêmes disciplines scolaires que celui qui veut former une jeunesse responsable.

Ainsi, privilégier à l’école l’histoire, l’apprentissage des langues, les disciplines scientifiques ou vouloir supprimer le latin, par exemple, n’est en aucun cas anodin.

Par conséquent, les chiffres et statistiques dans la recherche en éducation (sauf les statistiques pour prévoir les effectifs d’élèves) ne disent rien ou peuvent tout dire !

Car, ces données doivent être interprétées à l’aune de la grille de lecture du chercheur, qui, elle, dépend de ses convictions, de ses valeurs morales ou encore de coercitions politiques.

A cet égard, ce qui pose doublement problème avec le SRED, c’est qu’il est un service de recherche en éducation (avec les paradoxes de ce champ de recherche), mais qui plus est, de l’Etat, c’est-à-dire soumis au magistrat en charge de l’éducation et aux options politiques de ce dernier.

Facile ainsi pour un élu d’utiliser ce service pour défendre ses projets et réformes. C’est de bonne guerre !

Tous les conseilleurs d’Etat en charge de l’éducation ont sans doute été tentés d’utiliser le SRED pour appuyer leur politique scolaire, sauf que, l’élu actuel en a fait une pratique constante et abusive.

Il faut lire les rapports du SRED pour voir combien les chercheurs ne sont pas dupes de l’exploitation faite de leurs travaux (mais qui les lit ???), et qu’ils tentent de séparer les assertions tirées de leurs propres recherches et de recherches citées, de celles défendues par le magistrat en charge de l’éducation…

Mais ce mélange des propos délégitime leurs travaux et finit même par affecter l’ambiance au sein de ce service.

Ayant eu l’occasion de rencontrer dans des congrès ou colloques des collaborateurs du SRED (j’utilise intentionnellement le mot “collaborateur”, car leur rôle s’est réduit à devenir effectivement les collaborateurs du pouvoir), je me souviens que l’un m’a dit un jour sur un ton déprimé ou désabusé : « ça fait plusieurs années qu’on ne peut plus faire de la recherche, car on est au service du prince » !

Ce n’est donc pas un hasard si la fermeture de ce service bien lisse, bien huilé, est envisagée par le législatif.

Car, même si, avec la nouvelle législature, un nouveau chef du DIP sera bientôt élu, et qu’il n’exercera peut-être pas une main mise sur ce service qui pourrait retrouver une nouvelle dynamique et réhabiliter le débat en matière scolaire (quitte à inquiéter un peu le pouvoir...), néanmoins, des questions demeurent :

-       quel est le réel bénéfice de ce service ;

-       est-il vraiment profitable et indispensable à l’école genevoise (pour évaluer les effectifs des élèves en vue de l’organisation des classes, un statisticien rattaché à la direction du DIP suffirait) ;

-       quel est son coût de fonctionnement (et donc les économies faites, si fermeture il y avait) ;

-       quels seraient les locaux libérés ;

-       ne serait-il pas plus judicieux que la recherche en éducation soit intégrée au monde universitaire, en l’occurrence à l’Université de Genève à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation. Même si cette dernière n’est pas réputée pour être si indépendante envers le pouvoir (et c’est un euphémisme !!!), la recherche en éducation ne gagnerait-elle pas en légitimité en étant rattachée au monde universitaire ?

On l’aura compris, je ne suis, bien évidemment, pas pour la suppression de la recherche en éducation, mais plutôt pour que cette dernière puisse être menée dans des conditions optimales (un peu moins proche du pouvoir).

Assurément, s’il faut faire des coupes budgétaires, la fermeture du SRED serait peut-être moins douloureuse que des coupes de subventions dans des théâtres genevois.

Par ailleurs, celle-ci pourrait se faire en douceur…  Plusieurs collaborateurs du SRED sont proches de la retraite, quant aux autres psychologues, sociologues… ils pourraient rebondir à l’Université.

Bien sûr, Monsieur Beer défendra bec et ongles la survie du SRED.

