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23/02/2012

NON à l'école le mercredi matin

Le 11 mars prochain, les genevois se prononceront sur l'augmentation de l'horaire scolaire des écoliers, dès la 3ème primaire (5P Harmos). S'il n'y a pas de vérités absolues en éducation, il y a toutefois des contrevérités, ressassées par le pouvoir  pour influencer les citoyens, qu'il faut dénoncer. Parmi ces idées fausses, citons l'horaire scolaire !

 


L'horaire scolaire primaire genevois est, contrairement à ce qui a été affirmé, comparable à celui des écoliers suisses. Lors de la suppression du samedi matin (en 1997), les heures du samedi ont été reportées sur les autres jours de la semaine. A titre comparatif, l'écolier genevois de 8 - 10 ans va 6 heures par jour à l'école (08h00 - 11h30/ 13h30 - 16h00); l'écolier vaudois ou jurassien du même âge s'y rend, lui, 5 heures par jour (08h30 - 11h50/ 14h00 - 15h40 ou 08h20 - 11h50/ 13h45 - 15h20) et compense son horaire en allant à l'école le mercredi matin. Par conséquent, même sans le mercredi matin, l'écolier genevois n'a pas de déficit de durée scolaire !

Il faut aussi savoir que les horaires scolaires suisses sont parmi les plus chargés d'Europe. L'écolier finlandais (champion aux tests PISA) a, par exemple, 30% de moins d'école que l'écolier suisse.

Il est aussi inexact de prétendre que le mercredi matin serait imposé par le concordat signé par les cantons (Harmos) ou par le Plan d'étude romand (PER) : « la convention scolaire romande ne prévoit aucune disposition relative à l'aménagement de l'horaire scolaire ». Les cantons gardent donc leur autonomie en matière d'organisation scolaire.

Le plus affligeant avec ce projet scolaire, c'est que l'enfant est perçu comme une oie qu'il faut gaver le plus possible et le plus rapidement. Or, enseigner est chose de finesse ! S'il suffisait d'augmenter les heures pour améliorer les résultats des élèves ou si la qualité de l'école se mesurait à la durée de l'horaire scolaire, ce serait la Corée du Nord, avec son horaire scolaire le plus chargé au monde, qui remporterait la palme !

Pourquoi vouloir aussi que Genève s'aligne sur les autres cantons et adopte une semaine de 4½ jours d'école ? Ce qui fait la richesse de la Suisse, c'est son système politique décentralisé et son respect pour les diversités culturelles et linguistiques.

Or, cette réforme bricolée, sans imagination, qui se limite à vouloir augmenter les heures scolaires pour les écoliers, veut changer le contenant sans penser au contenu !

Que va-t-on ajouter comme enseignement ? Qui va se charger de ces quatre heures scolaires supplémentaires puisque les enseignants n'auront pas d'augmentation d'horaire, et que, par conséquent, les "heures/élèves" ne correspondront plus aux "heures/enseignants". Les enseignants seront libérés 4 heures dans la semaine pendant que leurs élèves seront pris en charge par d'autres enseignants ou suppléants. Quel sera le coût de ces postes supplémentaires et de l'ouverture des écoles le mercredi ?

De cette réforme, décidément bien floue, les certitudes à retenir sont simples : cette réforme coûtera très cher au contribuable ; elle mettra en péril les activités extrascolaires dont Genève peut s'enorgueillir (et que les autres cantons nous envient) ; elle ne permettra pas aux élèves les plus défavorisés d'améliorer leurs résultats et elle sera un manque de respect pour les enfants qui, à 8 ans, seront soumis à une durée scolaire équivalente à celle du jeune de 14 ans et plus élevée que celle du collégien !

Trop d'école, voilà ce qui peut nuire gravement au développement physique, psychique et intellectuel de l'enfant !

Améliorons l'école genevoise par la qualité de ses programmes et de son encadrement des élèves et non par un excès d'heures scolaires !

Le 11 mars 2012, ce qui s'impose, c'est le  NON à l'école le mercredi matin !

 

Michèle Roullet

Docteur en Sciences de l'éducation

Présidente du GRÉ (Groupe de Réflexion sur l'École)

 

 

13:02 Publié dans politique scolaire | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

Commentaires

Madame,

Faites l'effort de vous rendre dans un collège ou à l'école de commerce pour constater l'état lamentable des connaissances de base en français et en mathématiques de la grande majorité de nos jeunes collégiens ou élèves de l'école de commerce sans parler des apprentis.

Un plus d'heures d'enseignement ne leur fera pas de mal à nos braves chérubins. Et ne venez pas nous refaire le coup de l'aberration pédagogique.

