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29/10/2012

Marchands de doute

C’est sur le thème du savoir au service des droits de l’homme que le Dies Academicus a tenu, le 12 octobre dernier, sa cérémonie.

L’édition 2012 a permis de décerner le titre de docteur honoris à cinq prestigieuses personnalités et de remettre divers prix et médailles.

Mais, cette cérémonie restera surtout dans les mémoires comme un moment privilégié, où des intervenants ont su mettre une belle langue au service d’une belle pensée.


Parmi les orateurs, je citerai Michel Serres.

Il est vrai que ce philosophe et scientifique possède l’art de captiver son auditoire, en usant de l’art du récit avec, ce qui ne gâte rien, un fond d’accent gascon, qui enracine cette voix dans du concret palpable et saisissable. C’est avec un personnage qu’il nomme, dans une métaphore filée, sa petite Poucette, que Michel Serres nous ouvre, avec internet, l’espoir d’un monde plus démocratique.

Une autre intervention remarquable, et qui faisait peut-être le pendant de l’optimisme de Michel Serres, a été celle du recteur de l’Université de Genève, le Professeur Jean-Dominique Vassalli.

Plaidant pour un savoir universitaire exigeant, le recteur de l’université dénonçait les marchands de doute. Pour lui, le doute, semé volontairement, mettrait même en péril nos sociétés. A cet égard, le rôle de l’université serait d’apprendre aux étudiants à poser correctement des questions pour surmonter les incertitudes et dépasser l’ignorance. Effectivement, il est pertinent de rappeler la dimension pernicieuse du doute ! Car, le doute n’est pas l’étonnement ! Il en est même son contraire. L’étonnement a une valeur heuristique. L’étonnement amène à poser des questions et est à la base de la connaissance scientifique ou philosophique comme le montrait Jeanne Hersch.

Le doute avec ses tentacules paralysants entretient la confusion mentale et conduit à l’aveuglement.

Ne croyant à plus rien, ne faisant plus confiance à personne, on se replie sur soi, on s’enferme dans sa bulle.

Le doute est la porte ouverte au désespoir et partant de là au fanatisme. Pour éviter que d’autres Jeremy (le jeune français, embrigadé dans une mouvance terroriste et entraîné dans des camps afghâns pour devenir un poseur de bombes) ne s’égarent, il faut chasser les marchands de doute.

Chasser les marchands de doute ! Tâche difficile à l’heure où le monde s’enlise dans une crise économique, où 50% des jeunes Espagnols sont au chômage, où les magouilles et tricheries servent souvent de leviers à une “réussite” facile pour des sportifs (Amstrong), des banquiers (le trader Kerviel), des gouvernements (les faux bilans de la Grèce)… et où vendre le doute sert les intérêts de mafieux, de potentats ainsi que ceux du consumérisme.

Pour chasser le doute, il faut aussi commencer dès les classes maternelles !

Or, l’école, aujourd’hui, s’égare. Voulant, dès les classes enfantines, par un souci d’efficacité, frotter l’élève aux réalités du monde, elle l’abreuve des maux de notre planète (la pollution, la destruction des forêts, le tri des déchets, le réchauffement climatique…). Pétrie d’une vision managériale, l’école entretient ainsi une forme de désespérance. Si l’école peut bien apprendre aux élèves à trier les déchets et à se familiariser avec des règles de nutrition (comme elle a transmis au XIXe des règles élémentaires d’hygiène), elle doit néanmoins penser à la dimension du rêve et tisser des récits pour que l’enfant puisse surmonter ses angoisses, avoir envie de découvrir le monde et de construire l’avenir, vouloir grandir…

Là, l’enseignant pourrait à son tour inventer une petite Poucette ou puiser dans des contes existants en y mettant du ton et de l’ardeur. Car, raconter des histoires, des récits épiques, les aventures de la science, les voyages des grands explorateurs, la découverte de l’espace, c’est transmettre des modèles à admirer.

Or l’admiration et l’imagination, en éducation, ne sont pas ennemies de la rigueur !

A ce sujet, Michel Serres en est l’exemple vivant !

 

 

00:28 Publié dans Actualités, politique scolaire | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

Commentaires

Vous liquidez un peu sommairement le doute, en le réduisant à sa première étape, la remise en question des dogmes et des opinions communes, sans montrer que ce n'est là précisément qu'une étape vers la construction d'un savoir et d'une opinion mieux informée et plus libre.
Ce qui peut être critiquable ce n'est pas le doute en soi, mais son usage simpliste, qui s'apparente plus à une sorte de nihilisme ou un pessimisme sans ouverture vers l'avenir, qu'au germe d'un renouvellement.
Il va donc de soi,me semble-t-il qu'il ne doit pas précéder, dans la construction de personnalité et du savoir de l'enfant, la somme nécessaire de certitudes qui lui permettent plus tard de porter des jugements sur ces certitudes mêmes, et cela à partir de quelque chose de provisoirement acquis.
Sinon, que faire de Montaigne? ;-)

Écrit par : Mère-Grand | 30/10/2012

Merci de votre commentaire!