Il faut dire que notre ami s’est toujours montré très reconnaissant envers ceux qui l’ont servi…

 

 

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Commentaires

Je vous suis sur l'essentiel de votre billet, sauf sur un point!
Confier la recherche en éducation à l’Université de Genève à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation serait une pure folie, me semble-t-il. Vous savez comme moi l'idéologie nauséabonde qui y règne et je n'ose imaginer les conséquences que cela aurait sur des travaux de recherches qui seraient confiés aux gourous qui y sévissent.

Écrit par : Duval | 07/03/2013

@ M. Duval,
Cher Monsieur,
Une arrivée de chercheurs pourrait avoir des effets bénéfiques et atténuer l’ambiance sectaire de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation de l’Université de Genève, gravement atteinte, il est vrai, par un gourou qui a sévi, il y a quelques années (qui a placé tous ses disciples !), que nous connaissons, et que nous ne nommerons pas !
En revanche, la FAPSE n’est pas non plus le monolithe idéologique que vous dépeignez. J’y ai même rencontré des intellectuels et des chercheurs de qualité…
Enfin, si ce n’est dans le monde universitaire, à qui voudriez-vous confier la recherche en éducation ?

Écrit par : Michèle Roullet | 07/03/2013

Afin d'être plus en adéquation avec les projets politiques de la droite et de votre parti en particulier l'éducation étant l'affaire des familles , je proposerais à votre place de recycler les sociologues et psychlogues comme aide-famillial- nounou- baby-sitter.
Je retiens la phrase qui fleure bon la suffisance qui caractérise vos billets
" J’y ai même rencontré des intellectuels et des chercheurs de qualité… "
On croit rêver.

Écrit par : briand | 07/03/2013

@ briand
Où voyez-vous de la suffisance dans mes propos qui visent à nuancer les assertions un peu excessives de M. Duval?
Par ailleurs, vous devez mal connaître la politique genevoise. Le PLR se bat pour une école exigeante et de qualité! Quels sont les députés qui ont déposé une motion pour défendre à l'école publique le maintien de l'enseignement du latin?

Écrit par : Michèle Roullet | 07/03/2013

L'avenir nous dira si je suis "un peu excessif"...J'espère que vous avez raison, pour ma part, j'en doute.
Il n'y a pas 36 solutions si l'on veut obtenir des rapports de recherches fiables. Il faut confier ces mandats à des entreprises privées, neutres par conséquent.

Écrit par : Duval | 07/03/2013

je connais mal:Le PLR certainement , la politque à peine plus , mais tout de même , je fais référence aux propos fréquents du philosophe Romain qui n'est pas ..encore à l'UDC ou pire au MCG et qui fait clairement la distinction entre la transmission des connaissances "l'élèvation" de l'éducation qui selon Arle-istote est le fait de la famille.
Je vous accorde que le processus de l'élèvation est laïque et je ne fais pas la confusion entre votre disons.. Spinoza et un curé de campagne.

Écrit par : briand | 07/03/2013

@ briand
Vouloir établir une distinction entre “instruire” et “éduquer” est un peu une obsession des philosophes qui ne se sont jamais remis de s’être fait “piquer” le domaine de l’éducation sur lequel il régnait en maître à penser jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Bon, ils sont un peu responsables… (mais, je ne vais pas, ici, faire un cours d’histoire !).
Toutefois en dépit de ses petits travers, Jean Romain est une bonne tête, bien faite, même si nous n’avons pas toujours défendu les mêmes causes !
Cela montre combien le PLR est un parti qui respecte la liberté de penser !

