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11/03/2012

Ecole et... l'air du temps

Le résultat du vote pour l'école le mercredi est sans ambiguïté. Les électeurs, à 65 %, disent « oui » à l'augmentation de l'horaire scolaire pour les écoliers de 8 à 12 ans. Ce plébiscite est d'autant plus affligeant que toutes les recherches en éducation montrent que les horaires très ou trop chargés péjorent les performances scolaires. Or, Genève, à cet égard, a déjà un horaire scolaire au primaire parmi les plus chargés de Suisse et donc les plus lourds d'Europe.

Comment interpréter ce vote, si ce n'est que l'école fait toujours corps avec les idées de son temps.

 


A notre époque technicienne, obsédée de rendement, les politiques scolaires s'inspirent de l'économie et plus précisément du « management » des entreprises dans lequel l'enfant n'est pas épargné.

Soumise à des indicateurs de performance, l'école est pressée, compressée et l'élève invité à consommer toujours plus d'école. Cette vision de l'école est triste, mais bien dans l'air du temps...

Par ailleurs, il est vrai que, dans ce vote sur l'horaire scolaire, il s'agissait moins de penser au bénéfice de l'enfant, qu'à simplifier la vie des familles, des entreprises (en freinant pour le patronat le temps partiel du travail) et à lutter contre les enfants qui traîneraient dans la rue (tâche qui devrait être prise en charge par les services sociaux). Enfin, si ce vote favorise les carrières des femmes, il aura au moins un aspect positif.

On peut imaginer que le Conseiller d'Etat en charge du DIP va savourer sa victoire. Néanmoins, les contrevérités, qu'il a tout au long de cette campagne diffusées pour faire passer sa loi, lui ont fait perdre tout crédit auprès du corps enseignant et sans doute aussi au sein d'une partie de la population. Discréditer si gravement l'école genevoise pour une personne qui devrait la diriger est une faute grave et impardonnable. Mais il est vrai que penser l'éducation est difficile, manipuler l'opinion publique l'est un peu moins !

Enfin, les enseignants du primaire ont mal su défendre les élèves et n'ont pas réussi à faire comprendre combien cette augmentation de l'horaire scolaire va dégrader (encore un peu plus) l'encadrement des élèves. Secoués par les accusations incessantes (d'être paresseux, de défendre leurs privilèges...), pas soutenus par les enseignants du secondaire, les enseignants du primaire n'ont pas réussi à s'engager suffisamment dans cet enjeu majeur de l'école genevoise. Il faut reconnaître que la manipulation des chiffres par le pouvoir qui a su user d'un ton culpabilisant (faire croire que l'écolier genevois est le cancre de la Suisse !) a naturellement favorisé une attitude défaitiste chez les enseignants du primaire. C'est d'ailleurs, au-delà de ce vote, l'aspect le plus inquiétant pour l'avenir de notre école.

Car, enseigner, ce n'est pas simplement transmettre le plus longtemps possible et le maximum de connaissances, mais c'est être capable d'exciter l'intelligence des enfants et d'enflammer leur désir d'apprendre. L'enthousiasme est le grand levier de l'éducation et de l'instruction. On semble l'avoir oublié dans ce vote où une certaine éthique a fait défaut.

Que l'on puisse dans les négociations futures sur l'école mettre l'élève au centre de nos débats !

 

 

 

 

 

15:58 Publié dans politique scolaire | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook | | |

Commentaires

Nous sommes nombreux à penser comme vous:"Discréditer si gravement l'école genevoise pour une personne qui devrait la diriger est une faute grave et impardonnable."

Écrit par : Lulu Berlue | 11/03/2012

Un merci très chaleureux pour votre engagement envers les enfants!
c'est vrai qu'actuellement, on perd de vue la nature profonde de l'enfant au profit de données à la mode.
On le voit en pédiatrie quand un enfant, par exemple, exprime un désarroi par de la fièvre et qu'on se contente de lui donner un fébrifuge.
Ou encore quand il fait une crise d'eczéma et qu'on le tartine de pommade à la cortisone sans s'intéresser à la cause profonde de sa crise et aux moyens d'y remédier.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 11/03/2012

Je rejoins Lulu Berlue et partage son avis et votre position à 100%.
Quelle direction l'école primaire prend-t-elle ? Et à qui la faute ?!