Cela fait 30 ans que j'enseigne à de jeunes collégiens, élèves et apprentis de l'école de commerce ! Je suis toujours sidéré de leur niveau en langue. Incapable d'aligner deux phrases correctes, incapables d'argumenter un tant soi peu. Mais qu'a-t-on fait avec eux durant toutes ces années d'école obligatoire ? Je ne veux pas généraliser. Certains s'en sortent, mais hélas ils ne forment qu'une petite minorité.

Je ne suis pas certain qu'en les surprotégeant, de la maternelle jusqu'à la fin de la scolarité obligatoire, qu'on va en faire de futurs adultes autonomes, prêt à affronter les difficultés de leur formation professionnelle ou post-obligatoire.

Alors de grâce, utilisons ces quelques heures que l'on peut leur offrir le mercredi matin, pour améliorer leurs performances scolaires.

Cordialement.

Écrit par : Galileo | 23/02/2012

Cher Galileo,

Merci pour votre commentaire. L’éducation est chose de finesse et complexe. Dans ce domaine, un peu de scepticisme est indispensable. S’il suffisait d’augmenter les heures pour améliorer les performances scolaires... L’enseignement n’est pas un simple conditionnement pavlovien ?

Pourquoi ne faites-vous pas l’hypothèse qu’augmenter abusivement l’horaire scolaire primaire (donner à un enfant de 8 ans un horaire aussi chargé que celui d’un jeune de 14 ans et plus chargé qu’un collégienn !) peut affecter les apprentissages scolaires en provoquant des troubles de l’attention et de la mémoire ?

On comprend d’autant moins pourquoi l’école genevoise devrait voir ses horaires exploser au primaire alors que les recherches faites à partir de PISA tendraient à montrer que les horaires scolaires trop chargés péjorent les performances scolaires.

Vous vous lamentez du mauvais niveau en langue des élèves. Vous faites peut-être une bonne observation (mais, avec l’âge, n’oublie-t-on pas les défaillances de sa jeunesse ?) ou cette pauvreté langagière serait-elle à mettre sur le compte d'une évolution de notre société où les « c’est cool » remplacent toute description par cet affreux borborygme de convenance.

En tout cas, au niveau des résultats obtenus aux tests PISA, là aussi on nous a raconté des “salades”. Sur 16 régions ou cantons qui ont participé aux tests internationaux PISA, Genève (avec ses 47% de migrants!) obtient avec 11 cantons ou régions « un score moyen ne variant pas de manière statistiquement significative de celui de la Suisse ». Le VS (francophone), SH, Fr (f) ont un score plus élevé et 2 cantons: BE(f) et TI obtiennent un score inférieur. Lisant également que: « les élèves suisses de 15 ans atteignent des résultats bons ou très bons dans les trois domaines de compétences en se situant au-dessus de la moyenne de l'OCDE" ("Introduction", in PISA 2009, Résultats régionaux et cantonaux) cela signifie que nous n’avons pas à rougir des scores de GE !
Et, oui cher Galileo, je vous promets!

Écrit par : Michèle Roullet | 23/02/2012

madame roullet, pourquoi ne proposeriez-vous pas une diminution de l'horaire scolaire actuel à l'école primaire? j'aimerais lire votre développement quant à savoir si pour vous cela pourrait être une bonne idée ou pas...sincèrement! merci à vous

Écrit par : job | 23/02/2012

Monsieur Job,

« Tout ce qui est excessif est insignifiant ! »

En éducation, il faut s’inspirer de cette pensée de Talleyrand et prôner la modération. Vous savez, cette position d’entre-deux, du ni trop ni trop peu, si chère aux Grecs. Où se situe exactement cette frontière ? Difficile à répondre, car elle dépend de plusieurs facteurs : de l’âge des enfants, des habitudes culturelles, des finalités pédagogiques… Mais, ce qui est sûr, c’est que les enfants doivent avoir du temps pour jouer, pour rêver, pour s’ennuyer même (un excellent vecteur vers le livre !)

Pour répondre à votre question, il ne me semble pas que je songerais à diminuer l’horaire scolaire actuel. Mais, vouloir modifier un horaire sans penser aux effets de dominos que l’on risque de provoquer est indécent.
A cet égard, il faut se rappeler que Genève, déjà en 1888, octroyait à ses écoliers un jour de congé en milieu de semaine, et qu’elle a ainsi développé, depuis des dizaines d’années, des activités extrascolaires étoffées qui représentent beaucoup d’emplois sont des acteurs importants du tissu économique genevois ! Dans une période de crise, ces éléments comptent.