Écrit par : Michèle Roullet | 07/03/2013

@ M. DUVAL

Si le privé était immaculé, cela se saurait ! Que faites-vous de l’esprit mercantile ?
Vous vous souvenez peut-être de la recherche, débutée en 2008, nommée : « l’Observatoire », et qui fut créée pour analyser les impacts du nouveau fonctionnement de l’école primaire (nomination d’une centaine de directeurs d’établissement scolaire).
Mandat avait été donné par le DIP à quatre experts soi-disant indépendants dont le coordinateur G.S. (professeur émérite à l’Université de Bourgogne) était venu lors d’une assemblée de la Société pédagogique genevoise (SPG) expliquer qu’il était un chercheur indépendant et neutre puisque n’étant pas de Genève !
Argument simplet ! Comme si l’objectivité intellectuelle dépendait du lieu géographique de son habitat !
Ce que le coordinateur avait, par contre, omis de mentionner, c’est qu’il avait déjà reçu des mandats du magistrat en charge de l’éducation, dont celui d’avoir été convié, comme “expert”, dans l’élaboration et la mise en place du nouveau fonctionnement de l’enseignement primaire.
Cela ne gênait donc nullement ce “chercheur-expert-indépendant” de devenir le coordinateur d’une enquête censée évaluer un fonctionnement auquel il avait participé.
Il dirigeait, en quelque sorte, les travaux pour valider le bébé dont il était un des géniteurs, oubliant sans vergogne qu’on ne peut à la fois être juge et partie !
Enfin, quand on connaît les modestes retraites en France (même dans le monde universitaire !!!), on comprend que le professeur émérite français ne voulait pas chagriner le magistrat en charge de l’éducation et risquer de tuer, du même coup, la poule aux œufs d’or.
Pour avoir participé à cette enquête, dans un groupe (il y avait 3 groupes) parmi les personnes interrogées (dont j’avouerai que j’étais la moins virulente !!!), je peux vous assurer que je n’ai retrouvé aucune trace de ces échanges dans les résultats finaux. CENSURE !
Enfin, chacun peut se faire sa propre idée en tapant sur internet « Observatoire DIP » !
L’analyse est saisissante !
Un vrai panégyrique du nouveau fonctionnement de l’école primaire genevoise !
Donc, pour conclure Monsieur Duval, les recherches en éducation “fiables” (pour reprendre votre qualificatif), je n’y crois pas vraiment.
Pourtant, une bonne recherche en éducation, ça existe. Elle n’est pas une recherche qui donne une réponse nette et soi-disant neutre. Mais, elle amène plutôt de nouvelles questions et montre que les évidences (en éducation) sont dangereuses. Une recherche honnête en éducation complexifie et met en garde les décideurs des politiques scolaires envers leurs démangeaisons de réformes hâtives et insuffisamment pensées !

Écrit par : Michèle Roullet | 07/03/2013

Je m'en souviens très bien! Je vous accorde que trouver une entreprise indépendante n'est pas chose facile (voire impossible) si on en laisse le choix au seul et unique DIP. Il faut donc un contrôle, qu'il reste à....imaginer! Eventuellement un groupe de députés?

Écrit par : Duval | 07/03/2013

C'est un débat d'initiés.
Admettons qu'on trouve l'entité neutre, objective, indépendante et rigoureuse qui permettrait de proposer à nos autorités la meilleure école possible aujourd'hui, à tous les niveaux.
Que feront les élus des ces travaux d'experts idéalement incontestés ?
Ils s'écharperont en fonction de leurs orientations, leurs philosophies, les mots d'ordres de leurs partis et réduiront à peau de chagrin un travail énorme et certainement coûteux.
Puis ils céderont aux sirènes électorales actionnées par des parents soucieux de cette ixième réforme faite sur le dos de leurs rejetons. Pauvres cobayes de technocrates qui ne seront pas compétitifs dans un monde globalisé et cruel.
C'est d'ailleurs un des autres aspects qui réduira considérablement l'impact de ces études; que font les autres ? Comment évoluent nos voisins, pour quels résultats (issus des mêmes études et projections par leur SRED respectifs) ? Et en Asie, en Chine...
Analyser les questions sociétales, et tout particulièrement l'éducation, au niveau cantonal me semble un exercice aussi vain que risqué.
Mais c'est la seule boussole qui permet à nos magistrats de rendre des comptes "validés".

Écrit par : Pierre Jenni | 13/03/2013

@Pierre Jenni

Oh, je ne parle pas d’experts… Relisez mon billet. C’est Monsieur Duval qui mentionne les experts (et même les députés).
Mais, je vous approuve, pour faire de la recherche, il faut être éloigné de la politique et du pouvoir ! Par contre, lorsque vous écrivez :
« Analyser les questions sociétales, et tout particulièrement l'éducation, au niveau cantonal me semble un exercice aussi vain que risqué. Mais c'est la seule boussole qui permet à nos magistrats de rendre des comptes "validés ».
Mais, validés par qui… Vous vous laissez entrainer par les sirènes du pouvoir ! J’écrirai prochainement un billet pour illustrer comment des analyses de recherches en éducation ont été intentionnellement perverties !!!