Écrit par : EC | 11/03/2012

Chère Madame Roulet,

Je ne suis pas certain que ce soit M. Beer qui discrédite l'école genevoise, bien au contraire. Le dernier paragraphe de votre article est édifiant. Je ne sais pas dans quel monde vous vivez, chère Madame. Quand je vois l'attitude des élèves qui s'inscrivent au postobligatoire ou dans les formations professionnelles, je me dis qu'il serait temps que les chercheurs en éducation sortent de leur labo et aillent se confronter aux réalités du terrain. Certes, une minorité d'entre eux va plutôt bien. Mais hélas, ce n'est pas le cas de la majorité. Incapables d'aligner deux phrases correctes, incapacité notoire en matière de raisonnement mathématique de base et j'en passe.
Alors, assez de discours et au travail, dans l'intérêt des enfants d'abord.

Je suis toujours attristé de voir le nombre d'élèves que nous laissons sur le bord du chemin, simplement parce qu'ils ne possèdent pas le minimum vital pour survivre en milieu scolaire. Nous essayons de les prendre là où ils se trouvent pour les amener là où on doit. L'écart est hélas souvent trop important. C'est juste inadmissible ! Certes, 4 heures hebdomadaires de plus ne va pas tout résoudre, mais c'est un bon début. Continuons en leur donnant le goût de l'effort, en les motivant, en les entraînant régulièrement à l'effort. Le désir d'apprendre suivra tout naturellement.

Cordialement.

Écrit par : Galileo | 11/03/2012

@Galileo --> J'enseigne à l'Université. Lorsque je vois le niveau de français (et en sciences) des étudiants (porteurs d'une "maturité" qui ne veut plus rien dire), je me pose tout comme vous des questions quant à ce qui a été travaillé en amont.

Chacun se renvoie la balle ; le P.O. critique le C.O. et l'école primaire, le C.O. critique l'école primaire et le primaire reproche aux parents ou la crèche de leur envoyer des enfants qui n'ont pas été assez stimulés.

Enfantin comme raisonnement...

Quoi qu'il en soit, le C.O. et le secondaire postobligatoire devraient eux aussi se remettre en question. Peut-être qu'avec une demi-journée en plus...

Écrit par : Copernic | 11/03/2012

Et maintenant, que vais-je faire ?
Il faudra attendre encore 6 ans pour que nous puissions évaluer les effets positifs de cet ajout de 4 périodes. M Beer sera depuis longtemps à la retraite et un autre ministre du DIP aura peut-être inventé une autre réforme qui se dégonflera à son tour. Nous serons en 2018.

Ne nous illusionnons pas,ce n'est pas en mettant davantage d'allemand, de gym et deux heures d'anglais aux primaires que le français de nos petits genevois va s'améliorer...La présidente du GAPP s'enlise à croire que les tests PISA vont démontrer un progrès dans l'apprentissage du français. PISA ne teste que trois objets: le niveau de compréhension de la lecture et les aptitudes en maths et en sciences. Tout le reste ne sont que mensonges et divagations. Circulez, il n'y a rien à voir.
Le population a cru M Beer quand il lui a proposé de prendre en charge ses enfants une demi-journée supplémentaire. Elle aurait eu tort de s'en priver... Pensez ! pour 20 mio (1 % du budget du DIP), on vous promet plus d'école, la réussite scolaire, l'éducation, la lutte contre les inégalités, l'aide aux élèves en difficultés, du dessin, des sciences, de la musique, de la gym, le maintien du tournoi scolaire de foot et même un lunch à midi! Bref... on comprend mal les 35 % de fous qui ont voté NON à tant de bonheur !
Ne dit-on pas que ce sont les promesses qui rendent les fous joyeux ? Moi, ce soir, je suis triste, surtout pour les enfants qu'on a puni injustement.

Écrit par : J-F Girardet | 13/03/2012

Malheureusement, cette réforme ne se dégonflera pas! L'écolier genevois perdra ce congé en milieu de semaine qu'il avait depuis 1888, et que la plupart des recherches en éducation évalue comme l'horaire le plus adapté pour l'enfant de cet âge-là!

