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03/06/2012

Boycott des "instits"

Lors de l'assemblée générale de la Société pédagogique genevoise (SPG) du mardi 29 mai 2012, les enseignants du primaire ont voté, à une très large majorité, le boycott du nouveau bulletin scolaire des 1P et 2P (Harmos).

Mon dernier billet (« L'école, cette pécore ») était justement consacré à l'excentricité de cet objet, totalement inadapté, et qui n'a donné lieu à aucune concertation avec les enseignants.

 


Je rappelle que la feuille d'évaluation du 3ème trimestre des carnets des 2P, récemment envoyée dans les écoles genevoises, demande aux enseignants d'évaluer, entre autres, les compétences acquises par leurs élèves (qui ont 5 ans en début d'année !) dans les « Langues » et les « Sciences humaines et sociales » !

N'arrivant pas à se faire entendre par leur hiérarchie, les enseignants ont lancé une pétition contre ces évaluations (pétition qui a récolté 1200 signatures en un mois !). Puis, par dépit et par conscience professionnelle, ils ont décidé de boycotter ce nouveau bulletin scolaire.

Comment expliquer un tel dysfonctionnement au sein d'une institution scolaire, qui se targue pourtant de vouloir « renforcer la démocratie et la participation » en instaurant le dialogue entre les partenaires ? Les Conseils d'établissement n'ont-ils pas été créés avec cet objectif ?

Comment concevoir un bulletin scolaire sans consulter les enseignants ?

D'où vient ce dysfonctionnement ?

La grande maladie de l'école aujourd'hui (et pas seulement à Genève), c'est qu'elle a voulu, comme toutes les entreprises, adopter « pour être plus efficace » les procédures d'évaluation tirées du "management" des entreprises.

Premier signe de cette mutation au DIP : l'augmentation exponentielle de postes de hauts cadres ! Deuxième signe : l'invasion d'une terminologie obsédée d'évaluation. Ainsi au sein des établissements scolaires, on ne parle plus de lecture, de grammaire, d'écriture, de discipline...(les services didactiques ont d'ailleurs été fermés par le chef du DIP), mais de :

  • l'évaluation des projets d'établissement;
  • l'évaluation des compétences des enseignants;
  • l'évaluation des compétences de l'équipe des enseignants;
  • l'entretien d'évaluation et de développement personnel, qui a comme sous titre: «Moment privilégié de dialogue entre la hiérarchie et les collaborateurs».

Avec cette idéologie "managériale", le "justifier" et le "rendre compte" sont des leitmotive qui imposent des méthodes "précises" et l'utilisation d'instruments "pertinents", censés améliorer le fonctionnement de l'entreprise en la rendant plus efficace. La dernière cible de ces procédures : les élèves !

Est-il besoin de préciser que face à ces nouvelles démarches et procédures managériales, les enseignants ont été dépossédés de leur savoir professionnel et écartés de toute décision scolaire et même de la formation des enseignants.

Désormais, l'école est gouvernée par des sociologues, des diplômés de management et de RH (ressources humaines), des psychologues du travail, des gestionnaires...

Ces décideurs des politiques scolaires, totalement déconnectés des réalités du terrain et ignorants du développement de l'enfant, veulent plaquer leurs procédures d'évaluation sans connaître le contexte ni les destinataires.

C'est ainsi qu'on arrive à vouloir évaluer les « Sciences humaines et sociales » chez des enfants de 5 ans !

Au secours Rousseau, reviens à Genève ! L'école devient folle !

 

 

23:52 Publié dans politique scolaire | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

Commentaires

La gangrène poursuit son chemin...avec la bénédiction des voyous du DIP.
Bravo pour ce billet.

Écrit par : Duval | 04/06/2012

Ah le DIP...
On y entretient depuis longtemps de trop nombreux technocrates qui coùte très cher aux contribuables et qui pourissent la vie des enseignants.

Écrit par : bidouille | 04/06/2012

Les élèves sont évalués tout au long de l'année. Lors des entretiens, les enseignants font part aux parents de la progression de leur enfant. Ce dialogue permet de construire un rapport positif aux apprentissages contrairement à l'ajout d'une croix qui, à cet âge, est inutile et risque de stigmatiser l'élève dans ses difficultés.

Il est nécessaire, lors de ces deux premières années d'école au combien précieuses, de laisser aux enfants le temps de grandir et d'apprivoiser le monde l'école dans les meilleures contions possibles.

Christophe Blandin
www.ame-ge.ch

Écrit par : Christophe Blandin | 12/06/2012

Cet blog est intéressant et j'aimerais l'envoyer à une copine. J'espère qu'elle en appréciera beaucoup. Elle aime tellement vous lire! merci

Écrit par : faire part naissance fille photo | 29/06/2012

Très intéressant!! Merci Milles fois!

Écrit par : mutuelle expatrié | 03/07/2012

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