Écrit par : Michèle Roullet | 13/03/2013

Permettez-moi de préciser ma pensée.
J'ai mis le terme "validés" entre guillemets pour une bonne raison.
Je partage votre scepticisme et me mets simplement dans la peau du responsable au DIP.
Je n'ai pas très bien suivi son parcours, mais il m'a semblé qu'il était plutôt ouvert et à l'écoute d'une bonne partie du corps enseignant qui essaie de réformer l'école à papa.
C'est un travail d'artiste que d'essayer de rassurer les géniteurs et les défenseurs d'une école qui a fait ses preuves en même temps que les évolutionnistes et autres visionnaires qui envisagent une société plus axée sur la coopération que sur la compétition.
Et puis, en fin de compte, on n'a que ce qu'on mérite. Le jour où les jeunes iront voter... il est bon de rêver un peu, non ?
Visiblement il a fait marche arrière devant la fronde de l'ARLE et des associations de parents.
Le combat de l'ARLE a aussi sa raison d'être. Ma fille, qui a 16 ans, a fait les frais d'un enseignement "progressiste" de l'orthographe. Ses notes en français son péjorées par cette faiblesse alors que le contenu est plutôt de bonne tenue.
Pourtant nous y viendrons, tôt ou tard, en ajustant le tir. Le privé a déjà fait le pas depuis 20 ans, du moins dans une certaine mesure. Mais je n'attends pas grand-chose de nos élus qui surfent sur la vague d'un électorat plutôt âgé et conservateur.
Mais surtout, nous ne pouvons aller plus vite que la musique et la Suisse, Genève à fortiori, paierait trop cher un avant-gardisme dans ce domaine.
C'est aussi à ça que servent les évaluations du SRED et de PISA. J'ai bien compris que vous ne les remettiez pas en question mais plutôt les organes serviles qui veulent ou doivent plaire au "prince".

Écrit par : Pierre Jenni | 13/03/2013

Les recherches PISA devaient initialement permettre de comparer des compétences de jeunes placés dans différents systèmes scolaires. Son but : comprendre comment fonctionnent les apprentissages, cibler ce qui semble fructueux dans des méthodes d’enseignement.
Mais, PISA a vite dégénéré et alimenté les orgueils nationalistes quand il n’est pas devenu l’alibi des décideurs des politiques scolaires pour imposer tout et n’importe quoi.
Les chercheurs (qui ne sont pas des organes) ne sont pas serviles… ni dupes, mais plutôt dépossédés de leurs analyses, de leurs statistiques par leur “patron”, qui peut régner en prince et exploiter ces travaux à sa guise, quitte à tronquer les résultats des chercheurs pour exercer son pouvoir !
Or, il peut être périlleux (et inconscient, surtout si on a une famille à charge…) de la part d’un employé de contredire ou corriger sa hiérarchie…

Écrit par : Michèle Roullet | 14/03/2013

De l'intégrité en politique.
La préoccupation première d'un élu c'est d'être reconduit pour un second mandat au moins s'il veut avoir le temps de faire un travail visible.
Peut-il prendre le risque d'annoncer des chiffres dont il devra assumer la responsabilité alors que c'est le résultat de la politique de son prédécesseur ?
Les électeurs commencent à donner des signes d'impatience. Les derniers votes sanction du 3 mars sont évocateurs. Marre d'être pris pour des imbéciles.
En Italie, Beppe Grillo exige que les sénateurs soient blancs comme neige. D'ailleurs il ne se présente pas car il a une casserole. Il propose aussi qu'ils ne soient éligibles que pour deux mandats puis ils doivent revenir à leur occupation antérieur. C'est peut-être un peu vache, mais c'est un premier pas vers plus de sincérité, d'honnêteté en politique.

Écrit par : Pierre Jenni | 14/03/2013

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