Ma foi, l'évolution du monde du travail, les égoïsmes et ambitions personnels ont mis de côté le bien de l'enfant (même si pour certains, ceux qui traînent dans la rue... cette réforme pourrait être bénéfique - toutefois transformer l'école en garderie ou en assistante sociale n'est pas sa fonction première!).

Quant aux effets positifs ou négatifs, nous ne pourrons pas même les évaluer, car en 2018, les tests PISA ne seront plus passés par canton. Les comparaisons cantonales n'existeront donc plus! De toute manière, lorsque l'on voit comment ces résultats ont été manipulés, instrumentalisés pour des ambitions politiques sans que personne (pas même un journaliste) n'aille les vérifier, on ne regrettera pas ces tests tels qu'ils sont menés actuellement.

Enfin, la retraite de M. Beer, beaucoup l'attendent avec plaisir et impatience! Mais, là encore, c'est presque dommage, car il n'aura pas même à mettre en application sa loi qui sera un vrai casse-tête pour son successeur et un gouffre financier pour les contribuables genevois, qui pourront alors pleurer!

Écrit par : Michèle Roullet | 13/03/2012

Je suis, quand à moi, frappé de la différence entre la méthode de travail rigoureuse dont bénéficie mon enfant qui fréquente l'école primaire et celle, trop désorganisée et insuffisamment systématique que subit mon enfant qui fréquente le C.O.
C'est surtout dans l'organisation des devoirs, leur régularité, leur enregistrement par les élèves et leur contrôle précis que je vois la différence. Il ne s'agir pas de faire le procès des enseignants du cycle, dont certains échappent d'ailleurs au constat que je fais, ni de reporter sur les enseignants les manques des élèves.
L'impression que j'ai, c'est que la plupart des maîtres de l'enseignement travaillent comme des pédagogues (au sens noble du terme), alors qu'au C.O. certains, plus intéressés au départ par la discipline qu'ils enseignent, mais coupés de l'accomplissement qu'ils auraient (peut-être et pour les meilleurs d'entre eux) connus en poursuivant leur cursus, ne désirent pas se plier aux exigences que pose la tâche d'enseigner à des élèves qui "ne savent pas", pour certains "ne voient pas l'intérêt" pour d'autres, mais sont tous, à des degré divers, déboussolés et dépassés. Dépassés non tant devant le travail à faire, que l'obligation de faire face en même temps aux problèmes de leur adolescence et à des exigences tout à coup trop différentes de celles qu'ils ont connues auparavant.
C'est dans ce domaine, me semble-t-il que pourrait être fait un travail efficace pour la réussite d'un plus grand nombre, plus que dans celui des théories plus ou moins scientifiques. L'enseignement doit être vu comme un véritable métier, un métier intellectuel il va de soi, mais un métier avec des exigences pratiques et des exigences de caractère. Par cette dernière remarque, je fais allusion au comportement et au savoir vivre face aux élèves, qui manque parfois cruellement de maturité.

Écrit par : Mère-Grand | 13/03/2012

oui c'est vrai madame vous avez raison!

on devrait davantage attendre de patience et de compassion de la part des enseignants du co, de bienveillance fondamentale surtout: prendre des adolescents pour des adultes en devenir et non plus comme des enfants à bichonner, c'est vraiment trop les brusquer et risquer de graves traumatismes (irrémédiables bien sûr).

il y a quelque chose de criminel dans l'attitude de ces enseignants qui ne veulent pas sacrifier leur idéal d'exigence et de rendement en classe pour enfin adopter des comportements plus maternels, plus couveurs, plus protecteurs avec ces petits genevois en sucre.

rendez-vous compte: à la fin du cycle, arrivés vers 15-16 ans, qui pourrait leur demander de devoir enfin affronter la vraie vie (professionnelle), pour ceux qui vont déjà quitter les rails/l'autoroute de la scolarité post-obligatoire? (j'allais dire du nid douillet)

moi je vous propose de solliciter l'IUFE pour qu'on forme enfin les profs du cycle à savoir aussi et avant tout donner la popote aux élèves et à pouvoir être capable de les langer, au cas où...

Écrit par : job | 14/03/2012

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