Diminuer ou rallonger un horaire n’est pas la priorité. En revanche, améliorer les programmes et l’encadrement oui. Et, n’allons pas croire que le Plan d’étude romand (PER) est plus exigeant, et qu’il nécessite d’allonger les horaires. Le PER est juste à l’image de notre société : prétentieuse, mais incapable d’user d’esprit de synthèse. L’exigence n’est pas l’enflure ! Vous avez dit Plan d’étude… donc un ouvrage censé donner en abrégé les grandes lignes d’un programme ? Et bien aboutir à trois boîtes équivalentes à des classeurs fédéraux, c’est fortiche !!! Si l’école est envahie par cette non-pensée, il faudrait peut-être songer à préserver les enfants en leur laissant un peu de temps libre !

Écrit par : Michèle Roullet | 24/02/2012

merci madame,

à lire votre réponse (en fait vous répondez surtout à côté, je n'ai jamais mentionné l'argument du PER), on est d'accord que je peux résumer ainsi votre position:

"l'école n'est pas si importante pour les enfants"...en tout cas, pour reprendre vos mots, pas plus importante que "jouer, rêver ou s'ennuyer". on comprend aussi que vous pensez prioritaires les activités extra-scolaires genevoises (offre de qualité, personne ne le nie ici!) sur la place que doit prendre l'Institution au sein de la République (son berceau, son fondement, sa base en vérité). Intéressant, pour une fois vous respectez vraiment l'idéologie libérale que votre parti est sensé représenter sur la place publique locale. mais je me doute que c'est parce que vous n'en mesurez pas les conséquences immédiates; les dangers en fait, d'une telle orthodoxie conceptuelle. à moins que vous assumiez soudainement votre soudainement nouveau penchant "anarchiste de droite". étonnant!

à coté de ça, j'entends bien la nécessité de bénéficier de temps morts dans la vie (et de loin pas que durant l'enfance-à on humble avis) mais vous pensez vraiment qu'avec 4,5 jours de travail scolaire durant leurs semaines de cours, les petits genevois dès 2013 n'auront plus le loisir de telles pauses, si le projet de loi devait passer?...vous le croyez vraiment?! sincèrement, franchement, vous êtes convaincue que les futures jeunes générations ne trouveront plus le temps de s'embêter? je rêve! vous voulez pas aussi leur rajouter 2 mois de vacances en plus l'été, pendant qu'on y est?

Écrit par : job | 24/02/2012

Vous semblez, Monsieur Job, faire les questions, les réponses et des interprétations qui annihilent l’émetteur. Où, trouvez-vous dans mes propos que je considère que l’école n’est pas importante ?
Voyez-vous, Monsieur Job, on peut avoir différentes philosophies de l’éducation ! Mais, de la part d’un pouvoir, vouloir imposer une réforme (avec une armada de miliciens à son service) à coups de mensonges est une dérive grave pour notre société.
J’évoque l’argument du Programme d’étude romand (PER), parce que j’oriente ma réponse comme je l’entends, et que c’est l’un des arguments utilisé par le chef du DIP, tout comme les résultats PISA et les fausses données sur l’horaire genevois. En menant une investigation élémentaire (à la portée de tout journaliste, même débutant), on découvre que les affirmations ressassées en faveur de l'augmentation de l’horaire scolaire sont mensongères. L’école publique genevoise est une école de la réussite et ne mérite pas d’être disqualifiée, encore moins par celui qui devrait la diriger.
Ne trouvez-vous pas, Mr. Job?

Écrit par : Michèle Roullet | 24/02/2012

alors franchement, aller sur votre terrain glissant pour défendre le Président du département parce que vous voulez insister à répondre hors-sujet, ça ne m'intéresse vraiment pas beaucoup de le faire, désolé...

à part ça, vous venez d'apprendre qu'un politicien ça peut mentir? bravo!!!

prochaine étape: dissocier la qualité des acteurs lors d'une argumentation de la qualité de leurs arguments: vous croyez que vous allez pouvoir y arriver?

niveau 2 (variante de difficulté en cas de succès à l'étape 1 et de temps libre restant): admettre que parmi vos alliés ou ennemis, il ne faut pas se contenter de critiquer les source, mais le discours et ses constituants principaux.

niveau 3 (attention très dur, réservé à une élite-donc interdit en tout cas au DIP): admettre qu'une personne qui a souvent eu tort peut avoir raison, un jour.

Écrit par : job | 27/02/2012

Non, mais, ça peut être très fatiguant pour les enfants. Merci pour ce billet!

Écrit par : faire part | 05/03/2012

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