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26/05/2012

L'école, cette pécore !

L'école est un bel observatoire pour scruter les lieux communs d'une époque. Voulant atteindre un large public, l'école adopte sans retenue les concepts les plus usés de son temps.

A cet égard, exemplaire est la dernière cuvée des bulletins scolaires, qui vient d'être distribuée aux enseignants du primaire pour les évaluations du 3ème trimestre de l'année scolaire 2011-2012 (les carnets se construisent tout au long de l'année avec des feuilles glissées dans des chemises plastiques).

 


J'utilise, évidemment, intentionnellement, cette métaphore vinicole en parlant d'école et plus précisément du carnet scolaire. Car, depuis quelques années, les bulletins scolaires (tout comme le Beaujolais nouveau !) se suivent avec une régularité déconcertante. Bien que présentés, à chaque fois, comme le bulletin adapté et d'une qualité optimale, ces carnets doivent être consommés rapidement, car ils vieillissent mal.

En guise d'illustration, voici le dernier bulletin scolaire, destiné aux élèves de 2ème primaire Harmos (précédemment les 2ème enfantines).

Rappelons qu'en début de 2P, les élèves ont 5 ans !

 

école bulletin scolaire 2P.jpeg

Pour ceux qui ne comprendraient pas très bien les concepts simples et évidents, employés dans ce Bulletin scolaire (qui devrait, avec le Plan d'étude romand, être introduit dans toute la Romandie), précisons que :

« Langues » est ici au pluriel, non pas parce que l'élève à 5 ans débuterait à l'école l'apprentissage d'une nouvelle langue, mais parce que cet item comprend la lecture et l'écriture.

« Mathématiques et Sciences de la nature » sont mises dans la même catégorie, car, paraît-il, ces disciplines seraient, plus ou moins, pareilles. Elles permettraient aux élèves de réfléchir et de résoudre des « situations problèmes » ! Pourtant au XIXe siècle, les mathématiques et les sciences de la nature étaient considérées comme des disciplines antinomiques : la première tirant ses principes de la logique et de la déduction, la seconde de l'observation et de l'induction. Mais, les auteurs de ce carnet, n'ont-ils jamais entendu parler de ces opérations mentales ?

« Sciences humaines et sociales » : bien que cette catégorie reste un peu confuse pour les enseignants, il s'agirait, ici, d'évaluer l'histoire, la géographie, les compétences civiques et culturelles...

« Arts » est au pluriel, car cette catégorie englobe le dessin, la peinture, la musique, le chant, sans inclure toutefois la rythmique qui entrerait, elle, dans la dernière catégorie.

« Corps et mouvement » est la dernière catégorie où se trouvent la gymnastique, la rythmique et l'éducation nutritionnelle.

Voilà, c'est tout simple !

Ce nouveau livret scolaire, fruit de collaboration de nombreux “experts ès école”, reflète bien l'esprit sérieux de notre époque.

L'avenir dira si notre époque si sérieuse est restée raisonnable. Car, assurément, évaluer les compétences d'élèves de 5 - 6 ans en « sciences humaines et sociales », c'est tout de même un peu gonflé !

Enfin, cela impressionne et montre combien nous vivons dans une époque moderne, qui a de l'ambition pour ses enfants !

Cela étant, espérons que l'école ne finira pas comme une certaine grenouille de La Fontaine ! Vous savez : « cette chétive pécore (qui) s'enfla si bien qu'elle creva » !

Seulement voilà, une dernière question taraude les enseignants. Quelle sera la durée de vie de ce nouveau "Bulletin scolaire" ? Au sein des établissements scolaires genevois, les paris sont lancés. Certaines mauvaises langues prétendent qu'il ne durera pas même une année.

Alors buvons-le d'une traite !

ET, SANTE à TOUS !

 

 

 

 

11:04 Publié dans politique scolaire | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |

Commentaires

Je ne sais pas jusqu'où ces "fameux" experts iront!
Jamais la formule de ce collègue n'a été à ce point d'actualité:
L'ECOLE GENEVOISE EST MALADE DU NOMBRE DE GENS QUI, HORS DES CLASSES, REFLECHISSENT AU BIEN-ETRE DE CEUX QUI EN ONT UNE¨!!!

Écrit par : Duval | 26/05/2012

En novembre 2013, il faut un radical au DIP.

Écrit par : Pascal Décaillet | 26/05/2012

En novembre 2013, il faut un radical au DIP.

Écrit par : Pascal Décaillet | 26/05/2012

Excellent!

Écrit par : Le diplomate | 26/05/2012

C'est très beau tout ça, mais pourquoi ne pas citer les NOMS des personnes qui ont produit ces aberrations ? Ces experts sont-ils si dangereux (représailles, crainte de licenciement) qu'ils ne peuvent être nommés ? Parce que finalement le seul nom qui va venir à l'esprit de tout un chacun est celui de M.Charles Beer, qui est sans doute le responsable final mais me paraît porter bien aisément le chapeau…

Écrit par : Jean-Paul Muller | 27/05/2012

@ Jean Paul Muller,

Merci pour votre commentaire! Mais, nous sommes avec le “Bulletin scolaire” (comme avec le “Plan d'étude romand”: le PER) dans le cas de figure d'un travail d'équipe.

Or, ce mode de travail, si prôné au DIP et d'une manière générale dans le monde professionnel actuel, permet que plus personne ne réponde de rien ni n'assume de responsabilité.

Écrit par : Michèle Roullet | 27/05/2012

Complément pour Jean-Paul Muller :

S’il est vrai que ce “Bulletin scolaire” n’a, en quelque sorte, pas d’auteur, la décision de l’adopter dans l’école publique genevoise appartient, in fine, au chef du DIP !

Écrit par : Michèle Roullet | 28/05/2012

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