Le doute a été aujourd’hui trop valorisé. Il s’agit peut-être de le remettre à sa juste place Il y a le doute morbide, qui se nourrit d’une raison déraisonnable, qui sape la confiance, inhibe nos actions et justifie nos lâchetés. Ce doute est exploité sans scrupule par des marchands de doute, qui ont tout intérêt à polluer les esprits.

Mais, il existe aussi le doute philosophique, qui est une exigence de la pensée.
Ce doute, qui prend sa source dans l’étonnement, use de la raison critique. Il applique alors le doute méthodique, qui nous permet de rejeter une pensée toute faite et de prendre la mesure de notre ignorance.
Ce doute là, vous avez raison, ne doit pas être liquidé !

Écrit par : Michèle Roullet | 31/10/2012

"le doute philosophique, qui est une exigence de la pensée.
Ce doute, qui prend sa source dans l’étonnement,"

J'en doute fortement ! Non, le doute est une exigence morale élémentaire en science. Et par science, il faut entendre connaissance en général et non seulement les sciences au sens strict. Pour en revenir à Montaigne, c'est le fait de l'honnête homme de ne pas avaler tout cru ce que lui livre les diverses sources d'information et de connaissance. Voyez l'étude du professeur Séralini, intégralement conçue pour réaliser les objectifs des anti-OGM...
"Dubito ergo cogito, cogito ergo sum"

Les dogmatiques cherchent à resserrer les boulons et veulent le respect de l'autorité. On le voit avec le pouvoir judiciaire qui veut imposer sa vision à lui au peuple suisse. Par exemple sur l'internement à vie...

Écrit par : Géo | 31/10/2012

Pour Géo,

Les dogmatiques sont-ils vraiment ceux qui font appel à l'argument d'autorité? J'en doute!
Le dogmatique n'est-il pas celui qui ignore qu'il est dogmatique? N'est-il pas celui qui prétend au contraire ne dépendre d'aucune autorité (“autoritas”)
Si les dogmatiques étaient si repérables, le monde irait mieux!
Vous prétendez que c'est "le pouvoir judiciaire qui veut imposer sa vision". En êtes-vous sûr?
Il me semble que cette absurde loi sur l'internement à vie a été initiée par la vox populi!

Écrit par : Michèle Roullet | 01/11/2012

"cette absurde loi sur l'internement à vie a été initiée par la vox populi!"
Je me répète, mais historiquement, on est passé de la peine de mort - dont le côté définitif ne vous échappe probablement pas...- à la prison à vie. Les partisans de la peine de mort ont accepté de céder sous cette condition. Aujourd'hui, on assiste chez les pénalistes (entre autres André Kuhn, UNIL) à la volonté de supprimer la prison pour les criminels...
Vous traitez probablement cette loi d'absurde parce que l'accent "humaniste" (?) est aujourd'hui mis sur les droits du criminel, quels que soient les crimes qu'il ait commis, et entre autres droits, celui de voir sa "guérison" prise en compte par la justice pour voir diminuer sa peine. Que sa peine représente un châtiment de ses crimes n'entre pas en ligne de compte pour ces "humanistes", et tout le monde n'est pas d'accord avec cette conception, puisque le peuple suisse dans sa majorité s'y oppose et réclame la protection de la société avant le bien-être du criminel. Soyez assez gentille à partir de là de bien vouloir m'expliquer en quoi cette loi est absurde...

"Les dogmatiques sont-ils vraiment ceux qui font appel à l'argument d'autorité?"
C'est une tautologie. Ils font appel à l'argument d'autorité du dogme...
Et non, en faisant appel au dogme (par exemple à l'ersatz d'humanisme que nous servent les juges du type Rouiller ou Lachat...), ils n'ignorent absolument pas leur démarche...

Sur l'ersatz d'humanisme : quand prendra-t-on enfin en compte le droit de la société d'être protégée ? Les impôts que les citoyens paient doivent-ils être à ce point utilisés en faveur des criminels, sans voir les risques que courent une certaine partie de la population, les faibles en général ?
Pourquoi les juges et les psychiatres qui remettent en liberté des assassins dangereux ne sont-ils jamais attaqués quand leurs protégés commettent à nouveau des crimes bien prévisibles par le commun des mortels ? Werner Ferrari a bouchoyé une jeune fille à Zurich quelques heures après être sorti de prison. Moritz Leuenberg, alors ministre de la justice au Canton, a fait la carrière politique que l'on sait. Alors "absurde" loi sur l'internement...

Écrit par : Géo | 01/11/2012

Ce ne sont pas des marchands de doute, mais des marchands de peur. Greenpeace, Les Verts, les Socialistes ont intérêt à susciter la peur chez les gens et non le doute. C'est leur fond de commerce.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 01/11/2012

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